30/05/2014

Dynamisme corse

fr-corse.gifLe gouvernement français assure qu’il veut permettre le dynamisme local, afin que les territoires s’émancipent économiquement, et connaissent un regain de croissance. Il semble en effet avoir admis, avec nombre d’économistes sérieux, que la réussite suisse ou même allemande est liée à la dispersion des pôles, à un tissu d’entreprises répandu sur l’ensemble du territoire - non centralisé.
 
Cependant, le lien entre le dynamisme culturel et celui de l’économie ne lui apparaît pas, ou alors il est prêt à sacrifier le second, si l’uniformité qu’il prône est mise en danger: il s’agit quand même toujours de se référer à la capitale. L’exemple de la Corse à cet égard est parlant. Elle réclame la co-officialité de sa langue propre, un statut de résident, élit un autonomiste à Bastia, a du dynamisme. Mais au nom de la Constitution, le gouvernement central casse plusieurs décisions de son assemblée, et la presse nationale feint de croire que l’élection d’Anne Hidalgo à la mairie de la capitale est un événement plus considérable que celle de Gilles Siméoni. L’élection de la première n’a pourtant rien eu que de très banal, puisqu'elle a été désignée par son prédécesseur, quand le second a été localement soutenu par les principaux partis politiques, d'une façon exceptionnelle.
 
Peut-être que le matérialisme des dirigeants les empêche de voir que ce qui anime culturellement une communauté est propre aussi à lancer des entreprises, qu’il n’y a pas de solution de continuité entre la culture et l’économie, qu’au contraire c’est au sein d’un contexte culturel dynamique que l’activité économique peut s’exercer. Car des régions qui prennent des initiatives favorisent toujours l’économie, 124_117221_max.jpgmême lorsqu’elles s’attellent d’abord à la culture, ou au droit au logement. Si on ne peut pas prendre une initiative concernant par exemple la langue locale, il devient difficile d’en prendre qui soient de nature économique, comme peut être le lancement de produits purement locaux, destinés à séduire la clientèle étrangère. Car il est simple de s’apercevoir qu’on n’achète pas ce qu’on peut produire soi-même, mais justement ce qui, étant propre à une région étrangère, ne peut pas être trouvé chez soi. On aurait beau jeu de prétendre que l’économie se fonde sur des machines indifférenciées sur le plan culturel; ce n’est pas vrai: les voitures allemandes ont une qualité allemande; la montre suisse, une qualité suisse; et ainsi de suite. D’ailleurs l’économie n’est pas seulement faite de machines; les produits alimentaires portent toujours la marque de la terre qui les a fait naître, de la méthode agricole qui les a fait croître, de la façon dont ils ont été pris, puis mis sur le marché. À plus forte raison en est-il ainsi des produits proprement culturels - les livres, les journaux.
 
Si la Constitution exerce une pression trop forte sur les régions excentrées et originales, il faut la changer.

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27/05/2014

Monopole d’État au sein de l’Éducation

saint-augustin.jpgOn ne se rend pas toujours compte à quel point le système actuel du monopole d’État dans l’Éducation, en France, pourtant si aimé des partis dits laïques, vient en réalité du vieux monopole de l’Église catholique. Sous l’Empire romain, l’enseignement était soumis aux principes du libéralisme: la lecture de saint Augustin l’apprend. Il disait vendre ses cours, était payé à la fin de chaque semestre par chaque étudiant individuellement - et plusieurs en profitaient pour s’esquiver au dernier moment. Le système d’un enseignement unitaire a été créé par le catholicisme, et le lien avec l’État s’est établi par l’imbrication des intérêts de l’Église dans celui-ci, qui lui assurait des revenus réguliers.
 
La République, certes, a voulu briser l’espèce de dépendance qui était celle des princes depuis l’époque des royaumes germaniques en Gaule: soumis au Pape parce qu’ils tenaient de lui leur autorité sur des portions de l’ancien Empire romain, ils laissaient les prêtres enseigner à leur guise, leur confiant jusqu’à leurs enfants et se convertissant à leur tour au christianisme. Les Francs en particulier assimilaient intimement ce dernier à Rome, n’ayant pas connu celle-ci avant sa conversion. L’unité de l’Empire romain se faisait sous la bannière du Christ, dans leur esprit, et cela correspondait à la pensée qu’on avait à Rome au moment de leur arrivée en Gaule, comme le poète Prudence l’atteste dans ses vers: que tout le monde parlât latin plaisait à Dieu, parce qu’il aimait la paix et la concorde. Peu importe que les républicains n’avouent pas croire en Dieu: d’instinct, ils raisonnent de la même façon avec le français.
 
