23/09/2014

L’élève vers la vérité (Bachelard)

bachelard-portrait-claudon.jpgGaston Bachelard a écrit un jour qu’il fallait créer une pédagogie sur le modèle de la recherche scientifique telle qu’elle s’est faite selon lui dans l’histoire: laisser les élèves émettre des hypothèses, et les guider vers la bonne solution en les amenant à dépasser leurs erreurs. Cela est à présent appliqué en France: on le nomme la méthode inductive. Pourtant Bachelard regardait comme révolutionnaire une telle façon de procéder: il l’opposait à la méthode classique qui délivrait d’emblée la vérité. Au moins l’élève était créatif, assurait-il!
 
Oui, mais n’est-ce pas pour mieux lui montrer à quel point ce qu’il fait de lui-même est dénué de sens? Ne peut-il d’autant plus se sentir humilié?
 
Mieux encore, Bachelard a prétendu que par ce biais on ne supprimait pas l’imagination chez les élèves: puisqu’on l’utilise. Mais il n’en reste pas moins que c’est pour démontrer ensuite qu’elle est fallacieuse! Avec combien plus d’intelligence, en fin de compte, ils l’auraient supprimée d’emblée, et supplié le professeur de bien vouloir leur livrer l’idée vraie! Ils en seront peu à peu guéris, sans doute, de la propension à imaginer librement.
 
Car on est loin de la conception romantique qui voit dans l’imagination, si elle est disciplinée - si elle émane de la conscience intime, qui l’oriente -, une voie d’accès aux vérités spirituelles. Le ressort en est esthétique: il existe un lieu au sein duquel le beau se confond avec le bien et le vrai; les principes de l’harmonie mènent à la découverte des lois cachées de l’univers, tant morales que physiques. La science romantique allemande, à l’époque de Goethe, a constamment partagé cette idée. On postulait l’identité, par delà les apparences, de l’Art, de la Religion et de la Science: partant de trois points distincts, ils se rejoignaient dans un astre éclatant, par delà l’entendement humain.
 
On a pu prétendre que Bachelard participait du romantisme; mais il restait un classique. Il avait, sans doute, une sensibilité héritée de Rousseau qui attendait de l’élève plus de participation; il s’agissait de ne pas le laisser inactif. Comme il était Emile.jpgactif naturellement, il fallait capter son énergie vers une vérité que l’enseignait au fond connaît d’avance. On conseille l’initiative; mais il s’agit de retrouver avec enthousiasme l’idée que le maître a dès le départ en s’imaginant l’avoir trouvée tout seul! De cette sorte, plus besoin de punir les élèves: il était conduit par sa propre énergie vers l’endroit prévu.
 
Cela rappelle ces récits au sein desquels un magicien rusé fait aller où il veut un homme inconscient de sa présence, ou de ce qu’il a semé sur sa route et qui le fait réagir comme il l’a prévu; s’il ne le fait pas, cependant, il devient l’ennemi de la société! S’il est aussi libre qu’il peut l’être, il se tourne contre ses maîtres!
 
En vérité, l’élève vibre intérieurement grâce à des images fortes: si elles l’enthousiasment, il peut rester calme, paisible - et n’éprouver, en travaillant, aucune fatigue. Il met son énergie dans ce qu’elles représentent pour lui, et elles le nourrissent en retour, possédant leur force propre. Or, on peut, justement, présenter des lois morales, ou physiques, de cette façon. À mes yeux, on doit, même, le faire: c’est la pédagogie qui sied, et est réellement héritière du romantisme.

07:37 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

Commentaires

L'Ecole péripatéticienne ne procédait-elle pas par questionnement?

La psychologie des profondeurs de même.
Pas d'exposé, de cours, de leçons. Livres, autres moyens, viennent confirmer. A question bien posée (tel est l'exercice) bonne réponse.

Au bénéfice d'une prof qui avait cette forme d'enseignement en classe un problème, un seul: celui du temps.

Pas celui des philosophes de l'Antiquité, hélas.

En fait, Rémi Mogenet, vous avez évoqué la maïeutique, n'est-ce pas... mais en France, aujourd'hui, des mères aux abois. Leurs enfants qui ont raté le bac sont désormais sans classe, sans place en classe. Seules "feuilles de soutien" incomplètes...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 23/09/2014

Il ne s'agit pas des mêmes sciences, celle de l'antiquité et celle des temps modernes. La seconde ne va pas dans la profondeur, elle reste à la surface intellectuelle. Or, c'est justement ce qui ennuie les élèves. Il y avait chez les philosophes anciens un questionnement des profondeurs, mais aussi des exposés mythologiques. Le problème n'est pas là, ce n'est qu'une disposition secondaire, qu'on suit selon l'humeur du moment. Est-ce que les enfants ne sont pas capables de regarder un film de science-fiction pendant des heures sans se plaindre? Naturellement il faut aussi dialoguer, mais la réalité est bien que la pédagogie moderne invoque le dialogue des philosophes antiques, celui qu'en fait ils ne faisaient pas toujours, parce que les exposés étant ennuyeux en eux-mêmes, on cherche à ruser pour occuper les élèves. Mais le jeu des questions et des réponses sur des sujets ennuyeux en eux-mêmes ennuie aussi, à la longue.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/09/2014

(Par ailleurs il n'y a pas de logique à aller chercher dans des livres des confirmations, on peut aussi bien les donner oralement; est-ce qu'il y a une différence entre mes livres et ce que je dis oralement? Ce serait absurde.)

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/09/2014

Excusez-moi mais en pratiquant des années (1969-2014) jusqu'ici l'autopsychanalyse version psychologie des profondeurs les intuitions se confirment par livres ou techniques. La théorie, toujours la théorie introduite dans les "bocaux" des élèves comme solution de facilité par excellence concernant des enseignants avouant que s'ils travaillent, comme entendu pour "assurer leur merde" en revanche non intéressés par les élèves. Je ne dénoncerai pas le parti concerné mais je constate qu'on ne souhaite pas que les primaires futurs apprentis connaissent les mythes. Pour ne pas trop les surcharger, pensez-vous?

Notre prof n'utilisait pas la pédagogie à laquelle j'ai fait allusion autrement qu'en explication de textes ce qui était nettement enrichissant.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 23/09/2014

En Savoie autrefois, sous les rois de Sardaigne, il y avait un cours de mythologie, avant le cours d'histoire sainte. On ne se souciait pas de méthode inductive ou d'une autre, mais il n'y avait pas de conflit, le peuple était content de la manière dont était dispensé l'enseignement. L'important est de parvenir à toucher les élèves de l'intérieur, peu importe la procédure extérieure.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/09/2014

Vous avez raison, Rémi Mogenet, toucher les élèves de l'intérieur "nouilles" comprises (nouille, en cas d'échec, sentiment de l'élève d'en être une) afin que ces élèves êtres vivants comme les autres "personnes"! ces jeunes ne suivent plus l'école comme en un chemin de calvaire en perdant toute confiance en eux, en leurs proches... en leurs milieux. Enseignants désormais "médecins thérapeutes"! Disciples de l'Un qui est amour.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 23/09/2014

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