27/05/2014

Monopole d’État au sein de l’Éducation

saint-augustin.jpgOn ne se rend pas toujours compte à quel point le système actuel du monopole d’État dans l’Éducation, en France, pourtant si aimé des partis dits laïques, vient en réalité du vieux monopole de l’Église catholique. Sous l’Empire romain, l’enseignement était soumis aux principes du libéralisme: la lecture de saint Augustin l’apprend. Il disait vendre ses cours, était payé à la fin de chaque semestre par chaque étudiant individuellement - et plusieurs en profitaient pour s’esquiver au dernier moment. Le système d’un enseignement unitaire a été créé par le catholicisme, et le lien avec l’État s’est établi par l’imbrication des intérêts de l’Église dans celui-ci, qui lui assurait des revenus réguliers.
 
La République, certes, a voulu briser l’espèce de dépendance qui était celle des princes depuis l’époque des royaumes germaniques en Gaule: soumis au Pape parce qu’ils tenaient de lui leur autorité sur des portions de l’ancien Empire romain, ils laissaient les prêtres enseigner à leur guise, leur confiant jusqu’à leurs enfants et se convertissant à leur tour au christianisme. Les Francs en particulier assimilaient intimement ce dernier à Rome, n’ayant pas connu celle-ci avant sa conversion. L’unité de l’Empire romain se faisait sous la bannière du Christ, dans leur esprit, et cela correspondait à la pensée qu’on avait à Rome au moment de leur arrivée en Gaule, comme le poète Prudence l’atteste dans ses vers: que tout le monde parlât latin plaisait à Dieu, parce qu’il aimait la paix et la concorde. Peu importe que les républicains n’avouent pas croire en Dieu: d’instinct, ils raisonnent de la même façon avec le français.
 
Cela prouve du reste que, depuis l’époque de Clovis, de Charlemagne, une conscience nationale est née: le latin déformé qu’on parle sur le territoire qu’ils ont gouverné s’est organisé en langue cohérente et stable, et comme le catholicisme était lié au latin, l’esprit unitaire de la Rome chrétienne s’est exercé au profit de la philosophie rédigée en français, de Descartes à Sartre en paClovis&Clothilde1811.jpgssant par Voltaire et Rousseau. C’est de cette manière qu’apparaît une philosophie d’État remplaçant la religion royale de l’Ancien Régime. L’idée même de liberté s’applique essentiellement, en France, à la nation tout entière, comprise comme devant être libre du Pape, et non réellement à l’individu - ou de façon annexe et marginale, comme une tolérance. L'individualisme est d’ailleurs plutôt d’origine étrangère, en tout cas est plus développé dans le monde anglo-saxon, ou en Suisse, et est lié à l'influence des Anglais en particulier sur les philosophes français.
 
Le réflexe des anciens Francs est au fond demeuré. Que la philosophie écrite en français s’appuie en principe sur la Rome païenne, qui était moins unitaire que la Rome chrétienne, ou sur l’ancienne Grèce, qui était une constellation de cités autonomes, importe peu: de la théorie à la pratique il y a un monde. L’antiquité classique se voit plutôt, de nouveau, en Suisse, ou dans les pays anglophones; la France reste fidèle, structurellement, à ce qu’a créé le catholicisme romain.

08:28 Publié dans Education, Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

Bonjour Rémi Mogenet,

J'ai lu votre billet avec intérêt et cette phrase sur l'individualisme a particulièrement attiré mon attention :

" L'individualisme est d’ailleurs plutôt d’origine étrangère, en tout cas est plus développé dans le monde anglo-saxon, ou en Suisse, et est lié à l'influence des Anglais en particulier sur les philosophes français. "

L'individualisme n'est-il pas avant tout une qualité, une caractéristique, héritée du protestantisme ? L'individualisme me semble-t-il, est le corollaire de la responsabilité individuelle, vertu très protestante. Si l'individualisme est plus développé dans le monde anglo-saxon et en Suisse c'est avant tout, je pense, du fait que le protestantisme fait partie de la culture de ces pays.

Bien cordialement et merci pour cette réflexion !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 28/05/2014

Jean d'Hôtaux, merci à vous. Je suis totalement d'accord avec vous. L'individualisme, plus en profondeur, était aussi présent de façon forte dans l'ancienne religion et mythologie germanique, ainsi que Régis Boyer l'a montré, le destin étant compris comme étant un accomplissement essentiellement individuel dans cette tradition ancienne. Les Francs en se romanisant en profondeur ont mis au second plan cette tendance, mais par l'éveil à la conscience nationale d'une certaine façon la France a commencé elle-même une phase d'individualisation partielle. Cela ne viendra toutefois qu'avec l'influence anglaise et aussi genevoise, à travers Voltaire et Rousseau, pour l'essentiel. Cela effrayait beaucoup Joseph de Maistre qui assimilait le protestantisme à la dissolution de l'Esprit saint, ne croyant pas que celui-ci pût entrer en chaque individu, par le biais d'une pensée se propulsant dans le sacré, comme l'avait inaugurée le protestantisme.

Écrit par : Rémi Mogenet | 28/05/2014

@Rémi Mogenet,

Merci de ces précisions et bonne journée !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 29/05/2014

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