24/11/2014

Interstellar et les hommes du futur

interstellar-christopher-nolan-poster.jpgJ’ai vu Interstellar, le film de science-fiction de Christopher Nolan, et l’histoire en est apparemment mue par le désir de l’humanité de coloniser d’autres planètes parce que la Terre se meurt, mais le fil le plus intéressant est de savoir qui sont les êtres mystérieux secondant les hommes dans ce projet, qui placent un trou noir près de Saturne et leur envoient divers signes. Ceux qui n’ont pas vu le film et voudraient conserver le mystère doivent s’arrêter de lire ce billet, car je vais révéler ce qu’il en est: il s’agit d’hommes du futur qui ont acquis le moyen de revenir dans le passé.

Lorsqu’on suit le cheminement du héros qui y parvient, la musique est intense, et tous les mystères antérieurs trouvent leur solution; comme c’est redoublé par une émotion personnelle, le souvenir d’une fille qu’on a abandonnée, c’est poignant. Le personnage principal se voit tel qu’il était dans le passé, et devient le fantôme qu’il percevait alors confusément, ou que ses proches du moins percevaient autour d’eux. Figure qui saisit étrangement, comme parlant à l’inconscient le plus profond, et qu’on a vue dans des films de David Lynch, en particulier l’éblouissant Inland Empire, et qu’on a lue dans Voyage to Arcturus, de David Lindsay, paru il y a bientôt un siècle. Cependant, Lynch et Lindsay sont ésotériques, et font voyager les âmes à travers le temps sans rien expliquer; Nolan a choisi de justifier de tels miracles par une théorie sur les trous noirs disant qu’en y pénétrant on pourrait remonter le temps - ce qu’on a lu dans Une Brève Histoire du temps de Stephen Hawking, paru en 1988. À l’époque de cette lecture, il y a vingt ans, je me suis dit que cela ne tenait pas debout, parce que le corps humain étant lui-même soumis à l’espace et au temps, il faudrait d’abord le quitter; d’ailleurs comment peut-il résister à ce traitement? Hawking reconnaissait que la difficulté était grande.

On peut concevoir des défunts qui remontent le temps et parlent dans les rêves; ou des anges, de purs esprits; mais des hommes de chair et de sang, je crois que cela relève de la faribole. En repensant à Lynch et à Lindsay, je me dis qu’ils sont d’accord avec moi, qu’en réalité c’était spirituellement que leurs personnages voyageaient dans le temps: si les films de Lynch sont difficiles à saisir, c’est parce que la frontière entre le physique et le psychique n’y est pas clairement donnée. Il en va de même chez Lindsay.

Alors on comprend ce que la situation garde de si troublant: cela dépasse les limites de l’espace, du temps, mais aussi du sensible, de ce que le corps perçoit; cela entre dans le royaume de la mort. Les explications semblent n’être données que pour en atténuer la portée angoissante, terrifiante, pour le faire passer auprès d’un large public. Comme à travers un filtre, un mystère moral est développé; on suit avec passion - même si, après-coup, on se dit que c’est un peu absurde.

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