02/12/2014

Hommes du futur et anges du présent

11175_1047087.jpegJ’ai déjà évoqué le film Interstellar, de Christopher Nolan, qui présente les hommes du futur comme étant parvenus à remonter le temps à volonté, et comme ayant pu ainsi devenir en quelque sorte les bons anges des hommes d’aujourd’hui. Naturellement cela ne fonctionne qu’à travers des apparitions spectrales, même si les théories physiques du film tendent à le masquer. Mais des auteurs de science-fiction sont allés plus loin, tombant dans une fantaisie souvent pleine de charme, quoique peu crédible. L’excellent Gérard Klein a par exemple publié un roman entièrement fondé sur une telle idée, Les Seigneurs de la guerre - qui est bien écrit, dans un style racinien et abstrait. Une femme du futur y joue le rôle d’une bonne fée: elle sait tout du héros, et l’aime alors qu’il ne la connaît pas du tout. Le ressort en est mythologique, et au fond, a-t-on l’impression, les théories qui justifient une telle situation ne sont là que pour créer une situation où enfin le spirituel se confond avec le matériel: car comme disait saint Augustin, le futur n’existe pas: il n’est que le présent de l’attente; son existence est purement intérieure; seul le présent existe!
 
Il devait sembler fort de café à Lovecraft qu’un corps de chair et d’os s’affranchît des lois du temps qui précisément s’appliquent aux corps physiques, car lorsqu’il a évoqué le voyage temporel, dans The Shadow out of Time, il a présenté des Grands Anciens ayant acquis le pouvoir de transporter leur conscience dans différents corps, par delà le temps et l’espace: ils peuvent parler depuis le passé aux consciences st.jpgcérébrales insérées dans le présent sous forme de rêves, de chuchotements…
 
Olaf Stapledon, dans Last and First Men, choisit une image intermédiaire: les messages des êtres supérieurs viennent des hommes du futur, qui ont aussi appris à faire voyager leur pensée dans le temps; mais pas leur corps: il s’agit encore de force spirituelle.
 
Il y a là certainement un motif puissant, qui parle en profondeur à l’être humain. Selon Rudolf Steiner, après la mort, l’âme remonte le temps et rencontre les actions effectuées pendant la vie, mais, cette fois, elle n’est plus leur auteur, mais leur objet: elle les subit. Elle souffre quand des fautes ont été commises: elle en ressent les effets nocifs. Cela se retrouve dans le film de Christopher Nolan: quand le héros se voit agir de travers, il en est profondément meurtri; son nihilisme ancien a consisté à nier ce qu’il est à présent sous une forme autre, impalpable - et il en est désespéré, il se fait d’amers reproches! Hélas, il est trop tard.
 
François de Sales eût dit que le bon ange, qui voit l’avenir, assurément répercute ces reproches: chacun est face à lui-même. Pour l’évoquer, pas besoin de trou noir, sans doute: c’est surtout une béquille narrative pour faire vivre cette expérience à un spectateur davantage nourri de théories quantiques que de concepts mystiques.

10:53 Publié dans Cinéma, Culture, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

Commentaires

Pour la réincarnation ce à quoi votre article, Rémi Mogenet, peut nous faire penser il arrive que tel personnage historique, artiste, savant, empereur, tyran, héros etc. du passé nous interpelle au point que nous nous demandions si, dans un vie passée, nous n'aurions pas été ce personnage (indifférent sexe du passé, sexe d'aujourd'hui). Interrogation qui amuse le Dalaï Lama qui nous demande si nous n'aurions pas été en vie/s antérieure/s personne/s anonyme/s! mais il arrive qu'en s'interrogeant sur l'intérêt vif que nous portons à tel ou tel être du passé nous nous sentions interpellés par certains de ces défauts ou tendances comme mettant en relief nos propres problèmes et qu'ainsi cessant de nous demander si nous aurions été ou non cette personne nous percevions l'intérêt qu'elle suscite en nous comme un miroir à nous tendu par...les "Maîtres du karma"! afin que nous sachions quoi améliorer en nous afin de pouvoir un jour nous libérer de ce cycle des naissances et des morts par l'Inde nommé SAMSARA.
Rn ce qui concerne nos intentions et objectifs la certitude acquise que la "vie est au-delà du cycle des naissances et des morts" peut étonnamment changer, modifier en les faisant évoluer nos visées, objectifs et motivations.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 02/12/2014

Il y a d'autres liens sans doute, de sympathie ou d'antipathie, que ceux qui font passer d'une vie à l'autre. Le même attire le même, en principe, y compris dans la nature, on peut être né sous la même étoile que quelqu'un d'autre, ou avoir le même tempérament, on peut aussi avoir rencontré une figure célèbre du passé, ou avoir été son sujet, voire son esclave. Dieu sait.

Écrit par : Rémi Mogenet | 02/12/2014

Passionnant le temps de la Bible est atemporel et vous l'avez écrit: "Selon Rudolf Steiner, après la mort l'âme remonte le temps et rencontre les actions et rencontre les actions effectuées pendant la vie(... comme s'il y avait, quant à notre karma, effet boomerang.

Steiner, Blavatzky B. Krishnamurti...

Le judaïsme également (Le Zohar, Livre des Slendeurs) enseigne et enseigna, y compris du temps de Jésus, la réincarnation.

Écrit par : M. Belakovsky | 02/12/2014

C'est vrai, on l'oublie souvent. Mais je dois dire qu'ici dans mon texte il n'est pas tellement question de réincarnation, ô Myriam.

Écrit par : Rémi Mogenet | 02/12/2014

Les commentaires sont fermés.