17/06/2014

Degolio XL: le destin de Captain Corsica

638c64680c82c7e651842fb1e76d4e93.jpgDans le dernier épisode de cette série très particulière, nous avons évoqué le secret du peuple de Cyrnos et de Captain Corsica même, l’élixir qui, contenant la force de l’étoile de Vénus, permettait de conserver ou d’acquérir une longue vie, mais créait une contrainte, puisqu’il fallait en prendre chaque jour.
 
En exposant ces faits à son ami le Génie d’or, cependant, Captain Corsica se fit bientôt plus intime. D’abord il rit de ceux qui racontaient toute sorte de légendes sur son compte, parmi les mortels. De fait, avant de devenir Pierre Toccoli, il avait eu une autre identité, parmi eux: il ne fallait pas qu’on vît trop clairement qu’il ne vieillissait pas, et il avait feint de mourir dans un accident, auparavant. Or, certains, malgré qu’il eût changé de visage, l’avaient reconnu, et il s’était répandu la rumeur selon laquelle il était immortel et passait parmi les hommes comme un dieu, ou bien quelque alchimiste ayant trouvé le secret de l’immortalité. Mais ceux qui passaient parmi les plus intelligents affirmaient que ce n’était là que des contes de bonne femme! Cela fit rire le Génie d’or, qui connaissait bien, à cet égard, la naïveté des mortels. Lui-même, raconta-t-il, revenait périodiquement parmi eux, vivant pour ainsi dire des moments de long sommeil. Même alors cependant il les influençait depuis les hauteurs de sa demeure cachée; pour ainsi dire il rêvait et se mêlait à eux quand ils dormaient aussi. Mais il restait pour eux un esprit, il ne devenait jamais tout à fait la personne à laquelle il se liait particulièrement, selon les temps. On l’apercevait comme un fantôme! Ou bien comme un lutin, comme un grillon, ainsi que le déclara leur poète André Breton! Un jour, fit le Génie d’or, je lui ai dit: André Breton, passe! et pour beaucoup c’est resté un complet mystère. Mais je l’avais initié; je lui avais révélé quelques-uns de mes secrets. - Un homme plein de valeur fut-il! dit Captain Corsica; j’en ai ouï parler.
 
Le fils de Cyrnos se fit alors plus intime; il révéla que souvent il lui avait été difficile de vivre parmi les mortels car il s’était lié d’amitié et même d’amour avec aucuns d’entre eux, mais il n’avait pas pu se maintenir avec eux dans une intimité particulière, parce qu’il savait que pour lui les jours n’étaient que des songes, et qu’il ne vieillissait pas, ou très peu, que les années passaient pour lui comme autant de journées pour les mortels, et il ne supportait pas l’idée de voir vieillir ses amis et ses amours quand lui demeurerait jeune; d’ailleurs, comment leur expliquer son extraordinaire faculté à rester toujours le même? Le secret de Cyrnos ne devait pas être révélé. Il devait, il pouvait donner lieu à toute sorte de légendes, et les hommes éclairés, être à même de deviner la vérité; mais l’humanité n’était pas assez mûre pour que tout lui fût révélé. Si on l’avait fait, elle se serait partagée entre des suppliants cherchant à devenir les esclaves de Cyrnos qu’ils auraient regardé comme un dieu, et des enragés qui 1526217_10202017794580868_216124609_n (1).jpgeussent tenté de lui arracher son royaume et ses trésors par la force: des guerres peut-être s’en fussent suivies, et Cyrnos eût été contraint de tout abandonner derrière lui et de s’en retourner à sa terre d’origine, située au ciel. Lui-même, Captain Corsica, n’eût plus pu agir en faveur des hommes librement, dans l’ombre, comme il le faisait.
 
À ces paroles, le Génie d’or acquiesçait; il était dans une situation similaire: il était contraint de demeurer dans le monde occulte, de façon même plus appuyée, les Parisiens ne croyant guère aux légendes, et étant plutôt rebelles aux dieux, et aux croyances à leur égard; aussi devait-il être prudent, et ne pouvait-il se lier à un mortel que de façon épisodique, et sans se confondre totalement avec lui. Jamais il n’aurait pu devenir agent immobilier dans un quelconque arrondissement de la capitale française! L’administration était trop tatillonne, et on lui aurait demandé sans cesse des comptes, qu’il n’eût su justifier. D’ailleurs, contrairement à toi, je n’ai point été nourri au sein d’une femme, acheva-t-il.
 
La suite cependant ne pourra être livrée au lecteur qu’une fois prochaine.

07:29 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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