04/07/2014

Michel Dunand jardine les volcans

9782749241357FS.gifMichel Dunand, poète annecien recensé dans mes Muses contemporaines de Savoie, m’a envoyé son dernier recueil, J’ai jardiné les plus beaux volcans, paru aux éditions Érès. Il s’agit, dirait-on, d’une tentative de pénétrer le mystère des choses pour en saisir l’éternité vivante. De courts poèmes saisissent les instants magiques de voyages, ou de visites de musées, invitant l’âme à se dilater à l’infini, au sein d’une lumière d’or, grâce à des méditations souvent faites de questions; les réponses viennent d’elles-mêmes, des profondeurs de l’esprit.
 
Cela permet à Michel Dunand de toucher fréquemment à l’image mythologique, perçue au fond de la clarté, un peu comme dans le Dhammapada - recueil de paroles canoniques du Bouddha. J’aime cette personnification vivante des volcans: Ils ont lacéré leur bannière. Ils ont brisé leurs armes. Ils ont déposé leur colère au pied d’un ciel sans tache. Ils ont craché tous leurs démons. J’aspire à la paix des volcans, la joie des vieux volcans éteints dont le sein vert et lourd me ravit, m’apaise et me rassure. Les objets naturels ont une histoire intérieure, et parlent à l’âme: ils la révèlent à elle-même. Après le volcan, la mer: La mer est à son image, à cette heure avancée de la nuit. Elle a du mal à rentrer chez elle, à se contenter de son sort, à ne pas repousser ses étonnants contours. Une côte en charpie lui barre en vain le chemin. La nature n’est pas silencieuse, morte, dénuée de sentiment; elle vit au plein sens du terme.
 
Il s’agit, dit encore le poète, de voir en soi les choses: le monde intérieur en dévoile l’essence, qui l’éclaire à son tour.  On peut alors s’apercevoir que l’éternité n’a rien de triste, ou que le squelette qui, sous l’œil de l’esprit, va et vient, pur fantôme, est bien plus vivant qu’on ne le pense. Les artistes triomphent en matérialisant les êtres du fond de l’être, en se débarrassant des illusions des pensées ordinaires, en devenant de purs organes de perception: alors surgit le vrai, sous forme d’images.
La brièveté des textes de Dunand - leur évanescence, même - rend crédible cette saisie du mystère, comme si la plume n’avait été attentive qu’au miracle de son affleurement, sans rien concéder aux pensées vulgaires.
 
Un beau recueil, quoique court. La présentation en est celle d’un cahier d’écolier de taille réduite: original. Peut-être plus intime, l’écriture étant issue de la main, non des machines.

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