Cela prouve du reste que, depuis l’époque de Clovis, de Charlemagne, une conscience nationale est née: le latin déformé qu’on parle sur le territoire qu’ils ont gouverné s’est organisé en langue cohérente et stable, et comme le catholicisme était lié au latin, l’esprit unitaire de la Rome chrétienne s’est exercé au profit de la philosophie rédigée en français, de Descartes à Sartre en paClovis&Clothilde1811.jpgssant par Voltaire et Rousseau. C’est de cette manière qu’apparaît une philosophie d’État remplaçant la religion royale de l’Ancien Régime. L’idée même de liberté s’applique essentiellement, en France, à la nation tout entière, comprise comme devant être libre du Pape, et non réellement à l’individu - ou de façon annexe et marginale, comme une tolérance. L'individualisme est d’ailleurs plutôt d’origine étrangère, en tout cas est plus développé dans le monde anglo-saxon, ou en Suisse, et est lié à l'influence des Anglais en particulier sur les philosophes français.
 
Le réflexe des anciens Francs est au fond demeuré. Que la philosophie écrite en français s’appuie en principe sur la Rome païenne, qui était moins unitaire que la Rome chrétienne, ou sur l’ancienne Grèce, qui était une constellation de cités autonomes, importe peu: de la théorie à la pratique il y a un monde. L’antiquité classique se voit plutôt, de nouveau, en Suisse, ou dans les pays anglophones; la France reste fidèle, structurellement, à ce qu’a créé le catholicisme romain.

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25/05/2014

Degolio XXXVIII: le palais de Cyrnos

DesertPalaceDungeon.pngDans le dernier épisode de cette bizarre série, nous avons laissé nos deux héros, le Génie d’or et Captain Corsica, alors qu’ils entraient dans le palais du roi Cyrnos, père du second, pour lui demander de soigner un cyborg encore en vie.
 
Le Génie d’or n’eut guère le temps d’admirer les lieux, où pourtant mille merveilles se trouvaient: il fallait faire vite. Captain Corsica lui annonça de toute façon qu’il les lui ferait visiter dès qu’ils auraient accompli la tâche qu’ils s’étaient fixée, et dont le pauvre mortel était l’objet. Celui-ci, se voyant dans cet espace étrange, se croyait devenu fou: il pensait rêver. Tout tournait devant ses yeux; il ne distinguait que des couleurs qui se mêlaient. Il se demanda même s’il n’était pas mort, entouré de démons horribles: le visage des deux héros lui apparut grimaçant et ricanant; il se crut perdu.
 
Le long de leur chemin, le Génie d’or put voir des hommes et des femmes jeunes, d’une grande beauté, pleins de grâce, qui les scrutaient; ils semblaient tout savoir d’eux, être déjà au courant de ce qu’ils avaient fait - bien qu’à aucun moment il n’eût vu Captain Corsica les prévenir. Or, pour le mortel, ces êtres étaient tels que des statues dont les yeux bougeaient et étaient ceints d’une flamme A-Kirb-Kin-Devil-Dinosaur-4-Page-23.jpgmaléfique, telles des idoles d’un culte hideux. Tel était, en vérité, l’effet du sortilège jeté sur lui par Fantômas! Même dans ce lieu auguste, sa force demeurait. L’âme infectée du cyborg ne pouvait lui montrer autre chose; entre lui et le réel se tenaient d’effroyables spectres!
 
Les trois hommes parvinrent bientôt auprès de Cyrnos, dont l’air farouche et majestueux s’apaisa et s’éclaira dès qu’il eut entendu son fils lui expliquer la situation. Il appela aussitôt son fameux médecin Tilistal, né comme lui parmi les astres: il l’avait suivi lorsqu’il s’était installé sur Terre, étant son ami de toujours, son conseiller, le sage de sa cour! Il lui commanda de l’emmener dans son hôpital secret, où seuls lui et ses serviteurs directs, des nains, pouvaient entrer: là se déroulaient de profonds mystères.
 
Captain Corsica et le Génie d’or le regardèrent partir; les yeux effrayés du mortel furent rapidement adoucis et fermés par le noble docteur, après qu’il eut prononcé à voix basse des mots de réconfort et aspergé son visage de fines gouttelettes dorées en un geste circulaire étrange. L’homme s’endormit.
 
Ce qu’il advint de lui devra être révélé plus tard; car pour l’heure, disons quelques mots du bon accueil que le Génie d’or reçut du père de son ami, et de l’émerveillement qui fut le sien en découvrant les beautés de son palais, véritable morceau d’astre placé sur Terre - imbriqué dans son étoffe. Tel était l’art des Ogres, en ce temps-là!
 
amethyste-2.jpgLe génie doré de la Liberté, comme on l’appelle aussi, admira la manière dont ce château vivant avait clairement fait fleurir le marbre en faisant sortir de ses profondeurs des pierres précieuses flamboyantes: car on le sait peu, mais le cristal est la fleur de la pierre. Le métal en est le fruit, dont le jus se répand - chargé de graines. Le secret en était parfaitement connu de Cyrnos, qui avait animé le règne minéral de sa voix puissante, de ses charmes insignes, le gouvernant après l’avoir éveillé, et qui avait couvert ses murs de lames d'or, d’argent, et de pierreries qui scintillaient. Pour lui la pierre n’était une plante dont il était le jardinier. Le Génie d’or avait rarement vu maîtriser avec autant d’art ce mystère dit de la Roche.
 
