07/09/2014

Degolio XLIV: le dragon des Agriates

08647328.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons poursuivi le récit effectué par Captain Corsica pour le Génie d’or, évoquant un mystérieux jeune homme ayant fait jaillir de l’eau de la montagne dans le village d’Ostriconi, jusque-là asséché, avant d’être assassiné par un pêcheur jaloux du succès qu’il rencontrait auprès des jeunes filles. On ne retrouva pas le pêcheur: il devait être parti loin, une fois son acte commis.
 
Mais quelque temps après, un dragon fit son apparition. Un villageois l’avait vu sortir de la mer dans une gerbe d’écume, puis voler dans le ciel. Il répandit sans tarder mille maux sur les Agriates: il dévorait les troupeaux, et aussi des êtres humains, embrasait les champs de blé et de seigle par le feu qu’il jetait par la gueule, empoisonnait l’air par son haleine de soufre: ceux qui échappaient à ses dents tombaient malades et mouraient; une peste depuis son antre, situé au bord de l’eau et qu’ombrageaient des pins, gagnait le pays. La terreur était partout. On fuyait; la terre était abandonnée.
 
Plusieurs chevaliers ou braves chasseurs s’efforcèrent de le tuer, mais ce fut en vain; il les dévorait invariablement.
 
Quoique tout le monde lui prédît une mort atroce et que personne ne voulût l’accompagner, le comte de Saint-Colomban, dont le château se tenait au bord de la rivière de l’Ostriconi, se décida à la fin à agir lui-même. Il revêtit son armure la plus solide, se munit de sa bonne épée Sinïnder, de son écu aux armes flamboyantes, d’azur à croix d’argent, et monta sur son fier cheval blanc. Puis il s’en fut vers le rivage, afin de gagner le repaire du monstre. Le long de la mer il chevaucha, et au soleil son armure luisait; ceux qui le regardaient depuis les hauteurs, voulant assister à ce combat, trouvaient qu’il ressemblait à un ancien dieu. Pendant ce temps, les vagues léchaient les sabots de son coursier, comme si elles cherchaient à participer de sa gloire, et sous son pas rapide jaillissaient joyeusement, comme si elles saluaient son effort brave et l’encourageaient à vaillamment combattre. Les galets que les sabots touchaient faisaient jaillir des étincelles, comme si un feu était en eux, un désir de s’affranchir de la terre, en voyant galoper si hardiment ce héros.
 
Or, lorsqu’il arriva devant le dragon, celui-ci leva une paupière, et lui dit des mots moqueurs: quoi, il n’avait pas assez mangé de ses chevaliers, il voulait encore servir de dessert au nouveau maître des lieux! Eh bien, qu’il approche, donc, et vive jusqu’au bout son destin: jamais fit-il œuvre plus utile qu’en images.jpgse proposant à lui comme mets de choix?
 
Le Comte ne sourcilla pas. Il parut ne pas être touché par ces sarcasmes cruels. Il baissa la visière de son heaume, prit son épée, leva son bouclier, et se jeta sur le dragon. Or, celui-ci se dressa soudain de toute sa hauteur, et projeta depuis sa gueule un feu dévastateur. Mais voici! l’écu du Comte l’arrêta, et lui résista: car il avait été béni par l’évêque de Balagne, qui en ce temps-là disposait de grands pouvoirs, et une force magique était en lui; un ange le protégeait, et le dragon s’en aperçut. Il siffla, et n’eut pas le temps d’éviter l’épée du Comte, qui entra dans son flanc gauche.
 
La blessure était profonde, mais non mortelle.
 
Mais ce qu’il advint alors ne pourra être dit qu’une autre fois.

08:33 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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