19/09/2014

L’Ogre Cyrnos au Cap Corse

cap-corse038.jpgDans un récent voyage en Corse, j’ai découvert, en visitant un centre culturel, que les caps et promontoires marins étaient, dans l’antiquité, généralement sacrés, que des temples s’y dressaient. C’était le cas à la pointe du Cap Corse, où l’on vénérait un dieu - j’ai oublié lequel. Aujourd’hui le début de la zone réservée aux piétons y est gardé par la patronne spirituelle de l’île, sainte Dévote!
 
Or, passant devant sa statue, lors d’un voyage antérieur, j’ai pensé voir briller son regard, mais quand j’ai tourné la tête, son œil n’était que pierre. Je ne m’en suis pas moins incliné, et ai poursuivi mon chemin. Et j’ai vu un merveilleux paysage, qui me paraissait rempli de force, dont l’âme presque était palpable. La forme des rochers était celle d’un être vivant - et je crus un instant qu’ils dissimulaient l’ogre Cyrnos, l’esprit même de la Corse, le père de Captain Corsica! Les pierres entassées et soudées entre elles, enracinées dans les profondeurs - comme eût dit Ovide -, me regardaient sans yeux d’un air sombre et hautain.
 
Elles étaient sans doute la partie supérieure de gigantesques tours encastrées dans le sol, autour desquelles s’étaient amoncelées les sédiments, la terre, le sable, formant à la fin cette montagne qui à la pointe du Cap domine la mer de si haut! Lovecraft avait raconté plaisamment l’histoire d’une momie enfermée au fond d’une tour, et vivante, quoique née plusieurs millénaires auparavant: elle monte au head_03.pngsommet, ouvre une porte, et voici! elle se retrouve au niveau du sol. Là où Lovecraft était fantaisiste était qu’il feignait que cette momie, qui assumait la narration, ignorait son propre sort: je ne crois pas que ce soit le cas de Cyrnos ou de ceux qui gardent en son nom cette obscure forteresse!
 
Depuis le sentier, le regard plongeait vers la mer, loin en contrebas; ses plis, en se pressant autour de ce point de l’île, lui donnaient également un air vivant. De haut, on comprenait soudain pourquoi les Capcorsins passaient pour connaître mieux que quiconque les courants cachés de l’étendue amère: ils étaient visibles, depuis ce poste d’observation; on pouvait les sentir, les percevoir, tels des forces ayant une logique et une volonté propre. Ils venaient en quelque sorte baiser les pieds de Cyrnos, ils lui étaient soumis!
 
De surcroît le paysage de la pointe du Cap Corse était verdoyant et fleuri, comme imprégné d’une vie exceptionnelle: point de convergence des puissances élémentaires, il vibrait d’un feu caché qui explique à soi seul que les anciens y aient bâti un temple: nul raisonnement n’a pr188748676.jpgésidé à leur action; il n’y eut qu’un sentiment profond de la terre, une forme de clairvoyance.
 
Et de fait, il n’est pas besoin de se retrancher dans de vieux livres pour saisir l’infini, disait Victor Hugo: nul besoin de s’enfermer dans un monastère! On peut, en observant la nature, sentir monter en soi l’image de ce qui l’habite dans l’invisible, et qui se relie à la divinité, au Ciel. Car l’éclat qui luit à tel ou tel endroit sur terre ne vient pas d’ailleurs: il est le reflet de la clarté des astres. Cyrnos vit sur terre, mais il est né dans les étoiles.

08:14 Publié dans Captain Córsica, Voyages | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook

Commentaires

Vous avez raison, Rémi Mogenet, citant Victor Hugo, d'écrire qu'il n'est pas besoin de se retrancher dans de vieux livres, pour saisir l'infini:

En un moment délicat je demandai en l'espoir qu'Il existe à Dieu de manifester Sa présence. C'est alors que je pensai au Bouddha sur un piano chez moi et que me revint en tête ce qu'appris au catéchisme savoir que Dieu est omnipotent, omniscient et omniprésent. Qui vous dit, Rémi Mogenet, les pierres étant vivantes (ne l'avez-vous pas écrit)?! qu'il n'y a pas eu comme un signal, un clin d'œil, en passant auprès de la statue de sainte Dévote?
Texte magnifique que vous nous apportez. Merci.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/09/2014

Merci, Myriam. La forme des pierres décline les différents aspects de la volonté divine. Et naturellement, je ne doute pas que sainte Dévote, elle-même désormais une partie, un aspect, de l'âme divine, m'ait fait un clin d'oeil par le biais de sa statue! En passant devant elle je suis entré dans le lieu où on peut rencontrer Cyrnos. Puisse le bouddha de votre piano vous faire aussi le clin d'oeil qui permet d'entrer dans sa forêt musicale!

