30/12/2014

Le Cid, premier super-héros français

5826917897_29526fc5dc_z.jpgL’écrivain Serge Lehman, auteur de la bande dessinée La Brigade chimérique et d’opuscules dans lesquels il essayait de prouver que les super-héros avaient existé dès les origines en France, a oublié, je crois, de citer Le Cid de Corneille; on y trouve en effet que le peuple appelle don Rodrigue
 
de sa joie et l’objet et l’auteur,
Son Ange tutélaire et son libérateur.
 
Or, le super-héros, de l’aveu de tous, a d’abord été conçu comme la manifestation de l’esprit protecteur des cités: Superman protégeait Métropolis, c’est-à-dire New York, capitale du monde moderne; et l’a suivi Captain America, que tout le monde connaît: dans sa série, Stan Lee, Jack Kirby et Jim Steranko ont tellement marqué son caractère allégorique que cela en devient fatigant, répétitif: il est l’incarnation du fighting spirit of America! Cependant, contre le cynisme et l’égoïsme, il se réclame joliment de la foi, du progrès, de l’humanisme, de la liberté - toutes choses qu’incarnait déjà don Rodrigue en son temps: il protégeait la cité espagnole, pour ainsi dire: la chrétienté en Espagne.
 
Certains ont parlé du Golem, qui devait protéger la communauté juive de Prague. Mais à vrai dire, les héros antiques incarnaient déjà le génie des cités. L’être humain se regardait autrefois comme lié à la divinité essentiellement à travers la nation; et celle-ci avait ses héros créés par la Providence - ou ses anges, incarnés par des hommes qu’on disait grands. Ces êtres spirituels gardiens de la cité, les anciens Romains les appelaient génies - divinités secondaires vivant parmi les éléments terrestres et 1901874_10152370651900934_861450054_n.jpgfaisant le lien avec le Ciel. Corneille avait parfaitement saisi que le Cid avait cette aura: qu’il manifestait l’ange tutélaire du peuple de Castille!
 
Serge Lehman aurait pu dire qu’il n’était justement pas français, que Corneille ne faisait que reprendre une tradition médiévale. Mais en France, Michelet n’a pas parlé autrement de Jeanne d’Arc: il en a fait l’incarnation du génie français, et la manifestation de la Providence qui voulait faire progresser la nation jusqu’aux nues, la placer dans l’empyrée! Et au Moyen Âge, Roland de Roncevaux puis Guillaume d’Orange incarnaient pareillement le génie des Francs.
 
Il est vrai que parmi ces trois seule Jeanne d’Arc a eu des contacts avec le monde vivant des archétypes - pour s’exprimer comme Serge Lehman, très marqué par Jung, je crois. Même don Rodrigue chez Corneille n’a pas un tel privilège. Dans les chansons de geste, Roland ne l’a qu’à sa mort: les anges viennent le chercher pour l’emmener au paradis. Mais Charlemagne lui reçoit ses ordres de l’ange Gabriel, dit La Chanson de Roland.
 
Le roi Arthur, dans la littérature médiévale, disposait d’une épée enchantée, et son neveu Gauvain tirait une force surhumaine du soleil, tous les jours à midi!
 
Les super-héros en France ont au fond toujours existé.

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28/12/2014

Univers sans socle, musique des sphères

419627.jpgGaston Bachelard disait: Il ne conviendrait pas de prendre un rythme de base auquel tous les instruments se référeraient. En fait, les divers instruments se soutiennent et s’entraînent les uns les autres.
 
Citation magnifique, qui peut, doit s’appliquer à l’univers entier: est-ce que les planètes ne sont pas dans cette situation, de se soutenir les unes les autres? On cherche un socle fondamental, et les uns croient le trouver dans la Matière, les autres en Dieu; mais entre les deux, en réalité, les éléments sont dans un état d’équilibre et d’harmonie qui fait apparaître la Matière et Dieu comme des abstractions.
 
Il en va de même en littérature: dans une histoire, les personnages se soutiennent les uns les autres - avec aussi la nature, et ses forces, qui sont également des personnages, ou devraient toujours l’être, et ne pas rester un décor passif. Car il n’est pas vrai, comme l’ont prétendu les Naturalistes, ou Taine, que le décor est la chose stable qui détermine les personnages - pas plus qu’il n’est vrai, comme l’ont assuré certains spiritualistes, que le paysage n’est qu’une émanation de la subjectivité humaine. Il n’en 110506102301136238110864.jpgest pas ainsi, et le conte de fées, qui est une sorte de récit primordial, le dit: l’intrigue est faite de volontés qui se mesurent, s’équilibrent, se compensent, même en s’affrontant; or ces volontés peuvent être celles d’êtres humains, mais aussi d’animaux, et même de plantes, de montagnes, d’étoiles - qui alors prennent l’allure d’êtres humains, puisqu’on n’attribue de volonté propre qu’à ceux-ci. Ainsi naissent les fées, les anges, les gnomes - et la mythologie.
 
Car celle-ci n’est pas l’expression mécanique d’une philosophie préexistante et clairement tracée dans ses contours, mais l’élaboration progressive d’une harmonie au sein d’éléments donnés. Dans cet espace musical, aucun instrument qui reste inerte en regardant les autres se déployer - comme un décor passif regardant les hommes agir en son sein. Aucun instrument non plus dirigeant tous les autres, à la façon d’un dieu exclusif - le reste n’étant fait que de sujets, d’esclaves. 
 
