02/08/2014

Degolio XLII: les deux morts de Captain Corsica

kirbygods5.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, il a été question de l’étrange sanctuaire du palais de Cyrnos, contenant un livre où étaient écrites les destinées des héros, ainsi que de la Corse; un ange y traçait les lettres d’or, brillantes, qu’on pouvait y voir.
 
Captain Corsica n’y était pas oublié; et son père, après qu’il eut lu les pages le concernant, lui avait délivré un oracle, les yeux pleins de larmes. Car il avait découvert qu’il viendrait un temps où, au sein d’un combat, il serait vaincu - où il devrait mourir! À la Grande Fin, même les Immortels mourront, proclama-t-il. Ainsi devrait-il - lui, son fils - passer par la porte de feu - une fois encore. Car, à vrai dire, il l’avait déjà franchi, un jour, le seuil de la mort! Et ayant dit ces mots, Captain Corsica soupira, et demeura songeur.
 
Quand cela fut-il? lui demanda alors le Génie d’or. - Hélas, le souvenir m’en est bien douloureux, répondit Captain Corsica; mais je vais te dire ce qu’il en est, afin que tu comprennes le sens de ma destinée, dont se saisit celle de tout le pays. Auparavant, toutefois, je veux t’emmener hors de ce palais, et, dans mon vaisseau, te montrer les endroits fatidiques où prend place cette terrible histoire.

Le héros de la Corse emmena donc son ami auprès de son vaisseau de cristal, où ils montèrent; puis ils survolèrent le château de Cyrnos, et s’en furent au-delà des montagnes. Ils parvinrent bientôt jusqu’à ce lieu qu’on nomme le Désert des Agriates, et qui, autrefois, avait été si fertile, si glorieux! Là, l’ange de la Corse eut le visage soudain marqué d’une tristesse: il pâlit même un peu. Le Génie d’or crut en deviner la raison, et il lui demanda si c’était là l’endroit fatidique dont il lui avait parlé.
 
Il s’entendit alors répondre: Ô ami! tu vois, ici, le terrible résultat des péchés des hommes. Car si desert-agriates.jpgaujourd’hui ce lieu est un désert agréable pour les yeux et où les baigneurs aiment à se rendre pour en savourer les belles plages, dans les temps anciens, je m’en souviens encore, il s’agissait d’une terre peuplée, et cultivée. Mais tous les hommes ont fui, ou presque. - Quelle en est la raison? Peux-tu me la dire? fit alors le bon génie de Paris. - Oui, je peux le faire, dit son ami nouveau; écoute donc. Il fut un temps où dans le village d’Ostriconi, qui s’étendait en ces lieux, il manqua de l’eau. Un homme vint, qui était jeune, et dont l’origine était inconnue. Il semblait être étranger. Il était beau; de fins et blonds cheveux déroulaient ses boucles sur ses épaules blanches, et ses yeux bleus luisaient. À peine semblait-il toucher le sol; et une grande douceur était répandue sur ses gestes et ses traits. On crut qu’il s’agissait d’un ange, qui avait soudain pris forme humaine. Des fleurs semblaient naître à chacun de ses pas, et les oiseaux à son passage chantaient; les animaux, ravis, accouraient, comme pour le saluer: l’âne et le bœuf levaient la tête, le cheval s’avançait vers lui, le chien remuait la queue, le chat se pressait contre ses jambes. Et voici! il parla aux habitants d’Ostriconi, et sa voix était musicale, pareille à une eau de cristal; et lorsqu’à sa demande il les entendit se plaindre de la sécheresse qui durait, et du lit de la rivière qui servait désormais de chemin aux bœufs, il sourit, et étendit sa main au-dessus d’un rocher qui se trouvait au pied de la montagne.
 
La suite cependant ne pourra être donnée qu’une fois prochaine.

15:31 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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