10/12/2014

Boèce et l’Homme perdu dans l’immense univers

Boethius (1).jpgOn dit souvent que la science moderne a démontré que l’homme n’était rien dans l’univers, que l’héliocentrisme notamment a mis fin à l’idée que les astres tournaient autour de l’homme pour lui.
 
Mais peut-être qu’il n’a pas empêché la pensée moderne d’être centrée sur elle-même et de fantasmer des infériorités chez les penseurs anciens; car j’ai lu récemment, dans la Consolation de la Philosophie, de Boèce (470-524), que la Terre n’était qu’un point infime dans l’univers, lequel était énorme, comme l’avait dit Ptolémée: de telle sorte que les actions de l’être humain pouvaient apparaître comme dérisoires, insignifiantes. Il ajoute que seul le quart de la planète est peuplé, et que dans ce quart innombrables sont les barbares qui n’ont jamais entendu parler de l’Empire romain ou ne savent pas du tout ce qui s’y passe, de telle sorte que ce qu’on peut y accomplir n’a pas de renommée importante, et qu’il est vain de s’y attarder. De fait, ce qui importe est l’action juste, qui fait se confondre l’homme et Dieu, lequel est toute béatitude et toute bonté - dit la Philosophie présentée comme une belle dame radieuse, dans le texte.
 
L’être humain était donc loin, dans l’antiquité, de se croire aussi important qu’on le prétend. Mais il en est surtout ainsi chez les chrétiens - dont Boèce était. La Terre misérable ne leur semblait qu’un bref passage. Il faut admettre que pour les philosophes païens, la cité où ils se trouvaient était souvent le boethius.jpgseul lieu qui importait dans le monde; Cicéron en particulier donne l’impression d’y croire pour Rome. - Mais aujourd’hui encore, sans doute, il existe des Français qui croient que Paris est le pivot de l’univers, et que tout ce qui s’y passe est d’une importance majeure, que Dieu s’y exprime prioritairement!
 
On m’a fait remarquer que Boèce était un homme cultivé, et que notre époque a la chance d’avoir un système éducatif qui révèle à tous non que ce qui se passe à Paris est important pour le monde entier, bien sûr, mais que l’homme n’est qu’un point infime dans l’univers. Mais il faut d’abord dire que Boèce a été lu et approuvé par tout l’Occident médiéval, et que ses enseignements sont passés dans la théologie catholique, laquelle ensuite était diffusée au peuple par les curés, à l’église: il faut donc admettre que le Moyen Âge était plus intelligent que les Français modernes qui croiraient que ce qui se passe à Paris a une résonance jusqu’au fond du cosmos - et qui heureusement ne sont pas nombreux et comptent parmi les moins instruits de France.
 
De toute façon postuler un peuple qui penserait autrement que Boèce est hasardeux, puisque ce peuple n’a laissé aucun écrit. Si on le conjecture, c’est qu’on est content de pouvoir se penser un peu plus le centre de l’univers que les gens d’autrefois, étant plus intelligent!

08:24 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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