29/10/2014

Centralisme, absolutisme, régionalisme

Pepin-le-Bref-pere-de-Charlemagne-roi-de-France.jpgDans quelle mesure le centralisme est-il la confirmation de ce qu’a vu Joseph de Maistre, que les Français sont profondément attachés à la personne d’un monarque et à l’idée d’une unité qui s’incarne en un homme? Teilhard de Chardin aurait dit que les Français ont conscience que l’univers est centré, et que, par conséquent, le système politique doit l’être aussi. Peu importe qu’on reconnaisse ou pas que ce centre est un dieu; le réflexe n’en demeure pas moins. On peut projeter sur une organisation unitaire des attributs divins sans s’apercevoir qu’ils sont les mêmes que ceux de la théologie, et cela d’autant plus facilement qu’on rejette cette dernière par principe et qu’on ignore par conséquent ce qu’elle contient.
 
Je me pose toutefois la question: cet archétype issu du monothéisme est-il aussi présent en France que du temps de Joseph de Maistre? On pourrait avoir le sentiment qu’il est surtout partagé par ceux qui ont fait des études - qui ont intégré ce que Victor Bérard appelait les idées françaises: mais est-ce que, spontanément, ceux qui n’ont pas fait d’études sont dans le même cas?
 
Le problème, me dira-t-on, se posait déjà en 1789: ceux qui n’étaient pas acclimatés aux idées françaises - notamment parce qu’ils parlaient une langue différente - ne comprenaient pas forcément cette unité, et leur réflexe était plutôt la défense des symboles religieux traditionnels, dont le roi n’était somme toute qu’un élément parmi d’autres: ce fut le cas des Bretons, par exemple.
 
Du reste l’illettrisme n’empêche pas forcément le culte de la capitale - de Paris: nul besoin d’être un intellectuel pour trouver incroyables, comme tout le monde, la tour Eiffel ou les fastes de la cité reine. Et le fait est que, électoralement, la révolte populaire ne s’incarne pas beaucoup dans le régionalisme, mis à part en Corse, ou d’autres îles encore plus lointaines: Guadeloupe, Martinique, Tahiti, Nouvelle-Calédonie... On a le sentiment que si la raison admet que les régions excentrées et singulières ont le droit de s’épanouir librement dans leur particularité, les réflexes l’interdisent, parce que l’unité chérie, adorée, pourrait en être fissurée, amoindrie: au fond, on crie au sacrilège; cela ressortit au religieux.
Comment, dès lors, pour faire progresser le fédéralisme, la liberté, le respect de la diversité, faut-il s’y prendre? Comment relier le réflexe à la raison?
 
Ce qui est entre les deux, c’est le cœur: l’amour; si on aime sa région, ses figures historiques, légendaires, on développe l’idée qu’elle doit être représentée par des institutions spécifiques, et on s’y accoutume. C’est essentiellement par l’aspect culturel que ce progrès peut être réalisé. La ferveur que Le-reveur2.gifmême personnellement on peut avoir, en Savoie pour François de Sales, en Bretagne pour Hersart de La Villemarqué, en Corse pour Pascal Paoli, en Flandre pour Thyl Ulenspiegel - cette ferveur se diffuse, et rend légitime le régionalisme.
 
Et quoi de plus logique? C’est bien d’une foi, d’une conviction, que devrait venir tout vote: non d’une volonté négative de revanche, de vengeance. Autrefois, en France, on avait de la ferveur pour De Gaulle, pour Lénine, pour Mao; le drame de la démocratie en France est qu’on n’en a plus guère pour aucune figure distincte. À la rigueur Napoléon et De Gaulle résistent; mais cela suffit-il?

09:34 Publié dans France, Politique, Région, Savoie | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook

Commentaires

Malheur! aujourd'hui à qui dit publiquement son angoisse de voir le droit international l'emporter brutalement pour le fond, progressivement pour la forme sur le droit national. Quolibets concernant Heidi et autres boîtes de lait Nestlé... (par ailleurs servant d'appât pendant la guerre pour attirer les enfants juifs désormais susceptibles d'être déportés). En relevant de votre bel article, article d'art, le nom de François de Sales baronne Jeanne de Chantal? Les Visitandines, de l'avis de François de Sales ami soutien et conseil de Jeanne de Chantal, cofondateurs tous deux de cette Congrégation de religieuses actives auprès des personnes indigentes et malades principalement ne seraient en aucun cas cloîtrées et ne prononceraient pas leurs vœux perpétuels. Faut-il donner la suite? L'évêque du diocèse comme tous rattaché au Vatican déclara "avec autorité" que les religieuses seraient cloîtrées (clôture dite papale) et qu'elles prononceraient leurs vœux perpétuels. L'impensable arrive.
Raison pour laquelle simple modeste pratiquement anodin toutefois transparent comme eau de roche exemple... les défenseurs de la loi nationale ne sont pas forcément débiles.

