16/08/2014

L’art préclassique en Grèce

ocres_Pinax_fragment_Hades_et_persephone_Terre_cuite_H-_0-255_m.jpgQuand je suis allé en Grèce, j’ai pu découvrir, au musée d’Athènes, quelque chose qui m’a stupéfié et que je ne connaissais pas du tout: ce qu’on nomme l’art préclassique. J’ai trouvé ce qu’il en restait d’une profonde beauté, parce que cela tendait moins au réalisme et au rationalisme que l’art classique; il y avait encore, dans cet art ancien, plus hiératique, aux formes plus généreuses, une qualité orientale qui évoquait la puissance et la grandeur des mystères de l’ancienne Grèce avant qu’ils ne deviennent des événements mondains, avant qu’ils ne se galvaudent. Beaucoup de Romains de l’aristocratie, de fait, allaient se faire initier aux mystères d’Éleusis pour montrer qu’ils appartenaient à la fleur de l’humanité.
 
Cela rappelle la manière dont se sont moralement vidés les jeux d’Olympie, le comble étant la participation de Caligula aux épreuves, et l’obligation qu’il avait mise de le laisser gagner.
La mythologie grecque, dans cet art préclassique, tel qu’on peut le discerner par exemple dans les anciens frontons du Parthénon, était déjà présente - mais avec une expressivité qu’on ne reverrait Vieillard-fronton-est-temple-Zeus-Olympie-vers-460.jpgplus, une force, une pureté, le sentiment d’une cohérence extrême traduisant une piété réelle, face aux figures héroïques, moins mêlée au plaisir sensuel des formes équilibrées et mathématiques que l’art classique.
 
Je me souviens en particulier d’une sculpture d’Hercule luttant contre un serpent géant, et cela m’a paru être d’une puissance incroyable. Or, il ne faut pas croire que les Grecs aient renoncé volontairement à ces sculptures anciennes: en réalité, à cause des tremblements de terre, il fallait périodiquement refaire les sculptures, les frontons. On changeait de style de façon naturelle, sans le vouloir: on n’aurait pas abattu de vieilles idoles pour en bâtir de nouvelles. L’Asie fonctionne de la même manière: on y remplace périodiquement les œuvres de l’art religieux, qui ne sont, précisément, bonnes qu’au culte, et qui doivent, pour cela, être neuves et adaptées à la sensibilité des fidèles.
 
En littérature, on peut comparer Eschyle à Euripide pour se donner une idée de la différence entre les deux périodes artistiques d’Athènes que j’ai mentionnées. Une génération les séparait, mais si le 14613_Eschyle.gifsecond est raffiné, subtil, et encore puissant dans son art, le premier, plus pur, plus sincèrement religieux, moins talentueux et fin mais plus inspiré et imposant, suscitait à cause de cela l’admiration de Victor Hugo. Jean Racine, lui, préférait Euripide… 
 
Quand un dieu apparaît sur scène, chez Eschyle, il est effrayant, majestueux, splendide; chez Euripide, il est surtout gracieux: on sent déjà poindre le jeu poétique d’un Ovide, qui, malgré tout son génie, regardait les dieux davantage de l’extérieur que les tragiques grecs, les ressentait moins intérieurement: les mystères étaient plus éloignés des profondeurs de son âme.
 
Il en va ainsi: les civilisations s’élèvent, et quand elles arrivent au sommet, elles retombent; après sa période classique, la Grèce a surtout imité extérieurement les formes anciennes, percevant moins les dieux qu’elles recouvraient, et, en passant par les poètes d’Alexandrie, on est ainsi parvenu à Ovide - qui reste quand même, je dois le dire, un de mes poètes préférés. 
 
Ce n’est qu’après la conversion générale au christianisme qu’on a cessé de ressentir tout à fait les dieux de l’Olympe.
 
Ou alors s’est-on converti précisément parce qu’on ne les ressentait plus?

