03/06/2014

Degolio XXXIX: au cœur du palais-fée

Sanctuaire_de_Sainte_Anjeka.jpgDans le dernier épisode de cette déroutante série, j’ai montré de quelle façon le Génie d’or - esprit de la liberté, ange de Paris - avait été invité à visiter le palais du roi Cyrnos.
 
Or, le cœur de celui-ci lui fut montré. Près de la chambre du roi une petite salle contenait un auguste mystère: une fontaine dispensant une eau lumineuse semblable à de l'émeraude fondue brillait d'elle-même, sa clarté emplissant toute la pièce. Cyrnos était parvenu à y placer le feu de l'astre de Vénus, avec lequel il avait un lien particulier. Quoiqu'il vécût sur Terre, il entretenait avec soin les ponts qui, partant de son royaume, menaient au Ciel!
 
Or faut-il savoir que le peuple qui, étant de sa maison, l’avait suivi dans son exil, au sein du monde périssable, était désormais menacé continuellement par le temps qui passe; et il aurait perdu sa vieille immortalité, s’il n’avait pas, jour après jour, bu de cette eau merveilleuse. Chaque soir, ainsi, une cérémonie se déroulait; et tous venaient dans la pièce pour prendre de cette liqueur et rendre grâce à leur roi.
 
Par ce moyen demeuraient-ils semblables au temps où ils vivaient parmi les astres. Si un seul jour ils oubliaient de boire leur élixir, ils pouvaient, certes, en mourir en quelques heures. Certains dommages étaient réversibles; mais d’autres ne l’étaient pas.
 
À coup sûr les mortels qui eussent pu s’emparer de ce divin breuvage se fussent affrontés en sanglantes guerres, pour s’en rendre maîtres: car ils n’ont pas la maturité nécessaire; seuls ces enfants du ciel l’avaient: seuls ils étaient protégés de l’éblouissement face à l’immortalité! Aussi Cyrnos faisait-il bien garder sa fontaine; les voleurs, hommes ou démons, devaient en être tenus éloignés.
 
Or, Captain Corsica, depuis qu’il avait atteint l’âge adulte, s’était lui aussi senti rapidement vieillir; et 1024px-Youth_fountain_MGEt_Inv39564.jpgayant intégré le peuple de son père, il lui fut offert de boire de cette eau, et ainsi avait-il vécu plus longtemps qu’aucun homme né d’une femme. Comme il habitait à Bastia, ordinairement, sous l’apparence d’un simple mortel, il lui avait fallu se munir d’une fiole spéciale, taillée dans l’améthyste, et la remplir de cette liqueur, afin de disposer toujours de la possibilité d’en boire; chez lui, son éclat était tel qu’il s’en servait comme d’une lampe: ses invités s’en étonnaient; il racontait qu’il s’agissait d’un objet singulier, rapporté de ses lointains voyages. Parfois, aussi, lorsqu’il était dans l’obscurité profonde, dans l’abîme où se mouvaient les monstres abominables qui terrorisaient la Corse, il la sortait de sa poche, la tenait à sa main, et s’en servait comme d’une lanterne; on dit même que ses rayons violets blessaient mortellement les démons, qui n’osaient s’en approcher. Le Captain savait d’ailleurs les concentrer et les diriger contre l’ennemi, le cas échéant. Chaque jour, en tout cas, il devait en boire une gorgée, si mince fût-elle, s’il ne voulait pas connaître les affres de l’âge.
 
Beaucoup d’hommes et de femmes s’étonnaient de ce que Pierre Toccoli, agent immobilier de son état, parût rester toujours le même, ne prendre aucune ride; il s’était même répandu le bruit selon lequel il était sorcier - comme déjà cela s’était dit dans son enfance. Mais les esprits forts en riaient, évoquant tout bonnement de chirurgie esthétique. Seul néanmoins vieillissait son regard, semblant porter plusieurs siècles; son corps demeurait celui d’un homme jeune.
 
Lorsqu’il était en mission, ou dans un combat qui durait plusieurs jours, il lui arrivait d’éprouver des difficultés à boire de sa potion; alors s’affaiblissait-il rapidement, juste au moment où il aurait eu le plus besoin de force! Si ses ennemis avaient été au courant de cette faiblesse, ils eussent pu l’utiliser contre lui; mais ils essayaient toujours de le vaincre le plus vite possible, espérant le surprendre par la violence de leurs coups. Un jour cependant il eut un adversaire qui savait tout, à cet égard; mais l’heure n’est pas venue d’en parler. La suite de ces réflexions ne pourra du reste être livrée au lecteur qu’une fois prochaine.

08:24 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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