28/12/2014

Univers sans socle, musique des sphères

419627.jpgGaston Bachelard disait: Il ne conviendrait pas de prendre un rythme de base auquel tous les instruments se référeraient. En fait, les divers instruments se soutiennent et s’entraînent les uns les autres.
 
Citation magnifique, qui peut, doit s’appliquer à l’univers entier: est-ce que les planètes ne sont pas dans cette situation, de se soutenir les unes les autres? On cherche un socle fondamental, et les uns croient le trouver dans la Matière, les autres en Dieu; mais entre les deux, en réalité, les éléments sont dans un état d’équilibre et d’harmonie qui fait apparaître la Matière et Dieu comme des abstractions.
 
Il en va de même en littérature: dans une histoire, les personnages se soutiennent les uns les autres - avec aussi la nature, et ses forces, qui sont également des personnages, ou devraient toujours l’être, et ne pas rester un décor passif. Car il n’est pas vrai, comme l’ont prétendu les Naturalistes, ou Taine, que le décor est la chose stable qui détermine les personnages - pas plus qu’il n’est vrai, comme l’ont assuré certains spiritualistes, que le paysage n’est qu’une émanation de la subjectivité humaine. Il n’en 110506102301136238110864.jpgest pas ainsi, et le conte de fées, qui est une sorte de récit primordial, le dit: l’intrigue est faite de volontés qui se mesurent, s’équilibrent, se compensent, même en s’affrontant; or ces volontés peuvent être celles d’êtres humains, mais aussi d’animaux, et même de plantes, de montagnes, d’étoiles - qui alors prennent l’allure d’êtres humains, puisqu’on n’attribue de volonté propre qu’à ceux-ci. Ainsi naissent les fées, les anges, les gnomes - et la mythologie.
 
Car celle-ci n’est pas l’expression mécanique d’une philosophie préexistante et clairement tracée dans ses contours, mais l’élaboration progressive d’une harmonie au sein d’éléments donnés. Dans cet espace musical, aucun instrument qui reste inerte en regardant les autres se déployer - comme un décor passif regardant les hommes agir en son sein. Aucun instrument non plus dirigeant tous les autres, à la façon d’un dieu exclusif - le reste n’étant fait que de sujets, d’esclaves. 
 
Alors l’art peut être dit inspiré.

10:43 Publié dans Culture, Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

"(...) volontés qui se mesurent, s'équilibrent, se compensent, même en s'affrontant: blogosphère future lieu de passages des fées... comme à Massabielle...

Grand, pittoresque voire inattendu (part d'imprévisibilité) Avenir de certaine Blogosphère à la présente mauvaise réputation mais comme Brassens... a "mauvaise réputation" celui qui ne suit pas le chemin routinier de la médiocrité.

Bel Avenir, on peut le sentir venir, le percevoir... à gente Dame Blogosphère.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/12/2014

Ou pas, ô Myriam... Je pense que la blogosphère genevoise restera comme ayant été un espace de liberté où on pouvait aussi parler des fées, où elles pouvaient se manifester dans les textes publiés. En France peut-être moins, sous prétexte qu'on y trouve beaucoup de choses indignes elle y est censurée.

Merci de votre commentaire!

Écrit par : Rémi Mogenet | 28/12/2014

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