25/07/2014

Ovide et la corrida

1615044265.jpgJ’ai lu récemment, dans les Métamorphoses d’Ovide, une allusion à ce que nous nommerions la corrida: dans l’arène du cirque, dit le poète, on agite un tissu rouge devant les yeux du taureau, pour l’induire en erreur, et le vaincre. Cela m’a frappé, même si j’ai toujours su que les gladiateurs ne s’affrontaient pas seulement entre eux, qu’ils affrontaient aussi des bêtes sauvages, parmi lesquelles des taureaux; car je ne savais pas néanmoins que le procédé de l’étoffe rouge était déjà présent dans les arènes romaines. On ne sait pas du reste si ce passage a été souvent relevé, puisque les historiens patentés prétendent qu'aucun document n'atteste l'existence de la corrida dans l'ancienne Rome, et que l'idée, qui existait autrefois, qu'elle venait de ses jeux, aurait été depuis longtemps réfutée, au nom de cette absence de preuve!
 
J’ai entendu bien des idées étranges, à ce sujet: Jean Giono disait qu’elle émanait du culte de Mithra, et mon ami Robert Marteau, qui l’affectionnait, la liait pareillement à d’antiques cultes solaires, prétextant le costume doré du toréador. Mais il est à mes yeux vraisemblable que, tout simplement, ce soit une survivance, dans le sud-ouest de l’Europe, d’une pratique propre à l’ancienne Rome.
 
Il est bien possible que les jeux du cirque aient eu, eux-mêmes, pour origine des cultes oubliés, d’antiques cérémonies religieuses, situées en Crète ou ailleurs; mais lorsqu’il s’agit de l’Espagne médiévale, ce n’est probablement pas ainsi qu’il faut raisonner. En réalité, il s’agit de se demander deux choses: d’une part, pourquoi les autres types de combats d’arène n’ont pas subsisté, pourquoi celui-là seul a perduré; d’autre part, pourquoi en Italie et dans la France du nord celui-là même a disparu.
 
La cause en est probablement les Wisigoths: le territoire de la corrida correspond à celui que domina ce peuple. Le fait est qu’il avait un lien assez fort avec le culte de Mithra, qui s’est répercuté ensuite dans Mithra.jpgson ralliement à l’hérésie d’Arius puis au catharisme. On pourrait aussi dire que le combat contre les taureaux a seul subsisté parce que les autres bêtes sauvages étaient devenues trop difficiles à amener dans une arène. Les Wisigoths cependant devaient encore beaucoup au paganisme en général. Si au moins les combats entre gladiateurs sous leur sceptre ont été interdits, comme dans toute la chrétienté, alors qu’en terre catholique, le combat contre les bêtes a aussi été proscrit, il a pu subsister en territoire arien, parce qu’on n’y voulait pas rompre avec l’antiquité de façon radicale. La raison pour laquelle la pratique a disparu sous les Francs est justement sa soumission à un christianisme rigoureux, rationaliste, rejetant les jeux du cirque de façon globale.
 
Ce qui m’a toujours laissé perplexe, en revanche, c’est l’idée que la corrida viendrait de l’Espagne préromaine, et de ses liens avec l’Orient; j’ai du mal à y croire. Il est néanmoins possible que le mithraïsme et l’arianisme des Wisigoths aient donné une vigueur nouvelle à ce qui n’était chez les Romains qu’un spectacle parmi d’autres.

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