18/08/2014

Degolio XLIII: le martyre de l’étranger inconnu

1939261_1409393805979797_900477451_o.jpgDans le dernier épisode de cette série qualifiée par quelques-uns de dharmique, nous avons laissé nos deux héros, Captain Corsica et le Génie d’or, alors qu’ils conversaient sur leurs destinées respectives, et que le premier évoquait un terrible malheur survenu autrefois aux Agriates; en particulier, il raconta qu’à Ostriconi, une grande sécheresse avait sévi, et que, un jour, un jeune étranger, beau et blond, était survenu, et qu’il avait étendu sa main au-dessus d’un rocher.
 
Soudain, un tremblement se fit sentir, un grondement sourd se fit entendre, puis une source d’eau pure et fraîche jaillit des profondeurs. On s’extasia, on cria de joie, on fit fête au jeune homme, qui ne voulut Moise.jpgpoint dire son nom ni donner son origine, mais qui n’en fut pas moins acclamé - et on déclara qu’il était un ange qu’avait envoyé la providence pour sauver le village: ce qui le faisait rire. Mais il ne démentit pas.
 
On s’en contenta, sans chercher davantage à savoir si son art était de Satan, ou de Jésus-Christ.
 
Cependant, comme les jeunes filles du village l’entouraient, le couvraient de leurs caresses, survint un pêcheur qui n’avait pas assisté au miracle, et qui, amoureux de l’une de ces jeunes filles, fut pris d’une terrible jalousie. Ayant entendu raconter ce que le jeune homme avait accompli, il s’empressa d’affirmer que c’était louche, et que seul un fils du démon eût pu avoir de tels pouvoirs; ce qu’il répandit plus tard, n’en démordant pas. Au début on refusa de l’écouter, ne faisant qu’en rire; mais cela ne fit que le rendre plus obstiné, et le temps aidant, le souvenir de son exploit passant, on commença à l’entendre, et à avoir des doutes sur la qualité véritable du jeune homme. On le voyait s’éloigner avec la jeune fille 1898040_10202902926474801_1647077703_n.jpgdont avait été amoureux le pêcheur, et ils se donnaient la main, ils semblaient s’aimer.
 
Une nuit, que tout le monde dormait, l’amant jaloux pénétra dans la maison où il avait été accueilli, et voici! il le tua d’un coup de stylet. Or, lorsque la plaie dans son cœur fut ouverte, il se produisit une chose très étrange: un sang lumineux se déversa, qui jeta une clarté dans la maison, et comme le jeune homme avait poussé un cri, on était accouru, et l’on put voir ce prodige: la lumière brillait par les fenêtres, sans qu’une lampe fût allumée. On vit aussi le pêcheur sortir de la maison en courant. On en fut étonné, et on s’inquiéta. On entra dans la cabane. La clarté qui jaillissait du corps blessé de l’étranger s’accroissait: elle remplit toute la pièce, et une forme apparut à l’intérieur, qui semblait humaine, mais dont on voyait surtout les yeux, brillants et tristes. Pendant ce temps, le corps du jeune homme paraissait se dissoudre, s’amincir, et une légère fumée s’en échappait. Bientôt, il n’en resta plus rien, et la lumière disparut; on entendit un gémissement étouffé, puis ce fut comme si l’étranger n’était jamais venu: aucune trace ne demeurait de son passage. Certains commencèrent à dire qu’il était peut-être vrai qu’il était le fils du diable.
 
La suite de cette malheureuse histoire ne pourra néanmoins être livrée qu’une fois prochaine.

08:50 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

Commentaires

Moïse fit jaillir l'eau du rocher. Freud ou disciples pouvait voir par "rocher" bas-ventre féminin avec, en rapports amoureux, de l'"eau" jaillissant.

D'un cœur "dur comme de la pierre"! tirer ou faire jaillir des larmes perles de rosée d'irrigation.

Ce que c'est qu'écrire à 4h29 du matin...!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 21/08/2014

Un peu vulgaire et pornographique, l'interprétation freudienne, Myriam... L'eau est le sang de la Terre, bien sûr, et on doit l'aimer, pour qu'elle accorde ses dons. Mais cela n'a pas de rapport avec la manière dont cela se passe chez les êtres humains ou les animaux en général. C'est plutôt comme vous dites, la Terre dure et hostile à la vie, aux êtres humains, est attendrie par l'appel intérieur du jeune homme et son geste, et elle verse des larmes d'amour, qui sont la source qui ici jaillit. Ce n'est pas sexuel, la Terre n'est réellement fécondée que par le Soleil. Mais naturellement ce jeune homme est un peu fils du Soleil, en tout cas il en descend d'assez près.

