14/11/2014

Le chevalier d’Arthur et la cloison de fer

fr_1433_104.jpgDans Yvain le chevalier au lion, poème narratif de Chrétien de Troyes, qui vivait au douzième siècle, le héros entre à un certain moment dans un château enchanté, tenu par une dame magicienne, et une cloison de fer tombe sur lui au moment où il passe la porte: elle coupe son cheval en deux après lui avoir rasé le dos. Cela fait penser aux récits de science-fiction dans lesquels des panneaux d’acier se ferment et s’ouvrent d’un claquement de doigt, notamment dans les vaisseaux spatiaux.
 
Mais une traduction destinée aux collégiens a réduit cette cloison à une herse, selon le mode archéologique bien connu des philologues, notamment ceux qui se souviennent de Victor Bérard, à qui j’ai consacré un petit livre: car il s’appuyait sur ses voyages en Grèce pour corriger Homère selon les données de la science positive, trouvant par exemple le palais du roi des Phéaciens trop grand, parce qu’aucune des ruines qu’il avait vues ne possédait ses dimensions; le poète avait pourtant dit que ce roi descendait des Géants…
 
Bérard interprétait, ainsi, les mythes selon des données géographiques, faisant de Polyphème un volcan, de Charybde un récif, et ainsi de suite. Ancien élève de l’École Normale Supérieure, il était un pur produit de la Troisième République. Or cette tradition n’est pas terminée, même si elle tend à s’estomper et si beaucoup ont critiqué et même rejeté Bérard et ses fantasmes rationalistes.
 
Les vieux mythes celtes sont pleins de ces merveilles qui donnent aux palais enchantés l’aspect de forteresses futuristes, et on ne s’étonne pas trop que ce soit dans l’Occident qui dans l’antiquité était de 68592c209b56f5706244745705b5c013.jpglangue celte qu’on ait vu se développer la science-fiction, qui adore évoquer les extraterrestres fils des fées anciennes et les robots descendants des automates armés qu’on trouve dans les récits médiévaux du roi Arthur et de ses chevaliers. Un enchantement permettait, apparemment, de fermer des portes coulissantes en fer, dans le château de la dame d’Yvain, et qu’on pense qu’il s’agit d’une science rationnelle ou de magie n’y change rien, puisque le fait est le même, et que dans un récit c’est le fait qui compte, l’explication donnée n’étant présente que pour lui créer de la consistance, une solidité: selon les époques, donc, elle change!
 
Au reste, dans le récit de Chrétien de Troyes, nulle explication n’est donnée: les anciens Celtes enchaînaient volontiers les images fabuleuses sans les commenter, comme pour faire vivre de l’intérieur le mystère; cela créait une forme de surréalisme que peut-être imitait André Breton, vannetais par sa mère. Parler d’une herse gâche. Le cycle arthurien est plus mythologique qu’inséré dans la société féodale, au fond.

08:02 Publié dans Culture, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Assis autour de la Table Ronde les chevaliers du roi Arthur s'émerveillaient de le voir prendre place non sur un siège particulier mais à leurs côtés.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 15/11/2014

On dit que les Savoyards s'émerveillaient de voir leur roi les tutoyer et leur parler en patois.

Écrit par : Rémi Mogenet | 18/11/2014

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