Quant aux autres merveilles du palais du roi caché de Corse, elles ne pourront être révélées qu’une fois prochaine.

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23/05/2014

Parkings genevois en France

4_parking_annemasse_leon_grosse_-_kp1.JPGLa votation en défaveur du financement par Genève de parkings en France voisine a fait grand bruit. Je ne connais pas exactement les chiffres, mais d’après ce que j’ai lu, les plus opposés à ce projet étaient les habitants du canton qui n’étaient pas dans la ville de Genève. Je ne sais pas non plus exactement qui devait financer, la Ville ou l’État, mais j’ai l’impression que c’est plus important qu’on ne le dit en général. En effet, pour bien comprendre la situation, mon avis est qu’il faudrait faire abstraction de la frontière.
 
Si elle n’existait pas, il faudrait bien admettre deux choses. D’une part, que la Ville financerait ces parkings à son entrée, dans les terrains agricoles qui la jouxtent; elle n’aurait aucune raison de le faire plus loin, à la hauteur de la France voisine. D’autre part, ce serait elle qui financerait les parkings, et non les communes sur lesquelles ils seraient implantés, ni aucune autre commune où ils ne seraient pas implantés. N’est-il donc pas étrange de faire payer l’ensemble des citoyens du Canton, comme j’ai cru comprendre qu‘on le faisait?
 
Sans doute, la Ville peut faire valoir aux autres communes que participer aux frais leur permet justement de laisser se créer des parkings dans les communes qui ne participeront pas, situées en France, au lieu de les voir se bâtir dans les leurs. Mais ne serait-ce pas une forme de chantage?
 
La solution à ce refus du peuple du Canton de financer les parkings est donc double. Soit le projet est maintenu de créer des parkings en France, mais la Ville les finance seule, offrant aux autres communes leur arton380.jpgprotection sans contrepartie; soit la Ville les crée au sein du Canton, dans une commune suisse avec laquelle elle entend collaborer en y achetant des terrains. Or, le second cas coûterait probablement bien plus cher à la Ville; il est donc un peu ridicule de demander aux autres communes de participer aux frais sous prétexte qu’elles seront ainsi protégées.
 
Cela dit, il est possible que je n’aie pas tout bien compris. Mais il me paraît quand même évident que c’est la Ville qui souffre le plus des embouteillages, et non tout le Canton, de telle sorte que c’est bien la Ville seule qui doit payer. Si j’ai bien compris la situation, il est possible que cette solution serait acceptée par une population urbaine qui souffre, quitte à se faire aider dans ce projet par la Confédération, le Canton ne servant alors que de relais.
 
Xavier Comtesse a pu écrire sur son blog que le centralisme était passé de mode, mais il ne faut rien exagérer: l’économie se fait encore bien à partir des cités; il est surtout évident qu’il faut s’appuyer sur la ville de Genève, et non pas sur le Canton, les communes de ce dernier étant somme toute dans une situation plus comparable aux communes françaises limitrophes qu’on ne veut bien le reconnaître.

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19/05/2014

Larmes du lac, pleurs des anges: Hautecombe

OV1361.jpgDans Raphaël, Lamartine écrivit du lac de Bourget qu’il avait le gris des larmes. Or, au sein de l’église abbatiale d’Hautecombe, les cénotaphes ont des statues représentant des pleureuses, des femmes mystérieuses versant des larmes sur les héros qui gisent: sont-elles des nymphes du lac? On se souvient de toutes les histoires qu’Ovide raconte sur les rivières venues d’êtres à demi divins frappés de tristesse et fondant en larmes au sens propre. Selon les anciens Scandinaves, les cours d’eau étaient le sang des géants morts; Lamartine eut assez l’idée que l’on pouvait verser des larmes jusqu’à en mourir pour qu’on conçoive le lac comme venant de géants défunts! Peut-être le lac fut-il créé par les nymphes, leurs sœurs, pleurant les héros d’Hautecombe.
 
Ces pleureuses près des gisants sont accompagnées de lévriers; c’était le chien préféré des fées du lac, dans le roman de Lancelot. Une véritable mythologie a été représentée dans l’église abbatiale - créée, on s’en souvient, à l’instigation du roi Charles-Félix, qui aimait le style gothique, et voulait rétablir les vieux symboles. Au-dessus des héros, se trouvent fréquemment des anges qui les accueillent au ciel! Ainsi se trouvaient réunis les figures féeriques et les symboles mystiques, dans un 6021758493_ca6829e912_b.jpgesprit qui en réalité s’imposera durablement en Savoie. Tantôt les fées, tantôt les anges, sans qu’il y ait d’opposition, sans qu’il y ait rien d’autre qu’une hiérarchie - les premières sur Terre, les seconds dans le Ciel -, c’est ce qu’on trouvera dans la littérature romantique savoyarde. Chez Jacques Replat, leurs rôles se confondront: les fées sont la forme que prennent les anges quand ils descendent dans le monde élémentaire.
 