Écrit par : Rémi Mogenet | 19/09/2014

Rémi Mogenet, comme vous êtes aimable.

On dit que les "cognitifs" sont désormais froids, hautains, méprisants. Si pas tout faux puissent-ils à la longue suivre votre exemple...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/09/2014

P. S. Un fait étonnant. J'ouvris donc l'ordinateur ce matin et tombai sur la photographie de Doris Leuthard à l'inauguration de la Gare de Cornavin. Je trouvai désolant ce manque de respect consistant à vous coller n'importe quoi présentement sur l'œil de Mme Leuthard la défigurant ainsi une étoile qui vous invite à en savoir davantage suite à quoi, non auparavant, je découvris votre article en lequel, précisément, vous nous racontez avoir cru voir briller le regard de sainte Dévote... le regard de sainte Dévote/l'oeil de Mme Leuthard avec, à mon sens, cet évident manque de respect concernant la photo de Mme Leuthard (sachant que certaines croyances situent l'âme des gens en leurs photographies) or, non seulement il y a cette coïncidence mais en outre, ce manque de respect relevé, la sainte dont vous nous entretenez se nomme "Dévote" de dévotion ou dévotion filiale, bref, respect?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/09/2014

L'intellectualisme en réalité rend froid, méprisant, hautain, c'est une réalité: il assèche le coeur. Il faut faire un effort sur soi quand on développe l'intellectualité pour rester plein d'amour pour les autres. Il faut notamment apprendre à penser en images, et en rythme - c'est à dire de façon poétique -, c'est ce qui permet de rester en phase avec son coeur, de ne pas être absorbé par son cerveau, qui est enfermé dans le crâne, qui n'est pas comme le coeur relié à l'univers, et aux autres hommes, ou aux êtres vivants.

Je n'ai pas pu voir cette photographie de Doris Leuthard, y a-t-il un lien Internet où on peut la voir?

Écrit par : Rémi Mogenet | 19/09/2014

Personnellement, j'ignore s'il y a un lien. Cet après-midi la photo avait disparu! il s'agissait donc de "kliker" sur l'étoile malencontreusement, disgrâcieusement sur l'œil de Doris Leuthard pour en savoir plus.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/09/2014

La coïncidence évoquée, Rémi Mogenet, est une synchronicité (voir Jung) raison pour laquelle je précise que ce matin en tapant sur la touche T pour Tribune de Genève apparaissait la photo de Doris Leuthard, disparue depuis, comme écrit, laquelle n'a rien à voir avec une petite autre bien plus bas sur la même page d'accueil. Cette étoile sur l'œil de Mme Leuthard, comme en mille autres semblables situations, innombrables signes sur lesquels cliquer dénonce notre époque où tout est "techniques", éthique pratiquement aux oubliettes (jadis, par exemple, on respectait les visages, photos, dessins ou autres, aujourd'hui c'est n'importe quoi au royaume comme vous l'écrivez justement des "cœurs desséchés". Pas tous, certes, mais en quotidienne très nette progression. Il va de soi que ces signes invitant à cliquer ne sont, loin s'en faut, pas toujours mal placés mais la synchronicité relevée pourrait être un signe nous invitant à nous laisser interroger sur le pourquoi ou raison d'être de cette synchronicité. Très bonne soirée.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/09/2014

Merci Myriam de ces précisions. Il existe un monde de sympathies et d'antipathies qui défient la continuité matérielle, c'est le cinquième élément des Chinois, je suppose, c'est par là que les liens se créent sans raison apparente.

Écrit par : Rémi Mogenet | 19/09/2014

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