23/06/2014

Le fantôme de l’amour (Amol Palekar)

affiche-Paheli-le-fantome-de-l-amour-Paheli-2005-1.jpgJ’ai vu un certain jour récent un film indien surprenant; il se nommait, en français, le Fantôme de l’amour, et avait été réalisé par Amol Palekar, qu’en dehors de cela je ne connaissais pas du tout. Je ne suis pas spécialiste des films indiens, mais je crois que beaucoup, comme celui-ci, placent des chants et des danses dans l’action dramatique, donnant à l’ensemble une atmosphère festive rappelant assez Walt Disney.
 
Ce qui m’a néanmoins surpris est l’histoire qu’il racontait: celle d’un esprit amoureux d’une jeune femme mariée, délaissée par son époux, marchand qui le soir même du mariage est parti en voyage d’affaires. Elle est jeune, elle aime l’amour, et l’esprit a pris l’apparence du mari, qui devient rapidement cocu.
 
Type d’histoires qu’on racontait volontiers dans l’Occident ancien: il ne faut que se souvenir de Jupiter prenant l’apparence d’Amphitryon et se glissant dans ses draps pour s’unir à sa femme Alcmène: il en naîtra Hercule, sauveur des peuples; les dieux ont de ces desseins cachés!
 
Mais au lieu que le conte soit moral parce que la ruse de l’être spirituel dissimulait une intention située au-delà de l’entendement humain, dans le film d’Amol Palekar, il s’agit plutôt d’honorer l’amour même - le dieu Kâma -, et de satisfaire les aspirations légitimes des jeunes femmes à son endroit. Le cinéma indien s’appuie sur la mythologie mais il n’a pas de sens religieux clair - en tout cas ce film n’en a pas: on est plutôt dans le romanesque profane.
 
Cela aurait fait hurler saint Augustin, qui reprochait justement au théâtre romain de représenter les amours des immortels dans cet esprit - dans l’esprit de justifier l’adultère! On se demande parfois quel genre de pièces il pouvait bien désigner, car celles qui nous sont restées sont animées d’une moralité
photo-Paheli-le-fantome-de-l-amour-Paheli-2005-9.jpgplus élevée, et même les Métamorphoses d’Ovide, qui narrent ce type de mythes, sont dans ce cas. Or, il semble qu’avec ce film indien, le Fantôme de l’amour, on ait un début de réponse!
 
La fin surtout est significative: l’esprit est pourchassé par un magicien, après que le mari s’est plaint; on pense que le sorcier a mis ce génie dans une gourde ensuite enterrée dans le sable, mais il s’avère que le rusé y a placé le mari! Cela s’achève par le baiser donné à la belle, qui s’aperçoit alors qu’elle peut être heureuse pour toujours. Et tant pis pour l’autre, qui a mérité son crime: n’avoir pas honoré la nuit de noces!
 
Cela a quelque chose de sinistre, même si le peuple peut approuver, notamment les femmes. Qui ne rêve d’un mari galant, incarnant l’amour? On ne défie pas Vénus impunément.

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