Déjà chez François de Sales l’ange gardien avait une proximité et une familiarité qui rappelait les bonnes fées des contes. D’ailleurs, Honoré d’Urfé, grand ami de l’évêque de Genève, assurait que le culte des nymphes tel que l’ancienne Gaule le pratiquait se coordonnait harmonieusement avec le christianisme - au travers d’une trinité païenne qui préfigurait celle de la religion nouvelle, d’une part, de la splendeur des Immortelles décrites par lui, d’autre part: car elles ont un rôle protecteur, pour le peuple. Elles sont liées à la Lune, les anges au Soleil, mais il n’est pas question de dire que les unes existent sans les autres. Ce qui pleure en bas rit en haut: c’est le mystère représenté à Hautecombe.

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17/05/2014

Captain Córsica en images (6)

Régis Dabol a fourni une nouvelle livraison, qui explique la manière dont, dans le dernier épisode paru, Captain Córsica a acquis une conscience cosmique: il l’a reçue d’un grand extraterrestre de la lune rousse, comme on peut le voir ici:

Dabol 16.jpg

Mais ayant lu un article déjà assez ancien d’Elisabeth Badinter sur la burqa, et ayant constaté qu’elle trouvait anormal qu’on cache son visage au sein du vivre ensemble républicain, j’ai songé qu’il fallait que je dévoilasse la face humaine de mon héros, agent immobilier dans le civil:

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Mesdames, vous voyez qu’il ne déçoit pas!
 
Malheureusement, j’ai également résolu de montrer le visage de sa girl-friend, la mystérieuse Dévote Réparate-Brown, venue du monde occulte elle aussi, mais ayant pris l’identité d’une simple mortelle:

Dévote Reparate-Brown.jpg

Et messieurs, vous admirez: à juste titre.
 
Il faut néanmoins savoir que, étrangement, Captain Córsica est plus lui-même dans son costume coloré que sous son apparence ordinaire. À cet égard, le réalisme est dans une vaste erreur: ce qui est réel, dans le cas des superhéros, c’est le merveilleux. La nature de Captain Córsica et de Dévote Réparate-Brown n’est pas humaine au premier chef: ils sont plutôt proches des anges, et chez eux l’humanité n’est qu’une mince enveloppe - un masque amovible. Même si Dévote Réparate-Brown a pu naître d’une femme mortelle dans une autre vie, à présent elle est essentiellement immortelle: elle se confond avec l’âme du pays. Quant au Captain, il est son bon génie, et il est né d’un ogre et d’une nymphe, ainsi que cela a été raconté ailleurs; mais il a été élevé par une femme ordinaire, et c’est ce qui lui a donné son identité commune de Pierre Toccoli. Le nom officiel, et donc superficiel, voire factice, de sa bonne amie est Callis Toccoli: face aux hommes, elle se dit la sœur du Captain. Dans la vie, à Bastia, elle tient une boutique de produits régionaux, très appréciée des locaux, car ils sont authentiques, et fréquentée par les touristes initiés - assez peu nombreux mais existant quand même.

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15/05/2014

Grandes régions, dynamisme humain

10288719_10152142671137408_3658010401993589283_n.jpgAux prochaines élections européennes je voterai - en France - pour la liste menée dans le Sud-Est par François Alfonsi, celle de Régions et Peuples solidaires (R&PS), dont le Mouvement Région Savoie est une composante. J’ai écouté François Alfonsi lorsqu’il est venu à Annemasse, et ai été saisi par son exposé en défaveur d’une politique pensée à partir des chiffres, de régions fondées non sur des réalités humaines, des cohérences dynamiques et vivantes,  mais sur des calculs statistiques, comme sont celles que propose le gouvernement - sauf, sans doute, aux Corses et aux Bretons, qui ont fait valoir leur vitalité propre. La politique humaine, fondée sur l’amour qui existe entre les êtres, telle que l’a conçue Denis de Rougemont, ne peut pas être perçue dans un autre parti, une autre liste. À Paris, on pense que par des règlementations, des lois abstraites, on peut créer des communautés, des synergies de volontés, et qu’un tissu économique peut s’ensuivre; il n’en est rien. L’économie normalement constituée s’appuie sur des rapports humains naturels.
 
