30/05/2014

Dynamisme corse

fr-corse.gifLe gouvernement français assure qu’il veut permettre le dynamisme local, afin que les territoires s’émancipent économiquement, et connaissent un regain de croissance. Il semble en effet avoir admis, avec nombre d’économistes sérieux, que la réussite suisse ou même allemande est liée à la dispersion des pôles, à un tissu d’entreprises répandu sur l’ensemble du territoire - non centralisé.
 
Cependant, le lien entre le dynamisme culturel et celui de l’économie ne lui apparaît pas, ou alors il est prêt à sacrifier le second, si l’uniformité qu’il prône est mise en danger: il s’agit quand même toujours de se référer à la capitale. L’exemple de la Corse à cet égard est parlant. Elle réclame la co-officialité de sa langue propre, un statut de résident, élit un autonomiste à Bastia, a du dynamisme. Mais au nom de la Constitution, le gouvernement central casse plusieurs décisions de son assemblée, et la presse nationale feint de croire que l’élection d’Anne Hidalgo à la mairie de la capitale est un événement plus considérable que celle de Gilles Siméoni. L’élection de la première n’a pourtant rien eu que de très banal, puisqu'elle a été désignée par son prédécesseur, quand le second a été localement soutenu par les principaux partis politiques, d'une façon exceptionnelle.
 
Peut-être que le matérialisme des dirigeants les empêche de voir que ce qui anime culturellement une communauté est propre aussi à lancer des entreprises, qu’il n’y a pas de solution de continuité entre la culture et l’économie, qu’au contraire c’est au sein d’un contexte culturel dynamique que l’activité économique peut s’exercer. Car des régions qui prennent des initiatives favorisent toujours l’économie, 124_117221_max.jpgmême lorsqu’elles s’attellent d’abord à la culture, ou au droit au logement. Si on ne peut pas prendre une initiative concernant par exemple la langue locale, il devient difficile d’en prendre qui soient de nature économique, comme peut être le lancement de produits purement locaux, destinés à séduire la clientèle étrangère. Car il est simple de s’apercevoir qu’on n’achète pas ce qu’on peut produire soi-même, mais justement ce qui, étant propre à une région étrangère, ne peut pas être trouvé chez soi. On aurait beau jeu de prétendre que l’économie se fonde sur des machines indifférenciées sur le plan culturel; ce n’est pas vrai: les voitures allemandes ont une qualité allemande; la montre suisse, une qualité suisse; et ainsi de suite. D’ailleurs l’économie n’est pas seulement faite de machines; les produits alimentaires portent toujours la marque de la terre qui les a fait naître, de la méthode agricole qui les a fait croître, de la façon dont ils ont été pris, puis mis sur le marché. À plus forte raison en est-il ainsi des produits proprement culturels - les livres, les journaux.
 
Si la Constitution exerce une pression trop forte sur les régions excentrées et originales, il faut la changer.

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