03/09/2014

Miró à Barcelone

jardin-miro (1).JPGJe vais être décevant: je n’ai été qu’à demi enthousiasmé par le musée Miró de Barcelone. Il m’est apparu qu’il avait changé de style quand il avait rencontré à Paris les surréalistes: soudain, il s’est dit que les figures devaient n’être pas relatives au monde physique, mais seulement au monde mental, qu’elles devaient faire résonner une corde dans les profondeurs de l’inconscient. André Breton alors rayonnait, et il a fécondé, en ce peintre, une série de tableaux assez beaux, s’imposant par des formes étranges, suggestives, et des couleurs assemblées de manière remarquable. Riches et pures, à forts contrastes, elles ont organisé des œuvres parfois dignes de Kandinsky, comme si elles s’animaient de leur propre chef, comme si Miró était parvenu à en éveiller l’âme.
 
Puis est venu le moment où on a eu l’impression qu’il répétait inlassablement une technique qui avait fait son succès, et qui devenait un instrument de présentation du monde mental qui finalement ne s’approfondissait pas, et qui figurait une autre forme de réalisme: car après tout le monde mental est une réalité, et se contenter de le transmettre tel quel revient à le photographier, au lieu de créer, à partir de lui, un monde nouveau. Avec le temps, le sentiment que l’univers du peintre catalan s’aplatissait est venu, même si les formes demeuraient vaguement suggestives. Le retour constant des même sujets de principe - par exemple, la femme et l’oiseau - ne faisait pas bonne impression non plus, car il n’est pas vrai que le subconscient soit habité toujours des mêmes éléments, et le fixer revenait à exprimer ce qui en était venu à la conscience au sein d’une époque ancienne - celle sans joan-miro_sans-titre-1978_poetry-and-light_lhermitage.jpgdoute de la rencontre d’André Breton. À présent, il n’en venait en fait que de vagues lignes, qui n’aboutissaient plus à des œuvres au sens plein du terme.
 
À Lausanne, l’an passé, une exposition de cette période, d’œuvres mal connues, a été présentée, et l’impression était la même: celle d’une excessive légèreté, une dilution de l’inspiration vieille, qui avait été grande, mais ne s’était pas réellement renouvelée, qui n’avait donné lieu qu’à des échos de plus en plus faibles.
 
Je n’ai donc pas été aussi enthousiaste que les auteurs du guide que je possédais l’étaient, ou que le sont en général les gens qui m’en parlent. Il m’a semblé que l’univers de Miró, quoique beau, ne s’approfondissait pas vers le Mythe, comme le voulait Breton. Je me suis inquiété: en poésie, on aime surtout, du mouvement surréaliste, Paul Eluard, qui me fait le même effet, une sorte de classicisme nouveau, quoique parti de quelque chose de réellement révolutionnaire. Georges Gusdorf disait que les romantiques n’étaient pas devenus vieux, en général: soit ils étaient morts, soit ils avaient cessé d’être romantiques. Le surréalisme peut faire la même impression, fréquemment.

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