Écrit par : Myrriam Belakovsky | 29/10/2014

Le droit international apparaît souvent comme ressortissant à l'arbitraire; mais l'humanité aspire à dépasser le national, à se mondialiser. Le catholicisme était déjà une façon de mondialiser le droit. Il n'est pas facile de parvenir à saisir ce qui doit ressortir au national et ce qui doit ressortir au mondial. En France la confusion a toujours été grande, car la nation elle-même se posait comme universelle, et était en réalité abstraite, le citoyen regardait le gouvernement comme s'il devait représenter le monde entier. Le national sensible, le national qui apparaît comme relié à soi, peut-être qu'il est également absent, souvent. Il manque un échelon régional, pour avoir le sentiment que le pouvoir qu'on a n'est pas confisqué par l'Etat central au nom de la Nation.

Écrit par : Rémi Mogenet | 29/10/2014

"Le pouvoir confisqué par l'Etat central au nom de la Nation" se peut confisquer également au nom de la mondialisation laquelle a priori ne parle guère, votre article présent, Rémi Mogenet, de "cœur et d'amour".

Du traité transatlantique Jean-Noël Cuénod notoirement connu pour être ouvert au monde, La Cité mai 2014, écrivait qu'il "risque de maltraiter la démocratie".


Sans avoir ses connaissances, vos connaissances... je me permets d'affirmer qu'une fois un doigt trop enfoncé dans un engrenage il n'est plus possible de le dégager.

Trop tard.


Venant de commentateurs et commentatrices sombres propos alarmistes, il va de soi.

Pauvres "Cassandres" de nous.

Écrit par : Myrriam Belakovsky | 30/10/2014

@Myriam Belakovsky je suis soudée par le cœur et l'esprit à toutes les victimes des camps de la honte cependant au sujet du lait Nestlé des femmes Suisses et heureusement ont pu nourrir leurs enfants car leurs seins asséchès par les restrictions alimentaires et les nombreuses drogues dont le Saridon pour tenir le coup et souvent en endurer jamais n'auraient elles pu assouvir l'appétit des nourrissons
Nous avons sans doute été nourris avec ce lait associé a des cocktails explosifs de tous ces médicaments dont se gavaient de nombreux parents souffrant d'affections respiratoires ,de migraines atroces quand ils étaient énervés il valait mieux que l'enfant soit mis hors d'atteinte de leurs colères souvent meurtrières
Heureusement les Grands parents faisaient tampon et comme les enfants déjà meurtris dès le berceau pour beaucoup n'avaient aucune envie de vengeance en eux tous ont attendu que le roue tourne.
En effet mais seuls les survivants car beaucoup étant déjà morts peuvent le confirmer ,il aura fallu attendre plus de 60 ans d'analyses personnelles pour observer tout ce qui s'était produit depuis la fin de la guerre et ce jusqu'en 2000
très belle journée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 30/10/2014

@Remi Mogenet je retiens une phrase mes yeux demandant grâce ,ce qui est entre les deux c'est le cœur et l'amour si on aime sa région et je l'ai tellement aimée qu'encore aujourd'hui j'arrive à trouver ce que d'autres n'ont pas eut le temps de chercher
Oui comme par exemple comprendre pourquoi à tel endroit se passa autant de drames
Une commune vit,respire et a tellement de choses à raconter du moins pour tous ceux qui y sont nés ce qui a fait dire à un commerçant de l'époque mais qu'avez vous tant à regarder ces maisons? j'ai répondu en riant mais j'y vois tous les fantômes des disparus derrière leur fenêtre entrain d'écouter nos blablas habituels
Très belle journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovsmeralda | 30/10/2014

Oui, c'est ça, Lovsmaralda, l'histoire de la région, c'est l'image du passé qui peut se relier à celles du présent, à celles que donnent les organes sensoriels, notamment la vue bien sûr. L'histoire des lieux qu'on peut voir de façon ordinaire est vivante, l'histoire des lieux qu'on ne voit pas est morte, même quand c'est celle du prétendu même pays.

Myriam, la mondialisation est une réalité spontanée et naturelle, on échange des produits avec le monde entier, si la mondialisation ne parle pas c'est qu'on n'a pas une conscience de ce qu'est l'économie assez accrue, peut-être. Moi-même je commande des ouvrages aux Etats-Unis, je ne suis pas contre a priori l'ouverture des frontières, il faut voir. Ensuite les Etats qui prétendent réguler l'économie mondiale et mondialisée depuis déjà un certain temps en imposant leur volonté à tous me font plutôt rire, ou alors m'inquiètent puisqu'il est assez probable que la source des conflits vient de ces prétentions. Je ne connais pas vraiment le contenu de ce traité transatlantique dont tout le monde parle comme d'une horreur, on me dit que les entreprises américaines par exemple disposeront des mêmes droits sur le territoire français que les entreprises françaises ou les entreprises d'Etat et en fait je ne suis pas forcément contre, je ne vois pas bien où est le problème. Ensuite c'est aux régions fédérées, soit au niveau français, soit au niveau européen, de régir le droit sur leur territoire, c'est ma vision des choses. Ce qui ne parle pas ce n'est pas la mondialisation, alors que mon ordinateur a été par exemple fait par des Chinois sur des instructions d'Américains, mais une prétention à me représenter depuis Washington ou New York ou même depuis Paris au nom de valeurs abstraites et théoriques, attribuées arbitrairement à l'Occident entier ou à la France entière, et auxquelles je suis censé me plier parce que je suis censé m'y reconnaître. A cela je dis non, c'est ce que je décide en toute liberté qui me représente, ou ce que décide du moins la communauté à laquelle j'appartiens.

