11/06/2014

Égalité des enseignants en France

provcart.jpgJe suis personnellement favorable à la régionalisation de l’éducation en France. Non pas seulement dans le mode de recrutement pour faire des économies, comme la Cour des Comptes l’a recommandé, mais aussi dans une adaptation régionale des programmes. J’ai publié, il y a déjà un certain temps, sur le site du Mouvement Région Savoie, un article qui explique ma position. Par souci d’égalité des territoires, il s’agit de lier toujours l’environnement immédiat aux connaissances: l’histoire, la géographie, les sciences naturelles doivent s’appuyer sur le paysage visible, les monuments qu’on peut visiter facilement, la littérature sur les écrivains qui ont physiquement connu des lieux qu’on habite. Sinon, l’enseignement reste abstrait, et inaccessible.
 
L’uniformité favorise en réalité ceux qui sont matériellement liés aux programmes - c’est-à-dire qu’en France, Paris et sa région sont favorisés, et qu’une inégalité à leur profit est pratiquée au détriment des contrées périphériques et excentrées, pour qui la culture officielle est quelque chose d’étranger.
 
Les enseignants craignent souvent, néanmoins, que cette régionalisation n’entraîne une disparité des salaires. Je m’avoue alors stupéfait. Les études de l’enseignement tel qu’il est pratiqué en Europe sont claires: si c’est en France que l’éducation publique coûte le plus cher, c’est aussi en France que les professeurs sont le plus mal payés!
 
Certains assurent que l’État centralisé garantit les hauts salaires, parce qu’il est fort; mais c’est dans le pays où l’éducation subit le plus gros monopole d’État que les salaires sont les plus bas. L’État n’est pas forcément plus qu’un autre organisme mû par la morale: comme tous, il regarde d’abord à son intérêt. Or, lorsqu’il n’est pas soumis à la concurrence, il n’a rien à craindre; il peut donc baisser les salaires autant qu’il veut.
 
L’instauration d’une concurrence entre les régions, à coup sûr, instaurerait une disparité; mais les plus Victor_Hugo_by_Étienne_Carjat_1876.jpgbas salaires ne seraient pas plus bas que ceux d’aujourd’hui. Or, comme le disait la pédagogue savoyarde Noémi Regard à ses élèves en 1920: si les Allemands deviennent plus riches, sans que ça rende les Français en eux-mêmes plus pauvres, ceux-ci ne doivent pas en gémir, mais se réjouir pour ceux-là, puisque globalement l’humanité progresse! L’égalité non tempérée par la liberté aboutit au nivellement par le bas. Victor Hugo lui-même disait Louis XIV égalitaire: sous son talon, tout le monde logé à la même enseigne! En réalité, il n’est pas possible d’évoluer d’un seul bloc. Les blocs uniformes sont toujours grevés par leurs parties statiques. Le progrès global ne s’obtient que si les individus peuvent faire valoir pleinement leurs compétences.
 
Il ne s’agit pas de devenir égoïste et d’entamer les droits fondamentaux de l’être humain, comme est justement l'éducation: l’État doit continuer à veiller à leur application. Là est l’égalité pleinement légitime. Mais il n’y a pas de justification réelle à uniformiser les salaires. Le coût de la vie n’est pas le même d’une région à l’autre; il est donc inégalitaire d’uniformiser les revenus.

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