26/11/2014

Victor Hugo et les Alpes et les Allobroges vaillants

columbia_pictures_logo_520.jpgVictor Hugo aimait beaucoup les Alpes, la montagne, la Savoie, la Suisse; il a repris, dans Les Travailleurs de la mer, le mot de Germaine de Staël sur Chateaubriand qui avait critiqué ces mêmes Alpes: jalousie de bossu.
 
Pour lui, leur élévation et leur lumière faisaient naître l’idée de liberté dans le cœur de l’homme, et la Suisse en était l’exemple vivant.
 
Or, on se souvient peut-être que l’hymne savoisien, dit des Allobroges, rédigé par Joseph Dessaix, poète romantique local, fut en réalité voué à la Liberté. Il y est dit que celle-ci a dû fuir la France, après le coup d’État de 1851, et qu’elle s’est réfugiée parmi les Allobroges, sur leurs sommets; son refrain commence par une adresse à ces Allobroges, qu’elle proclame vaillants.
 
Le rapprochement entre Dessaix et Hugo ne s’arrête pas là: le premier était un représentant de la gauche libérale, minoritaire en Savoie mais agissante, et il regrettait la figure de Napoléon, qu’avait servie son oncle, le général Dessaix, dès 1791 converti à la Révolution, et ayant alors fui le Chablais - qui ne devait devenir français avec le reste de la Savoie qu’un an plus tard - pour rejoindre Paris. A Chambéry, l’antenne locale du club des Jacobins, dirigée par François-Amédée Doppet, se nommait justement le club des Allobroges.
 
Or, Hugo, on le sait, a fini républicain, a glorifié la Révolution et Napoléon; il était donc en communion involontaire avec Joseph Dessaix.
 
D’ailleurs le chant savoyard, on le méconnaît, ne se contente pas de faire de la Savoie un havre de vaillance et de liberté - particulièrement depuis que, en 1848, le roi Charles-Albert avait accordé un statut constitutionnel d’inspiration libérale et édité un Code albertin imité du Code Napoléon. Non: Dessaix chantait également l’effacement des frontières, l’établissement d’une Europe libre et unie, et défendait la Pologne héroïque, la Hongrie, la belle Italie, les Alsaciens, et ainsi de suite. C’était un romantisme tourné vers l’avenir, plein d’espoir pour un monde plus beau, dans la lignée de l’Ode à la Joie de Schiller, qui prophétisait que les hommes seraient tous habités un jour par l’esprit de fraternité qui venait du Père céleste. Car la Liberté chez Dessaix est une divinité vivante, une allégorie fraîche, ceinte, dit-il, d'un arc-en-ciel: elle a repris un corps d’éther en venant dans les Alpes; et c’est ce que son chant a de plaisant.

08:32 Publié dans Culture, Histoire, Musique, Savoie | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Pas étranger à votre texte le Psaume de pèlerinage "Je lève les yeux vers les montagnes (une nuée annonçant la présence du "Père céleste")

Un jour, en clair matin d'été, un feu dans le ciel

Un évanouissement.

Un retour, une guérison

la mienne (non pour parler de moi mais parce que je trouve hallucinant ce que l'on peut lire aujourd'hui même ce 26.11.2014 sur certain blog (sans en dire plus, je ne suis pas le cafard du coin) Appel au meurtre de tout ce qui de près ou de loin inspira Victor Hugo, comme à vous déjà redit: "Le vent qui vient à travers la montagne...

Il y avait dans le jardin de mes grands-parents un petit pavillon appelé arc-em-ciel...Arc-en-ciel aux couleurs de nos centre nerveux et de conscience dits chakras. La couleur violette correspond à cette pulsion spirituelle qui nous habite tous.

La jaune dit notre mental qui égaré est en mesure de faire de nous une folle du logis alors qu'éclaire, une fée en mesure de faire se couvrir une "nappe" (voir la nappe du rêve de l'apôtre Pierre) des mets les plus exquis, délicieux, raffinés lesquels ne sont pas forcément à entendre comme de quoi se bourrer la panse (en ce début tout proche des jours dits de Fêtes.

Fêtes, lesquelles?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 26/11/2014

Merci Myriam de ce commentaire.

Dieu était apparu sur une montagne à Moïse, déjà... Les objets du culte lui sont aussi apparus sur une montagne en vision... La montagne matérialise ce qui vient du ciel. Mais au-dessus de son sommet visible, bien sûr.

L'arc-en-ciel est le pont vers le monde des dieux, c'est assez connu, il relie la Terre et le Ciel, et cela renvoie à quelque chose qui est à la fois dans l'âme et la nature, le lien entre la lumière et les couleurs. J'ai écrit un article une fois sur Bifrost: http://remimogenet.blog.24heures.ch/archive/2013/10/19/temp-0cc4f19afff4fdbd5fe4498a06cf15a9-854123.html C'est bien ce que j'ai voulu dire, qu'en liant la Liberté à l'arc-en-ciel Dessaix avait fait d'une allégorie abstraite une force vivante, ou du moins y avait tendu, comme souvent le romantisme y a tendu.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/11/2014

Les commentaires sont fermés.