Écrit par : Rémi Mogenet | 21/08/2014

Rémi, vulgaire cette interprétation? Selon Freud une interprétation ou le sentiment d'un ressenti ou d'un vécu ou dit vécu n'est pas vulgaire ou non vulgaire, à dire ou pas sinon intervient précisément l'ennemi des analysants, quoi, qui Rémi? le refoulé.
Vous évoquez en moi le souvenir d'un ami prêtre lequel à nous alors ados disait que le nu n'est pas impur mais le regard que nous portons est ou n'est pas "pur" (le mal, dit l'Evangile ne vient pas de l'extérieur mais bien de l'intérieur. Le bas-ventre d'une femme peut se dire autrement de façon poétique "argenté" (déjà différentes interprétations)! par précisément les rayons argentés de l'astre de la nuit. L'écoute de ces mots chez les uns sera "diaphane" chez les autres de polissonne à coquine... indifférente, gênée (pour une patronne de bordel cette écoute inspirera le sentiment d'avoir à ne pas oublier son rendez-vous avec une nouvelle fille à embaucher. Cachez, cachez ce sein... La Terre est fécondée par le Soleil mais les humbles vers de terre la travaillent...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 21/08/2014

Ce n'est pas très ragoutant, les vers de terre... Mais sérieusement, si Freud avait essentialisé l'acte sexuel en disant qu'il renvoyait à des rapports cosmiques, à des principes d'ordre général, cela aurait été valable, mais prétendre que l'auteur de l'histoire de Moïse a pensé précisément à l'organe animal mâle qui pénètre une vulve, c'est tout bonnement ridicule. Le rapport peut se comprendre à partir de principes cosmiques, comme le pensaient les romantiques, qui disaient que le Ciel était mâle et la Terre femelle, ou que l'eau d'en haut, les nuages et la pluie, étaient mâles, et que l'eau d'en bas, l'eau une fois placée sur terre, était femelle, et ainsi de suite; mais il n'y a pas à se focaliser sur l'image de l'union physique entre Freud et une de ses maîtresses. Cela me rappelle un film de Lars von Trier qui montre en gros plan un organe mâle entrant dans une vulve et qui semble expliquer ainsi tous les problèmes qui vont survenir dans l'action. C'est de l'humour potache, mais je n'y crois pas du tout.

Écrit par : Rémi Mogenet | 21/08/2014

Je ne vous parlai pas de Freud, Rémi, ou de l'une de ses maîtresse mais du ressenti possible d'un analysant chez un psychanalyste freudien lequel ne dira jamais à son patient qu'l a ou n'a pas à dire. Les vers de terre humus "humbles évangéliques" travaillent la terre "ploucs" de même! quoi de peu ragoutant, ou peu ragoutant du point du vue de qui? Monsieur Rémi est citadin sans doute. Vous savez mon mari et moi avons perdu une fille. Seize ans. Enterrée. La pensée des vers, en l'occurrence, qui "travaillent la terre" (mort de notre fille, Aude, en 1980) a de quoi être macabre. Mon père, il y a très longtemps, perdit un enfant. En France. Je ne sais combien de temps plus tard intervint la fin de la concession au cimetière. Il devait être présent. L'auteur du Mémorial d'une poupée, Edmond Kaiser, partit dans l'état d'âme et de cœur ou de coeur que vous pouvez imaginer. Par "quoi" était-il attendu au cimetière? Par de la terre retournée et quelques violettes... Plus anciennement ma mère, sa première épouse, avait écrit un roman, titre Le miroir des violettes. Au moment de la parution, ä Genève, horreur coquille: le "miroir" est devenu le "miracle" des violettes! Elisabeth Burnod laisse aller comme cela: Le miracle des violettes. Tels furent, Rémi, songes, études et retours en mémoire d'une nuit d'été pluvieux à propos d'un nouveau texte perle de culture de vous-même consulté de nuit pour raisons d'insomnie ce qui explique pourquoi, 10h36 je vais enfin aller prendre un consolateur chocolat du matin chaud. Nous commentons ce blog avec respect, toujours.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 21/08/2014

Merci, Myriam, de votre témoignage.

Écrit par : Rémi Mogenet | 21/08/2014

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