On peut dire que l’heure n’est pas aux petites communautés d’hier, qu’il faut s’ouvrir au monde; mais R&PS n’est pas un groupement de partis indépendantistes: les régionalistes qui l’animent veulent justement pouvoir se relier aux Européens en général par le biais du fédéralisme. La Haute-Savoie ne peut pas se concevoir seulement en rapport avec Paris: historiquement, elle s’est aussi tournée vers Genève, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie; et actuellement le bassin d’emploi est lémanique. Le tourisme vient bien sûr de Lyon et de Paris, mais aussi de Londres et de Moscou. 
 
Il s’agit de créer une fraternité économique au-delà des frontières. Or, paradoxalement, cela ne peut se cristalliser que dans un lieu restreint. Parce qu’une fraternité économique doit être universelle mais a des pôles, il faut à la France une organisation multipolaire, permettant l’émergence spontanée de points d’échanges. Or, le centralisme, il faut l’admettre, tend à capter au profit de la capitale la force des pôles, et les régions prévues par l’actuel gouvernement sont envisagées comme tirant vers des métropoles la vitalité économique des territoires. On prévoit de faire pencher la Forum-d-agglomeration-du-Grand-Geneve-appel-a-candidature_zoom_colorbox.jpgSavoie vers Lyon et Grenoble; mais la multipolarité ne doit pas avoir de principe préétabli, de limites théoriques: il s’agit aussi de laisser la Savoie se créer en pôle, si elle le souhaite.
 
De fait, le nord penche vers Genève, vers Lausanne - et même vers Martigny, Saint-Maurice, Aoste. Denis de Rougemont affirmait que le sens de l’écologie politique exigeait que les réalités d’un bassin d’emploi constituent des régions; et il ne négligeait pas le sentiment issu des communautés bâties par des siècles d’histoire commune, comme sont les départements de Savoie et de Haute-Savoie. C’est dans ce sens qu’il faut aller. Mon choix est de considérer que la Haute-Savoie a une spécificité trop forte pour se fondre dans une grande région touchant à Lyon et Clermont-Ferrand, aussi respectables et belles ces villes soient-elles, et qu’il faut qu’elle regroupe autour d’elle, à Annecy, le département de la Savoie, le Pays de Gex, le Bugey, afin que l’entité administrative constituée soit un pôle frontalier, se tenant sur l’équilibre des forces présentes en direction de la Suisse et de l’Italie, en plus de la France. Si une telle opération réussit, la région ainsi constituée se fera un plaisir de partager des richesses avec celles qui n’auront pas pu l’imiter. Mais peut-on prétendre qu’un tel projet n’est pas économiquement viable?

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11/05/2014

La poésie de Clark Ashton Smith

Cover Clarkashton.jpgLes éditions de l’Œil du Sphinx ont, l’année dernière, édité un recueil bilingue des poèmes du Californien Clark Ashton Smith, qui, comme H.P. Lovecraft et Robert E. Howard, dont il était l’ami, publia des récits fantastiques dans la revue Weird Tales; il y participa à l’élaboration d’une mythologie collective.
 
À vrai dire, j’ai toujours trouvé ses récits moins inspirés que ceux des deux autres: Howard avait le sens de l’épique, et Lovecraft était un vrai explorateur de l’Inconnu, comme eût dit Victor Hugo: lui-même disait chercher à représenter ce qui se tenait au-delà des sens et de l’analyse rationnelle. Face à lui, Smith apparaissait davantage comme un écrivain précieux, qui pratiquait le fantastique par volupté, de la même façon que certains surréalistes disaient aimer les métaphores parce qu’elles libéraient l’esprit, mais les pratiquaient en réalité pour le plaisir qu'elles donnent.
 
Chez lui, comme chez Paul Eluard, les images s’accumulent, mais elles ne débouchent pas tellement sur la sensation d’un drame cosmique, comme chez Lovecraft, ou d'un drame personnel intimement ressenti, comme chez Howard, qui croyait revivre des vies antérieures à travers ses héros. C’est plutôt un voyage exotique au pays de fantasmagories qu'on ne prend pas totalement au sérieux - qu'on n'assimile notamment pas à un monde autre, mais qu'on goûte pour elles-mêmes.
 
En poésie, Lovecraft et Howard furent aussi de grands artistes, méconnus, doués d’une prodigieuse abominations-of-yondo-clark-ashton-smith.jpgénergie, et sachant installer dans leurs vers des rythmes, des mélodies, des visions incroyables, ou des bribes de destinées tragiques: ils étaient totalement dans leur sujet. On ne peut pas en dire autant de Smith, qui a un sens du rythme moins précis, et qui s’implique de façon moins profonde. Les idées qui enchaînent ses métaphores ne sont pas toujours faciles à saisir, ni le sens de ses mots, souvent rares, bizarres. Les figures mythologiques qui affleurent parfois apparaissent en général comme allégoriques: elles renvoient à une philosophie pessimiste de convention, Smith se réclamant de Baudelaire et de son compatriote George Sterling, de cette tradition romantique qui voyait les choses en noir.
 
