06/08/2014

Diversité culturelle en Catalogne

29_1barcelona_13.jpgJe suis allé récemment en Espagne et un soir que je trouvais le vol des moustiques un peu bas et que la terre gardait un souvenir vivace de l’amour que lui avait donné le soleil avant son coucher - je veux dire qu’elle était encore bien chaude, si on me pardonne le mot -, j’ai allumé la télévision, et suis tombé sur la chaîne nationale qui m’a paru consacrée à l’Islam. Un cours d’arabe s’y donnait, et deux charmantes femmes voilées et un homme glabre y assistaient joyeusement et avec enthousiasme, pour les besoins du spectacle. Je me suis demandé si à la télévision française on pourrait voir une telle chose - et me suis dit que non. Et c’est dommage, car au moins à Barcelone - que j’ai visitée deux fois, durant ce séjour -, j’ai eu le sentiment d’une grande liberté, assumée dans une humeur assez bonne, et qui tranchait singulièrement avec l’esprit plutôt lourd qui règne à Paris. Il y avait des femmes voilées, et d’autres qui portaient des shorts très courts, et je n’ai ressenti aucune forme de tension, on s’y mêlait sans problème particulier.
 
Il faut dire que Barcelone est avant tout portée par l’enracinement dans la tradition catalane, qui exerce une poussée à laquelle le reste se soumet peu ou prou: le dynamisme local est assez grand pour entraîner à sa suite tout ce qui pourrait spontanément s’en écarter; ce n’est pas comme en France, où, faute de dynamisme réel, le courant républicain tend à s’en prendre à ce qui n’est pas lui, afin d’empêcher la concurrence.
 
Le patrimoine catalan suscite l’enthousiasme parce qu’il est républicain, certes, mais aussi parce qu’il plonge ses racines dans l’époque gothique - le catholicisme médiéval -, et se lie explicitement à la 1188845-l-univers-architectural-de-gaudi.jpgnature, le paysage. Gaudí, on le sait, s’appuyait sur ce qu’on appelle en architecture l’arc catalan, mais imitait également, dans leurs formes, les particularités du delta de l’Èbre ou du massif de Montsant. Le grand poète catalan Jacint Verdaguer, son ami, était prêtre, mais il chantait les Pyrénées, y situant des fées, et reliait toute l’Espagne à l’Atlantide: au fond du monde sensible, il y avait la mythologie.
 
L’architecture moderniste de Barcelone, d’un autre côté, était principalement financée par de riches industriels, eux aussi portés par l’enthousiasme, par le romantisme qui faisait renouer avec la Catalogne immortelle après un siècle de silence et la répression, au dix-huitième siècle, du roi de Castille. Cet enthousiasme proprement local dynamisait non seulement la culture, mais aussi l’économie, car les deux vont bien plus de pair qu’on ne l’imagine. Et aujourd’hui, la Catalogne est une des plus riches régions d’Europe, ce qui n’empêche pas sa capitale de comporter d’énormes voies piétonnes, ou d’interdire aux voitures ses vieux quartiers, ce que Paris ne fait pas, semblant comme enlisé dans ses habitudes, ses préjugés, ses certitudes, et ne connaître d’aucune façon l’enthousiasme barcelonais. Loin de placer les formes du paysage gaulois en son sein, il prétend lui imposer ses inventions propres - par exemple par le remembrement, ou les grandes régions qui viennent d'être votées. Loin de laisser libre cours à une fantaisie gaudienne, il s’assujettit lui-même à un fonctionnalisme que même Houellebecq a dénoncé.
 
Les classements internationaux font de l’Espagne un pays plus libre, plus démocratique, que la France; on a du mal à voir que ce soit faux, quand on s’y rend.

09:51 Publié dans Culture, France, Voyages | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Ceux qui se rendent en Catalogne sont privilégiés surtout s'ils s'y rendent invités par un aussi beau texte bijou messager... sur simple blog... Merci, Monsieur Mogenet.

Fées Atlantide

On situe le passage des Hébreux par la mer Rouge au moment précis de l'explosion du volcan de l'île de Santorin... Atlantide

Fées Massabielle, lieu de l'apparition non de l' "Immaculée Conception" mais, selon Bernadette "cela" (en tout premier)! Massabielle était, selon le folklore, un endroit de passage des fées (lesquelles de sexe féminin comme masculin sont dites exister pour de vrai, pour de bon en Inde...) Une parente à Bernadette étant guérisseuse, l'eau et la terre à s'appliquer en masque sur le visage... ces deux éléments permettraient une fine analyse ("décortiquer") de la vision (imaginons Bernadette rencontrant Françoise Dolto!!) "Mademoiselle, une suggestion gardez ce que vous me racontez pour vous ou, si vous le souhaitez, parlons-en, voulez-vous?!" Des indications données par Bernadette on conçut la statue de l'apparition puis on lui demanda son aval. Non, répondit-elle, "elle" n'était pas comme cela. On ne tint aucun compte du désaveu de la jeune fille et désormais fut présentée une fois pour toutes... Notre-Dame de Lourdes. Plus tard Bernadette déclara que la "dame" n'aurait pas été d'accord avec tout le "commerce" de Lourdes"! situation qui rejoint votre conclusion: "(...) on a du mal à voir que ce soit faux, quand on s'y rend"! N'en demeure pas moins qu'en argot Lourdes/lourdes peut signifier portes: Notre-Dame des portes... ou des lourdes" des femmes (ou hommes) obèses... souvent parce qu'à force de retenir ses larmes il arrive, ballons, outres que l'on gonfle non de vanité, d'orgueil ou de suffisance. Ave Maria

Écrit par : Myriam Belakovsky | 06/08/2014

Merci Myriam pour ce commentaire. C'est vrai qu'en Asie en fait on pense que les fées, les êtres spirituels qui vivent sur terre, appartenant de façon globale au peuple des Gandharvas, sont une réalité. Verdaguer parle d'elles dans son poème patriotique sur le Canigou, et je ne sais pas si Massabielle est loin. Cependant il était catholique classique, dans sa doctrine, et il dit que les fées ont tenté son héros et l'ont ainsi empêché d'accomplir son devoir de chevalier. L'important est qu'il en ait parlé, et qu'ensuite il ait été considéré comme le grand poète épique de la Catalogne immortelle: il a une place, à Barcelone, avec un monument imposant, c'est un homme important, comme Frédéric Mistral en Provence, si au moins la Provence était autonome et si ses écoles enseignaient le provençal et faisaient lire Mistral: malheureusement on en est loin, à cause de l'égoïsme parisien. Car Mistral aussi évoque les fées, ou les miracles des légendes locales. Naturellement il était un grand soutien de Verdaguer. Le merveilleux, en tout cas, Gaudí l'aima.

Pour Lourdes, je n'y suis jamais allé, mais peut-être bien que sainte Bernardette a en réalité vu une fée conçue de manière immaculée, une bonne fée aimant Dieu, comme on disait dans les romans médiévaux qui disaient du bien des fées.

Écrit par : Rémi Mogenet | 06/08/2014

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