01/05/2014

La Chute d’un ange de Lamartine: l’esprit des choses

La chute d'un ange (Alphonse de Lamartine).jpgLa Chute d’un ange est une sorte de grand roman épique et préhistorique en vers de Lamartine évoquant, à l'aube des temps, un ange qui, par amour pour la mortelle dont il a la garde, prend forme humaine au moment où elle va être emmenée en esclavage par des géants affreux, afin de la sauver; il demeure ensuite exilé sur Terre. 
 
Georges Gusdorf l’a considéré comme un des seules œuvres réellement romantiques que la France ait produites, la plupart de celles qui reçoivent ordinairement ce nom relevant plutôt d’un néoclassicisme que le romantisme ne fit que teinter.
 
Or, le poète du Lac y dit, entre autres choses, qu’il y a beaucoup d’orgueil et d’aveuglement à croire que l’âme s’arrête aux limites de la peau; quand on en est persuadé, on finit toujours par croire que les autres hommes ne sont que des choses, des machines! Or, c’est bien ce qui est fait à propos de l’animal, du végétal, du minéral. Et Lamartine estime que c’est illégitime. Il affirme que les différents règnes de la nature ne se sont tus que progressivement: ils ne sont que plus ou moins endormis. Entre l’Eden et le Déluge, renchérit-il, les animaux parlaient encore, quoique le végétal et le minéral fussent déjà silencieux.
 
Il n’en fait pas moins des cèdres du Liban des instruments à cordes maniés par des esprits du vent qui font résonner par eux une musique, voire des chants! Ainsi inspirent-ils les prophètes. Car ces arbres conservent en eux, sous la forme de rêves qu’ils murmurent, l’image du temps passé, de l’aube du monde! $(KGrHqF,!ocE-yO,44W8BPsscIVRPg~~60_35.JPGLeurs branches inspirent, créent des visions dans l’âme des anachorètes de la famille maronite qui vont bientôt transmettre leurs connaissances occultes au poète. Car celui-ci s’appuie sur sa rencontre des chrétiens libanais effectuée lors de son voyage en Orient. C’est de cette manière, dit-il, qu’il va apprendre ce qu’il faut savoir sur le père des cèdres, l’ange Cédar qui a pris la forme d’un homme!
 
Le vrai romantisme, note Georges Gusdorf, est tel: il crée des mythologies nouvelles, dans le but d’exprimer des mystères de l’âme qui sont aussi des mystères du monde. Lamartine a animé la nature de l’intérieur, et, tout en repoussant loin de lui la tendance à la fantaisie, à l’imagination effrénée qu’on verra bientôt chez Victor Hugo, chez Charles Nodier, il a cherché, à partir des données physiques, à reconstruire l’idée de l’âme de l’univers et des choses - des étoiles, des règnes.
 
Son vers avait, sans doute, quelque chose de mécanique qui devait encore trop à Corneille, au classicisme; il se ressentait de l’éloquence française, de Dellile, du dix-huitième siècle. Mais, par cette Chute d’un ange, il fut un des grands écrivains épiques de la France.

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