Cependant, l’atmosphère mythologique dans laquelle intellectuellement il se trouvait fait s’épanouir chez lui quelques visions saisissantes: le poème de la guerre de Saturne contre les Olympiens m’a rappelé Richard Wagner, par exemple; et celui sur les messagers venus des étoiles qui ont des pouvoirs fabuleux et sont immortels, mais que personne ne veut écouter, m’a enthousiasmé. Il était visiblement inspiré par les conceptions de H.P. Blavatsky, que lui et Lovecraft lisaient.
 
Par ces poèmes, par son imagination foisonnante, il mérite sans doute d’être lu.
 
Clark Ashton Smith
Celui qui marchait parmi les étoiles - Choix de poèmes cosmiques
Traduction de Jean Hautepierre
Éd. de L’Œil du Sphinx

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09/05/2014

Art baroque, art classique, France et Savoie

Peisey-Nancroix-detail-retable-majeur1-copyright-D-Vidalie-Fondation-Facim.jpgLa Savoie a été peu classique: sa tradition fut baroque. L’esthétique de François de Sales, fondée sur la richesse du coloris, les images vives et parlantes, issues du merveilleux chrétien, a créé, selon moi, les décors des églises du Faucigny, de Tarentaise, de Maurienne que l’on admire aujourd’hui. Si elle n’en fut pas directement à l’origine, elle lui correspondait parfaitement: le prêtre, en reprenant ses écrits, pouvait s’appuyer sur ce que ses fidèles pouvaient voir.
 
En France, le baroque fut bref, rapidement remplacé par le classicisme: une rupture eut lieu. L’imagination, loin d’être recommandée, devait désormais se faire discrète, et était assimilée à des croyances fausses: le lien entre le classicisme et la mythologie grecque, à laquelle évidemment on ne croyait plus, à laquelle les prêtres eux-mêmes recommandaient de ne pas croire, s’explique de cette manière.
 
Le Moyen Âge, qui voulait en réalité établir un lien entre les images fabuleuses et la vérité cachée, s’est significativement détournée de cette mythologie grecque: elle y est peu présente. Il lui a préféré, outre le merveilleux chrétien, la mythologie bretonne, qui lui paraissait plus vivante, et qu’il pouvait relier au christianisme par divers biais. La figure de Merlin, à la fois païenne et préchrétienne, en est un symbole. Or, François de Sales lui aussi rejetait les anciens Grecs; mais son ami Honoré d’Urfé se réclamait des vieux Gaulois, assurant que leur mythologie préfigurait la sainte Trinité. Le baroque restait proche du Moyen Âge, et il devait entretenir avec le romantisme des rapports moins conflictuels que le classicisme.
 
C’est pour cette raison, à mes yeux, que dans les pays catholiques allemands, le romantisme put fleurir plus aisément qu’en France. Les princes bavarois eux-mêmes se sont empressés d’en épouser la 0473-0247_el_sacrificio_de_abraham.jpgcause, à la façon des rois de Sardaigne de la Restauration, Charles-Félix et Charles-Albert. À Paris, au contraire, la Restauration signifiait le retour au classicisme, même dans les milieux catholiques: la référence n’était pas François de Sales, mais Bossuet. La différence entre Joseph de Maistre et Louis de Bonald reproduit cette opposition: le premier, par son feu, ses prétentions prophétiques, était déjà romantique, faisant figure de voyant; le second, mécanique, froid, rationaliste, n’était que néoclassique.
 
Le seul point par lequel le baroque de François de Sales et le classicisme de Racine put se retrouver était dans le respect accordé à l’Ancien Testament: si le Traité de l’amour de Dieu se termine par l’évocation du sacrifice d’Abraham, le dramaturge achève sa carrière par Athalie, la seule de ses pièces qui présente sur la scène un prodige: la vaticination inspirée d’un personnage. Ce merveilleux-là, atténué par le relatif réalisme du texte biblique, dans le même temps est autorisé par la religion officielle. D’une façon remarquable, c’est le seul aussi qu’autorisait le protestantisme: on se souvient du théâtre sacré de Théodore de Bèze. Le romantisme néanmoins n’en fut pas excessivement friand.

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07/05/2014

Degolio XXXVII: au pays de Cyrnos

ob_1ded85_concept-art-gotg.JPGDans le dernier épisode de cette mélancolique série, nous avons laissé nos deux héros, le Génie d’or, ange de la liberté, et Captain Corsica, secret gardien de la Corse, alors qu’ils s’employaient à sauver un des cinq cybernanthropes de Fantômas; car il avait survécu et recouvré, semble-t-il, la raison, et le noble fils de Cyrnos avait annoncé que le médecin de son père pourrait soigner son corps meurtri, à condition qu’il fût transporté à temps dans le palais royal. Pour cela, il lui fallait appeler son vaisseau spatial!
 
