05/10/2014

Degolio XLVI: les nouvelles révélations de Captain Corsica

dragon__americano_quetzalcoatl.jpgDans le dernier épisode de cette série chargée de légende, nous avons laissé nos deux héros, le Génie d’or et Captain Corsica, alors qu’ils conversaient et que le second venait de révéler au premier qu’il avait été le jeune homme tué à Orstriconi, et qu’il avait vécu plusieurs vies, avec toujours pour père le brave Cyrnos!
 
À ce moment le Génie d’or quelques instants se tint coi; il songeait à ce que venait de lui apprendre son ami. Puis il demanda: Mais cette femme, cette fée, que le comte de Saint-Colomban délivra, qui est-elle? - Voyons, répliqua l’ange de l’île de Beauté, c’est ma mère!
 
Le Génie d’or s’attendait, en vérité, à cette réponse; mais elle ne l’en toucha pas moins profondément. Il sentit son cœur se gonfler dans sa poitrine, et inclina la tête, versant une larme. Captain Corsica s’en aperçut, et dit: Ô Génie d’or, ô mon ami, n’aie point de chagrin! Ne te fais point pour moi de souci. Je lui rends à présent visite, au moyen de mon vaisseau: car elle est au ciel, et une étoile - dont je ne te dirai pas le nom -, indique sa demeure - comme le fait une lampe, la nuit, par les fenêtres des maisons terrestres. Là, souvent je séjourne, restant parmi mes cousins, et j’apprends la science divine. J’en reviens plus fort, plus sage, plus endurant! Je n’ai pas à me plaindre.

J’aime d’ailleurs aussi mon père Cyrnos, et me trouve bien à sa cour, ainsi que parmi les mortels, à Bastia, ou dans d’autres lieux encore. Quand je suis dans le palais brillant où vit ma mère, je regrette, Histoire de Tom (3).jpgsouvent, ces lieux bas où les destins se jouent, où l’on sent que l’on a prise sur les choses, que l’on peut les modifier, que l’on peut agir pour y faire progresser la liberté, la justice, l’amour! Car dans le Ciel, tu le sais, les choses sont pures, mais leur éclat éblouit; dans la béatitude, le cœur peut s’affaiblir; on n’a plus l’emprise qu’on avait sur la destinée, lorsqu’on vivait sur Terre. Ici du moins j’ai le sentiment de servir à quelque chose!

Sans doute, j’aime contempler le monde divin; mais mon esprit se perd, dans sa lumière. J’aime aussi sentir en moi le feu qui, venant des profondeurs, me pousse à agir, et à changer le monde pour qu’il devienne meilleur. Telle est la grâce que les dieux ont faite aux mortels, et je les en envie; aussi suis-je heureux de partager en partie leur nature! Car il n’est pas de plus grand bonheur, dans l’univers, que de sentir qu’on fait le bien: alors on se dit qu’on est habité par la divinité même, qu’on la recouvre, qu’on lui sert d’instrument, et véritablement on se sent uni à elle. On devient créateur, soi-même: on forge l’avenir! Et au Ciel ce n’est pas possible - en tout cas pas pour moi, qui suis d'une nature trop vile; car il y est, naturellement, des êtres grandioses, qui peuvent aussi y créer; mais face à eux, je me sens si petit!

Quant à ma mère, elle a vécu son destin; elle a payé sa faute de longs siècles de souffrance, mais à présent elle est la plus heureuse des femmes. 

Oui, je te le demande: ne pleure pas sur mon sort; il y en eut de pires. Ne vit-on pas des dieux se sacrifier pour les hommes? Je ne fais que suivre leur chemin, et sur ces pavés de lumière je suis loin de leur perfection, crois-moi! D’ailleurs je sais que toi aussi tu as ton cœur dans le Ciel, et tes membres sur la Terre: tu connais, comme moi, le sentiment de l’exil - et tu connais, comme moi, le sentiment de fierté qu’il procure.

Quant à ce que répondit le Génie d’or, cela devra néanmoins attendre une autre fois, cet épisode commençant à être long.

08:26 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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