08:19 Publié dans Culture, Spiritualités, Voyages | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook

Commentaires

Les Romains de l'aristocratie qui "allaient se faire initier aux mystères d'Eleusis pour montrer qu'ils appartenaient à la fleur de l'humanité" ("Tout est vanité")! se voyaient-ils accorder telle initiation, Initiation avec un I s'entend: Initiation?

L'Initiation, la réelle, est-elle accordée en fonction de la naissance ou des motivations?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 16/08/2014

Je tiens cette information de Plutarque, qui a parlé d'un Romain important, je me demande si ce n'est pas Sylla, qui est allé se faire initier aux mystères d'Eleusis. Plutarque n'en dit pas plus, il prend Sylla pour quelqu'un d'important, et je ne pense pas que dans cette école de mystère, il y avait les salles pour les vrais et les autres pour les faux, on y faisait les rituels mystiques, Plutarque ne signale pas de problème particulier, et il était lui-même prêtre d'Apollon à Delphes. Il n'y a pas de raison de douter de ce qu'a vécu ce Romain. Mais peut-être que les mystères n'étaient plus aussi intensément vécus que dans les temps anciens, je ne sais pas, d'une certaine manière c'était galvaudé, les mystères chrétiens ont remplacé dans la noblesse romaine et parmi les empereurs les mystères païens, je crois.

Écrit par : Rémi Mogenet | 16/08/2014

Voyons, Rémi Mogenet, trois écoles de lecteurs ou lecteurs d'Ecole de votre article:

Se pâment devant ces corps, cette beauté sans lire votre texte

Se pâment devant cette beauté, lisent votre texte perle de culture

Lisent votre texte perle de culture, jettent un regard distance: "Retirez quelque chose de pareil de devant mes yeux!" (retirez hypocrisie ou fausse pudeur) Pourquoi, selon vous?

Sans donner la réponse, toutefois:

Beaux corps vingt ans plus tard
Indemnes? pas forcément

Vanité, prétention, sottise vingt plus tard
Indemnes? pas impossible

C'est ainsi, Rémi, qu'à force de vanité, de prétention, de sottise
certaine belle voix d'homme devint vile voix de fausset

Écrit par : Myriam Belakovsky | 17/08/2014

De quoi parlez-vous, Myriam?

Écrit par : Rémi Mogenet | 17/08/2014

Rémi, vite! consultez le blog présent de Monsieur Cuénod, commentaires, lovsmeralda du 17.08.2014, puis le mien.
J'ajoute que la fillette en question ne retrouva la mémoire de cet événement qu'à l'âge de trente-trois ans. A sept ans, date approximative de l'événement ou intervention si l'on demandait un mot illustrant cette époque de ses sept ans à l'ex fillette... elle dirait qu'elle hésite entre Marguerite ou...
- Non! un mot, un seul?
- Dalcroze

Écrit par : Myriam Belakovsky | 17/08/2014

Les lutins nettoyant la maison?

Un beau poème, Myriam. Mais il ne faut pas hésiter, en poésie, à représenter au travers d'une image même ce qu'on ne peut pas intellectuellement cerner avec précision. C'est en principe plus important, toujours au sein d'un poème, que la réflexion qu'on peut avoir sur la chose.

Écrit par : Rémi Mogenet | 17/08/2014

Rémi, pour la forme vous me faites honneur, poème.

Mais en réalité: poème ou vécu?

Témoignage. La forme, si on veut, "poème"!

N'en dirai pas plus. Bon dimanche.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 17/08/2014

@Myriam Belakovski qu'est-ce qui vous déplait dans mon commentaire, puis-je savoir?

Écrit par : lovsmeralda | 17/08/2014

@ lovsmeralda

Me feriez-vous la grâce de relire mon commentaire lequel se permettait de vous citer comme point de repère indicatif à Monsieur Mogenet afin qu'il ne cherche pas entre les divers commentaires. Très bonne fin de soirée à vous.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 17/08/2014

@Myriam Belakovsky Mazette hé bien heureusement que les recrues des années 50 nous ont enseigné à passer entre les lignes de tirs/rire

Écrit par : lovsmeralda | 17/08/2014

Les commentaires sont fermés.