L’ayant dit, il le fit: regardant le ciel, il parla dans la langue des génies - et sa voix porta loin, voguant sur les ondes de l’air. Et bientôt vit-on, à travers le trou formé dans la paroi rocheuse quand cet ange de la Corse était venu secourir le Génie d’or contre la Grande Aragne, descendre le vaisseau, doué d’âme et d’entendement; et le patron secret de Paris prit dans ses bras le pauvre cyborg, et Captain Corsica et lui s’élevèrent dans les airs - l’un tiré par son sceptre enchanté, l’autre utilisant le pouvoir qu’il avait sur les vents. Passant par l’ouverture créée dans la montagne, ils rejoignirent l’astronef -
brillant de mille feux, semblant taillé dans la lumière. Et des pierres précieuses le constellaient, rehaussant son éclat. vgnt.jpgÀ un geste de Captain Corsica une porte s'ouvrit dans la carène, et ils entrèrent.
 
Là, le génie de la Corse s’empara des commandes - et ils filèrent, se confondant avec une troupe d’hirondelles aux yeux ébahis des simples mortels. Telle était l’illusion tissée par le héros! 
 
Ils passèrent par-dessus les montagnes et en quelques minutes parvinrent dans la vallée de la Restonica. Le vaisseau parut alors foncer vers une masse rocheuse, et le Génie d’or sentit monter en lui le sentiment de son double humain, Charles de Gaulle: l’image de l’effroi lui apparut; son corps physique, matérialisé grâce à la puissance de projection de cet alter ego, eut peur: l’idée de l’écrasement surgit, et une voix dans son âme gémit, se demandant si Captain Corsica n’était pas devenu fou! Mais les yeux mêmes de Solcum, fils des étoiles, transperçaient les mondes; le seuil de la matière ne les arrêtait pas. Et il vit bien que cette montagne n’était qu’une illusion - dissipée aussitôt que touchée par la nef stellaire, pareille à une bulle de savon!
 
L’instant d’après, ils se trouvèrent au-dessus d’un vallon verdoyant et fleuri, d’une beauté époustouflante, dans lequel coulait une rivière de cristal, et où se dressait un merveilleux château.
 
Le décrire serait bien difficile: sa forme était peu commune, et avait celle d’un énorme rocher, bien tumblr_mwp3wrVLnw1ql1ntjo1_1280.jpgqu’on vît qu’il avait été délibérément créé. On se fût cru en face d’un de ces palais antiques que le poète Orphée bâtissait en éveillant les pierres et en leur commandant de se déployer - ce qu’elles faisaient, devenant plastiques, et douées d’âme, de volonté, de conscience. Et sans doute était-ce ainsi que celui-ci avait été bâti, Cyrnos disposant à coup sûr de tels pouvoirs! 
 
Il était semblable à une plante, et pourtant il était en pierre, presque en marbre. C’était très étonnant.
 
Le vaisseau se posa devant l’entrée, et les gardes laissèrent passer les deux hommes et leur fardeau, dès qu’ils eurent reconnu le fils de leur maître.
 
Mais quant à la suite de ce curieux récit, il faudra attendre une autre fois.

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03/05/2014

Olaf Stapledon et la vision du Créateur

1048.jpgAprès avoir décelé l’âme des nébuleuses, le narrateur de Star Maker (1937), d’Olaf Stapledon, acquiert une conscience cosmique: il se sent faire un avec l’univers. Dans le même temps, néanmoins, il se sent décliner - entrer en déliquescence: l’univers même a une fin, va vers sa destruction. Il dirige son regard vers le Suprême Moment de la création, et distingue une étoile éclatante, qui est le Star Maker, Créateur d’étoiles - ou faut-il dire Créateur-Étoile? Une vision surgit: I, in the supreme moment of my cosmical expérience, emerge from the mist of my finitude to be confronted by cosmos upon cosmos, and by the light itself that not only illumines but gives life to all. Il se trouve face à la lumière divine.
 
Cependant, une fois passée, cette révélation ne peut être décrite: elle est bien trop au-delà de la nature humaine. Il devra, pour parvenir à la dire, user de la métaphore, le langage des mortels étant impropre à la vérité métaphysique! Il en sortira un écho, un symbole, un mythe, un rêve fou, méprisable par sa crudité et fallacieux, mais pas totalement dénué de signification - affirme-t-il. Plus loin, il reconnaît que l’ensemble de son livre doit être pris de cette façon…
 
Il reprend alors la conception de saint Augustin: d’un côté, Dieu est l’être incompréhensible et absolu, sur qui toute pensée est dénuée de sens, de l’autre, il est celui  qui crée l’univers et qui devient à ce 10172818_10201587854887420_3863066785823451540_n.jpgmoment une personne, comparable à l’Homme. La distinction entre les deux est aussi indicible que chez l’auteur des Confessions, mais cela permet à Stapledon d’évoquer le créateur à la manière d’un artiste génial, quoique perfectible.
 