Écrit par : Rémi Mogenet | 30/10/2014

Rémi Un simple exemple: la Suisse qui sera concernée évidemment par ce traité n'étant pas de l'UE ne participe pas aux discussions et les décisions qui seront finalement prises elle, la Suisse, si rien ne change, ne pourra que les subir est l'un des bémols relevé pas Jean-Noël Cuénod.
Que la Suisse entre dans l'Europe? L'Europe comment se porte-t-elle?


Il semble que l'on ne veuille pas entendre que ce n'est pas du tout mondialisation ou UE que l'on refuse mais questionnement sur la vie qui nous attend tous les nantis comme les moins privilégiés, certes, mais également l'ensemble des abus évidents si la technique, l'"administratif" (le propre des camps de concentration des nazis) devaient une fois pour toutes l'emporter sur l'éthique. Or, l'"éthique, ou l'éthos aujourd'hui?

De même, Rémi, pour, autrefois, en Suisse, les "minarets". Il y avait les inconditionnels du non à l'islam et les autres, ceux qui avaient lu (non survolé) le coran et voyaient par le moyen de l'acceptation de l'initiative la possibilité de faire savoir que le coran et la charia dite "loi divine" ne sont en rien compatibles avec les Droits de l'homme. La démarche d'acceptation de l'initiative UDC en apparence était aussi stupide que de refuser un clocher pour une église mais de démarche, alors, il n'y en avait pour les simples citoyens pratiquement pas d'autre. Il serait heureux que les citoyens et autres habitants qui ne disent en aucun cas inconditionnellement non tout mais ne sont pas convaincus loin s'en faut et le font savoir ne passent pas forcément pour des gens qui ne comprennent rien à rien.

Nous avions évolué faut-il désormais juste pour des contrats maousses, des besoins perpétuellement et démentiellement suscités involuer à mort en passant d'Eros... à Thanatos?

Écrit par : Marie-Claude | 30/10/2014

C'est de la philosophie; le problème d'un traité est constitué par ses clauses. Ce n'est pas parce qu'on passe avec un traité avec des Américains qu'on va être assujetti à eux, et ce n'est pas parce qu'il y a des minarets que tous les articles du Coran seront appliqués. Il faut voir précisément de quoi est fait ce traité. On m'a dit: Oh la la, des entreprises américaines pourront créer des écoles en France et demander les mêmes droits que les autres (les écoles privées hors-contrat avec l'Etat bénéficient d'une remise fiscale pour ses donateurs). Mais là moi je dis: personne ne doit être obligé d'envoyer ses enfants dans une telle école, et le gouvernement local doit y veiller; mais si des entreprises américaines veulent créer une telle école, qu'elles le fassent, je suis pour, car je suis pour la liberté de choix, et pour cela la diversité est nécessaire.

Maintenant il y a peut-être des clauses mauvaises, mais pour l'instant je n'en ai pas trouvé, ou alors ça reste dans l'abstrait, les exemples qu'on me donne ne me paraissent pas avoir de réels problèmes, autres que la susceptibilité nationale. Il faut donc chercher encore, pour me convaincre.

Écrit par : Rémi Mogenet | 30/10/2014

Un traité est constitué par des clauses. Quelles en seront les applications et répercussions sur l' être humain socio économiquement parlant(un médecin pédiatre a dit récemment que la loi concernant les couples homosexuels avec enfants est la loi mais que le fait qu'il y ait loi ne signifie pas forcément qu'elle conviendra aux enfants désormais placés sous cette loi autrement dit la subissant. En cas d'échec de souffrance de l'enfant, quel recours ?
Pour le traité ses clauses, selon, quels recours?

Les discussions en cours sont âpres extrêmement et la Suisse doit se contenter des rumeurs de couloirs

Bien-être ou non des vivants: en cas de mal-être parlera-t-on de "susceptibilités nationales"?

Écrit par : Marie-Claude | 30/10/2014

Peut-être; car quand la nation perd de sa superbe beaucoup qui lui vouaient un culte sont déprimés. Mais c'est la vie, les faux dieux ne favorisent pas réellement l'humanité.

Les clauses, donc, je ne les connais pas, on peut penser qu'elles sont mauvaises, ou pas, ce n'est pas parce qu'il est question de libre-échange avec les Américains que c'est mauvais, or en général les discours que j'entends ont l'air de dire le contraire. Mais comme je le disais j'achète des produits américains. Et l'important est de garantir la liberté de choix. Il peut y avoir des produits américains sur le marché européen, pourquoi pas? Les autorités doivent garantir la possibilité qu'on pourra acheter autre chose si on en a envie.

Écrit par : Rémi Mogenet | 30/10/2014

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