07/06/2014

L’âme de l’Union européenne

drapeau-europeen1.jpgOn dit souvent que l’Union européenne n’est qu’une construction abstraite, un édifice vide d’âme. Pourtant certains ont dit que son drapeau renvoyait à la couronne d’étoiles de la Femme cosmique de l’Apocalypse, assimilée traditionnellement à la sainte Vierge: il s’agit bien d’une âme à laquelle peuvent se relier les individus, qui peut les embrasser et les tenir unies dans son sein! Elle me rappelle du reste Eliphas Lévi - l'abbé Constant -, qui assurait que l’image de la Vierge écrasant de son pied un serpent était un grand symbole pour l’avenir: l’humanité devait être unie dans l’amour, après avoir vaincu la haine. On songe également à Teilhard de Chardin, au point Oméga, dont la Vierge cosmique est un seuil intermédiaire...
 
Et puis il y a l’hymne européen, dont la musique est de Beethoven, et dont le texte est de Schiller. Personne n’en connaît vraiment les paroles, en France. Elles sont en allemand et certes célèbrent la Joie, mais elles en font une étincelle divine, unissant tous les hommes dans une même fraternité, et descendue des hauteurs célestes, donnée au fond par le Père de l’univers qui trône au-dessus des étoiles! Est-il possible que pour les Allemands, qui saisissent ces paroles, l’Union européenne est une réalité pleine d’âme et d’humanité, tandis que les Français, auxquelles on ne les a pas traduites, n’y voient qu’un chant factice, destiné à enflammer artificiellement les cœurs?
 
Il faut dire que l’agnosticisme qui domine les élites française les a certainement empêchées de révéler au peuple ce qu’il en était. Au fond, plus même que les technocrates européens, ce sont les technocrates français qui ont vidé l’Union européenne de son âme.
 
Mais son origine est dans le romantisme, qui lui-même est né en Allemagne. Aujourd’hui, peut-être au Friedrich_schiller.jpggrand dam de certains, ce pays est le plus peuplé, le plus riche, le plus puissant de l’Europe. Et c’est dans la logique des choses, puisqu’il fut le plus dynamique sur le plan culturel dans les siècles précédents. Ce que représentaient autrefois Descartes, Racine et Corneille, peut être représenté à présent par Goethe, Schiller et Hegel. Les Latins ne doivent pas chercher à utiliser l’Union européenne pour restaurer l’Empire romain; il faut en réalité accepter l’évolution historique, et créer une grande et belle union qui unisse les Latins aux peuples germaniques. Il faut mettre fin au rapport de force entre les deux ensembles culturels: celui qui dans les faits est le plus nombreux et le plus riche, le plus puissant et le plus uni, doit bien servir de locomotive. Ce n’est pas un hasard si c’est chez Schiller et Beethoven qu’on trouvait les plus vibrants appels à la fraternité universelle, quand en France on continuait d’essayer de s’appuyer sur le souvenir de Louis XIV pour imposer un universalisme qui émanait du classicisme et qui, lui, était déjà vide d’âme, parce qu’il ne faisait qu’étendre des tentacules sans les nourrir de vie, il les prolongeait par la seule raison. Il y faut aussi du cœur, du sentiment. Et si l’Hymne à la Joie de Schiller et Beethoven a été choisi, même par les Français éclairés du temps, c’est parce qu’ils savaient que c’était là qu’on trouvait la plus subtile alliance de l’intelligence et du sentiment.

08:01 Publié dans Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

J'espère que tous les contempteurs de l'Europe vous liront et trouveront dans votre texte matière à réflexion, pour autant que le mot réfléchir fasse partie de leur vocabulaire.

Écrit par : Michel Sommer | 07/06/2014

Merci. J'ai eu conscience d'aller à contre-courant de presque tout ce qu'on entend dire, mais il m'a semblé que les pensées pouvaient en être exposées, qu'elles avaient en elles-mêmes assez de force. Soutenir calmement le contraire de ce que beaucoup disent avec une certaine aigreur, pour ne pas dire plus, a toujours quelque chose d'enthousiasmant, au fond.

Écrit par : Rémi Mogenet | 07/06/2014

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