22/12/2014

Malcolm de Chazal et le mythe de l’île Maurice

AVT_Malcolm-de-Chazal_4902.jpegMalcolm de Chazal (1902-1981) est un écrivain mauricien brièvement compagnon du Surréalisme parisien, rejeté rapidement parce que déiste, selon ses commentateurs: il liait les images nées de l’inconscient au monde divin - le faisait de façon explicite. En cela à vrai dire il était plus fidèle au romantisme allemand que les surréalistes conventionnels, qui pourtant s’en réclamaient. Mais l’agnosticisme à Paris était une sorte de dogme, depuis la fin du siècle précédent: il fallait l’afficher, si on voulait y réussir.
 
De surcroît, régionaliste, Chazal défendait l’autonomie de son île. Il s’efforçait même d’en créer la mythologie, que néanmoins il pensait d’essence universelle, puisqu’elle touchait au ciel, à Dieu - puisque la terre mauricienne était le reflet de l’Univers, qui l’avait créée. Il s’agissait en en effet de créer un lien substantiel entre le haut et le bas: la comparaison, au sens rhétorique, en prenait une valeur scientifique, parce que, comme le disait Hugo dans Les Travailleurs de la mer - autre grande œuvre régionaliste -, les éléments trouvent la source de leur vie dans le ciel zodiacal.
 
Dans Petrusmok (1979), le roman-mythe que notre auteur a consacré à l’île Maurice, il disait: La science courante viole pour pénétrer. La science des correspondances (la sur-science) parcourt par gestes d’amour, et ramène tout en un, par associations infinies.

Mais l’Universel étant dans le régional, les montagnes de l’île Maurice n’ont pas seulement l’histoire spirituelle de cette île à révéler, mais tout autant les prophéties du Grand Tout Vivant. Grâce aux correspondances, d’un point quelconque du Globe, on peut tout parcourir, tout connaître des essences du Tout et des parties, - comme il le nous suffirait que de mettre pied dans Mars, pour y voir dans un seul geste cette planète tout entière. (Mais pourquoi se déplacer? Mars n’est-il pas ici-même par les correspondances, puisque dans les choses de notre Terre, l’autre planète est révélable?)

0ef4c471db408ea31b7fd1b2bf17717e.jpgAinsi, sans bouger de place, l’homme a l’Univers tout entier à la portée de ses mains.
 
Mars a créé son reflet sur Terre: les occultistes eussent dit que c’est le fer; par lui on peut saisir l’essence de Mars. Et on en trouvait certainement sur l’île Maurice! On en trouve partout.
 
Dans son livre, Malcolm de Chazal, lorsqu’il contemple les pierres et les fleurs, sent remonter en lui le passé, sous forme d’images, et il l’évoque de façon belle et mythologique, nommant des individus particuliers de l’époque lémurienne qui lui parlent par-delà les millénaires - ou les millions d’années. Il voit aussi surgir des êtres des fleurs - les fées, et tout est fée, affirme-t-il, sous le regard du voyant. Or par la fée on touche à Dieu.
 
Il est étrange de constater que les surréalistes les plus intéressants, parce qu’ils tentaient de relier leur imagination libérée à un monde autre, supérieur, et d’en faire une mythologie, ont été marginalisés à Paris; il est intéressant aussi de constater qu’ils ont été davantage des auteurs francophones que des Français à proprement parler: car outre Malcolm de Chazal, l’autre grand exemple, à cet égard, est Charles Duits, américain par sa mère et hollandais par son père, mais né en France.
 
Malcolm de Chazal fut un grand homme, assurément, même s’il aimait s’adonner au délire: il avait des aspects exaltés.

08:23 Publié dans Poésie, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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