Il s’adonne, de fait, à mille expériences différentes - dont beaucoup sont décrites. Elles sont souvent bien difficiles à concevoir: dans celle-ci, les choses, sans épaisseur, ne sont que des sons; dans celle-là, le temps n’existe pas, l’espace est statique… Dans l’occultisme, ces mondes se superposent au nôtre; chez Stapledon, ils le précèdent, ou lui succèdent. Mais dans l’éternité, tout n’est-il pas contemporain?
 
Hors du temps d’un certain point de vue, le créateur, ici, est évolutif sous un autre: il croît, grandit, mûrit, vieillit. 
 
Finalement, il matérialise un univers qui est le plus beau de tous, parce qu’il synthétise les qualités de tous. Face à cet accomplissement, chacun de ceux qui l’ont précédé n’est comparable qu’à un atome face au corps humain: c’est dire l’impossibilité où l'on se trouve d’en donner une idée exacte. 
 
Alors l’esprit créateur redevient le dieu absolu dont en apparence il s’était distingué. Désormais le narrateur est complètement privé de parole: même la métaphore devient vide. Appeler esprit cet être devient faux, non parce qu’il n’est pas cela, mais parce qu’il est bien davantage! Seule l’adoration désormais convient: l’intellect doit s’effacer.
 
L’instant d’après, le narrateur se réveille sur Terre, et affirme que son voyage aux confins de l’espace et du temps l’aidera à affronter les périls de son époque: allusion au nazisme qui menace le monde. La vision cosmique renvoie l’être humain à ses tâches propres, et lui dévoile mystérieusement de quelle façon elles participent du Tout et la place qu’elles y occupent. Loin de rendre fou, le voyage au fond de l’éternité aiguise la conscience morale, l’élargit, l’approfondit, et éveille à l’action.
 
Une philosophie magnifique, qui une fois encore manifeste la grandeur de Stapledon.

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01/05/2014

La Chute d’un ange de Lamartine: l’esprit des choses

La chute d'un ange (Alphonse de Lamartine).jpgLa Chute d’un ange est une sorte de grand roman épique et préhistorique en vers de Lamartine évoquant, à l'aube des temps, un ange qui, par amour pour la mortelle dont il a la garde, prend forme humaine au moment où elle va être emmenée en esclavage par des géants affreux, afin de la sauver; il demeure ensuite exilé sur Terre. 
 
Georges Gusdorf l’a considéré comme un des seules œuvres réellement romantiques que la France ait produites, la plupart de celles qui reçoivent ordinairement ce nom relevant plutôt d’un néoclassicisme que le romantisme ne fit que teinter.
 
Or, le poète du Lac y dit, entre autres choses, qu’il y a beaucoup d’orgueil et d’aveuglement à croire que l’âme s’arrête aux limites de la peau; quand on en est persuadé, on finit toujours par croire que les autres hommes ne sont que des choses, des machines! Or, c’est bien ce qui est fait à propos de l’animal, du végétal, du minéral. Et Lamartine estime que c’est illégitime. Il affirme que les différents règnes de la nature ne se sont tus que progressivement: ils ne sont que plus ou moins endormis. Entre l’Eden et le Déluge, renchérit-il, les animaux parlaient encore, quoique le végétal et le minéral fussent déjà silencieux.
 
Il n’en fait pas moins des cèdres du Liban des instruments à cordes maniés par des esprits du vent qui font résonner par eux une musique, voire des chants! Ainsi inspirent-ils les prophètes. Car ces arbres conservent en eux, sous la forme de rêves qu’ils murmurent, l’image du temps passé, de l’aube du monde! $(KGrHqF,!ocE-yO,44W8BPsscIVRPg~~60_35.JPGLeurs branches inspirent, créent des visions dans l’âme des anachorètes de la famille maronite qui vont bientôt transmettre leurs connaissances occultes au poète. Car celui-ci s’appuie sur sa rencontre des chrétiens libanais effectuée lors de son voyage en Orient. C’est de cette manière, dit-il, qu’il va apprendre ce qu’il faut savoir sur le père des cèdres, l’ange Cédar qui a pris la forme d’un homme!
 
Le vrai romantisme, note Georges Gusdorf, est tel: il crée des mythologies nouvelles, dans le but d’exprimer des mystères de l’âme qui sont aussi des mystères du monde. Lamartine a animé la nature de l’intérieur, et, tout en repoussant loin de lui la tendance à la fantaisie, à l’imagination effrénée qu’on verra bientôt chez Victor Hugo, chez Charles Nodier, il a cherché, à partir des données physiques, à reconstruire l’idée de l’âme de l’univers et des choses - des étoiles, des règnes.
 
Son vers avait, sans doute, quelque chose de mécanique qui devait encore trop à Corneille, au classicisme; il se ressentait de l’éloquence française, de Dellile, du dix-huitième siècle. Mais, par cette Chute d’un ange, il fut un des grands écrivains épiques de la France.

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