23/10/2014

Degolio XLVII: le drame du Génie d’or

Dans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé Captain Corsica et le Génie d’or alors que le premier venait de faire part de ses pensées morales les plus intimes auprès du second, finissant son discours par une allusion à la nature de ce dernier - d’avoir son cœur dans le Ciel et son corps sur la Terre.
 
- Ah! s’exclama le génie de Paris, tu me connais donc, tu as entendu parler de moi: sans doute ton père Cyrnos, dont le regard pénètre les cieux, t’a-t-il dit plusieurs choses me concernant; car je sais 1 john_duncan_019_the_riders_of_the_sidhe_1911 crop. little color adjust.jpgqu’il fréquenta ma chère Dame, au temps jadis - la reine pour laquelle j’accomplis sur Terre cette noble mission, pour laquelle je combats les méchants qui s’en prennent à Paris, et aux cités qui lui sont chères!

Mais vois-tu, Captain Corsica, il y a une différence, entre toi et moi: c’est que tu es né sur Terre, parmi les mortels, quoique par tes parents tu sois de plus haute origine, et n’as découvert la patrie céleste que sur le tard - une fois devenu grand, adulte. Pour moi, j’ai d’abord vécu parmi les immortels, à l’écart de la terre périssable, où je ne suis venu qu’ensuite. Et il en résulte que je me sens chez moi dans le royaume doré de ma Dame céleste, tandis que je me sens ici un complet étranger. Cela va même plus loin: je ressens ce séjour comme plein d’obscurité, et de froid, comme me dévorant d’haleines fétides et pleines de lames acérées; en vérité, je souffre, lorsque je viens sur terre, et c’est une grande tâche, que m’a demandée la reine Iliutil - car tel est son nom. Parmi les miens, je suis heureux, et vaque à d’ordinaires occupations. Il est vrai que les dieux m’éblouissent; mais je suis habitué à leur présence, et ne les regarde point si souvent: ils sont pour moi comme de la lumière au sommet d’une montagne; ils vivent dans des palais où je ne suis guère convié, et où seule ma Dame se rend au moins une fois par lunaison: quand elle revient, elle délivre une sagesse insoupçonnée, qui comble mon cœur - et ravit mon âme, illumine ma pensée. La vie est bénie, en ces hauts lieux, et c’est ici bas que je me sens oppressé, ôté à moi-même, que je me noie dans les ténèbres, que je me sens aux portes du néant!
 
Crois bien que si je n’avais pas un péché lourd à payer, une faute profonde à réparer, je ne serais pas là, devant toi: il me faut me racheter d’un grand crime que j’ai commis, et que je tairai, car il est un secret de ma destinée. La souffrance que je subis est une pénitence, une purification: une tache m’a souillé, et m’a plongé dans l’abîme; le corps que j’ai reçu m’en protège, et me permet d’accomplir ce par quoi je pourrai quelque jour prochain regagner le Ciel.
 
L’enjeu de ma mission, notamment, est d’apprendre à aimer les hommes, à trouver en moi une joie plus profonde et plus subtile que celle de ma vie ordinaire lorsque je leur rends service, et, comme toi, répands parmi eux la justice, la liberté, l’amour! En ce sens, je te rejoins, et même je t’envie: car mon être ne sera purifié qu’au moment où, à ton exemple, je sentirai qu’en moi le plaisir de faire le bien lSilverSurfer01.jpg’emporte sur la peine que je ressens d’être éloigné de ma terre d’origine.
 
Mais, oh! pour le moment, quelle douleur, quelle souffrance, lorsque je songe à ma Dame, et comme cette douleur, cette souffrance sont renouvelées, lorsque j’aperçois l’éclat de son royaume, au travers de la fumée des sacrifices, des vapeurs des fautes humaines! Comme à travers un treillis, les beautés de la cité céleste m’apparaissent, et mon cœur se serre, les larmes jaillissent de mes yeux.
 
Hélas, ce souvenir une fois de plus m’oppresse; et un torrent se presse à mes lèvres, et voici! un chant veut en sortir, veut passer le seuil de ma bouche!
 
Mais, ô lecteur, ce chant est long, et il ne pourra être donné, d’un seul coup, qu’une fois prochaine.

08:10 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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