08/08/2014

Le rêve médical d'Apollon

684d3a-Epidaure--temple-d-Asklepios--380-370-avt-JC-.JPGÀ Épidaure, en Grèce, on se rendait pour être soigné, dans les temps antiques. Or, la guérison, pensait-on, venait essentiellement au cours du sommeil: c’est alors qu’on recevait la visite du guérisseur divin, sans qui rien n’était possible.
 
Au préalable, on avait subi l’épreuve propre à la partie basse, inférieure du temple: là, un espace obscur, plein de fumées odorantes, s’étendait; le malade y avait des hallucinations: il s’agissait de ses mauvais démons, les êtres infernaux dont venaient ses maladies. On sait que, chez les anciens Grecs, ces êtres émanaient du monde moral: ils punissaient de fautes qu’on avait commises. Précisément, la maladie était perçue comme l’effet d’une perversion intérieure; il fallait donc s’en purifier. L’épreuve initiale permettait de sortir de soi les esprits maléfiques.
 
Epidauros_Asclepios.jpgMais cela ne suffisait pas. Ils seraient revenus si, la nuit suivante, le dieu des guérisons, Asclépios ou Apollon, n’était venu remplir l’âme. On dormait alors à même le sol, et on rêvait de l’être supérieur; il semblait donner quelque chose, une bénédiction. Les historiens actuels disent que l’état hypnotique, provoqué par les fumigations de l’épreuve antérieure, facilitait l’assimilation du prêtre-médecin au dieu: en réalité, dans une forme de semi-conscience, le malade voyait un homme lui donner une potion, un élixir, et il le prenait pour un être venu des cieux. Il s’agissait, dit-on, de renforcer la conviction du malade. Mais je crois, personnellement, que le prêtre-médecin considérait que, réellement, il incarnait le dieu, que celui-ci agissait à travers lui et ce qu’il donnait, et qui était justement propre à le faire agir: les substances n’étaient pas choisies au hasard, ni selon, simplement, l’expérience accumulée, ni, bien sûr, selon leur composition chimique, mais selon ce que les initiés avaient cru voir dans l’ingrédient utilisé: la force de telle ou telle divinité, qu’Asclépios ensuite transmettrait. C’est de cette façon que les métaux par exemple étaient liés à telle ou telle planète, ou les plantes, et aussi les fameuses humeurs, lesquelles se concentraient de préférence dans telle ou telle partie du corps humain. Ces forces avaient un lien aussi avec l’état moral, puisque les humeurs renvoyaient à la fois aux quatre éléments et aux tendances de l’âme humaine. L’ensemble se coordonnait.
 
Ce qui a fait rejeter cette médecine, c’est, je crois, avant tout l’étonnement des chrétiens, pour qui la sphère morale était en réalité détachée de la sphère physique; ils reprochaient aux païens de mêler les deux de façon indistincte et, ainsi, de dissoudre l’esprit dans la chair. Ils réclamaient, plus ou moins consciemment, davantage de clarté, et c’est, à mes yeux, ce qui a fait naître la science moderne, plus spirituelle dans son origine qu’on ne pense. Le besoin de précision, notamment, répond à des forces de l’esprit accrues.

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