23/04/2014

Olaf Stapledon et l’âme des nébuleuses

3163231.jpgAprès avoir découvert, au bout de l’univers et dans le futur, que les étoiles étaient vivantes et douées de conscience, le narrateur de Star Maker (1937), d’Olaf Stapledon, va plus loin encore: cette fois, ce sont les nébuleuses dont il perçoit l’âme. Elles existaient surtout au début de la création; peu à peu elles se sont dissoutes et ont laissé place aux corpuscules nés d’elles-mêmes, plus solides. Mais chacune était à l’origine - et encore à présent pour celles qui demeurent - des êtres vivants distincts, possédant une volonté, un sentiment, une pensée.
 
Certaines du reste se sont affrontées, étant d’un caractère antagoniste, et un long développement finalement supprimé de Star Maker a donné lieu à la publication d’un roman posthume sur ce sujet, Nebula Maker (1976), qui raconte que ces êtres cosmiques, comme les étoiles, accomplissent une grande danse aux motifs étranges mais esthétiques et harmonieux - mais que certains deviennent voraces, commençant à se nourrir du corps des autres, et qu’il s’ensuit des guerres.
 
Le roman se focalise en particulier sur deux nébuleuses aux personnalités antithétiques, Bright Heart (Cœur Brillant), semblable à un saint, détaché du monde et aspirant à se fondre dans la présence divine, et Fire Bolt (Foudre Flamboyant), vrai révolutionnaire cherchant à transformer l’espace environnant pour le rendre plus beau. Ce sont les deux attitudes que Stapledon regardait comme les plus profondes de la conscience en général: Prométhée, saint Paul. Le saint est finalement martyrisé parce qu’il prêche la paix, tandis que le révolutionnaire change brutalement le visage du cosmos.
 
Cependant, ce dernier s’écroule peu à peu, pris de vieillesse. Dès lors le peuple des nébuleuses cherche à instaurer la paix et l’harmonie, mais s’affronte pour savoir comment il faut s’y prendre, et son déclin devient fatal: on retrouve à ce moment le fil de nebuleuse-helix.jpgStar Maker, les luttes entre les nébuleuses les ayant tuées et amenées à être remplacées par des corps issus d’elles.
 
Stapledon s’efforce d’expliquer de l’intérieur l’évolution physique, telle que la science la représente: il entend lui donner des enjeux moraux, et montrer qu’en rien les objets matériels n’évoluent poussés seulement par des lois extérieures; c’est à partir de leur âme, cachée à la conscience humaine, que les objets cosmiques se transforment.
 
Face à une science qui établit des faits irréfutables, mais néglige de donner de l'âme au cosmos, du sens, qui pense même que lui en attribuer détourne des faits positifs et les rend mensongers, Stapledon entend montrer que l’exactitude factuelle n’empêche absolument pas l’existence et la perception de l’esprit des choses: il suffit d’avoir du génie pour retrouver l'ancienne mythologie au sein de la science moderne. Programme profondément romantique, rendu d’autant plus difficile au vingtième siècle que la science a multiplié les révélations de faits inconnus jusqu’alors, et que nombre d’entre eux semblent contredire les vieux systèmes mentaux. Mais le refus du matérialisme et l’inspiration poétique peuvent faire des miracles, et Stapledon en est une manifestation assurée!

08:12 Publié dans Exploration spatiale | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Je crois bien avoir acheté un livre relié d'Olaf Stapledon, emprunté sans vergogne par un ami ! Il doit s'agit j'espère de Créateurs d'étoiles... L'article m'a redonné envie de lire l'ouvrage.

Écrit par : gulzar joby | 23/04/2014

Courage alors, car il n'y a pas d'histoire suivie, d'intrigue nette, mais c'est quand même grandiose, il y a une vraie progression.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/04/2014

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