Alors l’art peut être dit inspiré.

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26/12/2014

Représentations, pressentiments de l’Esprit

1767263192.jpgJ’ai fait un jour une conférence sur l’art baroque dans le Faucigny et pour la préparer j’avais étudié l’excellent livre de feu Fernand Roulier sur la question. Il y était écrit que l’Église catholique avait interdit toute autre représentation, pour le Saint-Esprit, que la colombe - évoquée dans l’Évangile. On se souvient, à ce sujet, de la moquerie de Flaubert, dans Un Cœur simple: son héroïne, Félicité, ne pouvant pas croire que la colombe ait parlé, pense que le Saint-Esprit devait être un perroquet! Par la suite, elle adore le sien comme tel, le faisant empailler quand il meurt et le plaçant sous un portrait de Dieu le Père - en réalité le Comte d’Artois, c’est-à-dire Charles X.
 
Est-ce une plaisanterie contre l’Esprit? Dans sa correspondance, Flaubert affirmait que celui-ci coulait dans nos veines, était dans notre instinct, mais que la bêtise généralisée le rendait impossible à reconnaître. Félicité symbolise cette situation. Mais à la fin du récit, à ses yeux éblouis, un perroquet Fantasy_The_bird_of_happiness_924.jpgouvre pour elle ses ailes immenses dans le ciel entrouvert - confirmant sa doctrine! 
 
Qui peut s’en moquer? Félicité meurt heureuse, dans son illusion rendue vraie par sa foi. Est-ce une revendication de liberté pour l’artiste - et pour tout être humain? Celle d’imaginer ce qu’on veut lorsque l’idée est en réalité inexprimable?
 
L’interdiction, à l’époque baroque, de créer de nouveaux symboles a en réalité vidé de leur substance les anciens; représenter toujours les mêmes images en variant la décoration, la matière, le style, y mène; l’idée, si elle est active dans l’âme humaine, suscite forcément de nouvelles représentations.
 
On sait que Flaubert a écrit Un Cœur simple pour répondre à George Sand qui lui reprochait de ne raconter que l’histoire de gens qui, n’étant pas des artistes, ne pouvaient reconnaître l’Esprit, et erraient; ce à quoi l’auteur de Madame Bovary rétorquait qu’il n’exposait que ce qui était représentatif. Or, l’Esprit qui se meut dans l’inconscient et s’exprime ensuite de façon chaotique, inepte, inappropriée, ahriman3.jpgest effectivement le lot commun - chez les artistes aussi. La raison humaine n’est-elle pas trop faible pour qu’il en soit autrement? C’est ce que Flaubert pensait.
 
Le Christ était bien dans Emma Bovary, ou Félicité, mais leur entendement ne pouvait le saisir. Toutefois le perroquet céleste de la seconde s’en approchait-il sans doute plus que l’affreux scrofuleux dont la première a la vision sur son lit de mort!
 
Mais est-ce d’ailleurs si certain? Chacun voit l’Esprit à sa façon, lui crée une image qui lui est propre. Dans la Bhagavad-Gîta, il est dit que d’incarnation en incarnation l’image qu’on s’en fait est toujours plus pure - que la raison s’accorde toujours mieux avec l'instinct. Si l’Asie ne rejette pas les superstitions, c’est à cause de cela: pas qu’elle ne les identifie pas comme superstitions, mais qu’elle laisse à la succession des existences le soin de parfaire l’image qu’on donne au Souverain de l’Univers. Les pensées humaines - si liées au cerveau, à la corporéité - ne sont pas à la mesure d’un pressentiment de l’Esprit plus diffus, plus obscur, plus profond.

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22/12/2014

Malcolm de Chazal et le mythe de l’île Maurice

AVT_Malcolm-de-Chazal_4902.jpegMalcolm de Chazal (1902-1981) est un écrivain mauricien brièvement compagnon du Surréalisme parisien, rejeté rapidement parce que déiste, selon ses commentateurs: il liait les images nées de l’inconscient au monde divin - le faisait de façon explicite. En cela à vrai dire il était plus fidèle au romantisme allemand que les surréalistes conventionnels, qui pourtant s’en réclamaient. Mais l’agnosticisme à Paris était une sorte de dogme, depuis la fin du siècle précédent: il fallait l’afficher, si on voulait y réussir.
 
De surcroît, régionaliste, Chazal défendait l’autonomie de son île. Il s’efforçait même d’en créer la mythologie, que néanmoins il pensait d’essence universelle, puisqu’elle touchait au ciel, à Dieu - puisque la terre mauricienne était le reflet de l’Univers, qui l’avait créée. Il s’agissait en en effet de créer un lien substantiel entre le haut et le bas: la comparaison, au sens rhétorique, en prenait une valeur scientifique, parce que, comme le disait Hugo dans Les Travailleurs de la mer - autre grande œuvre régionaliste -, les éléments trouvent la source de leur vie dans le ciel zodiacal.
 
Dans Petrusmok (1979), le roman-mythe que notre auteur a consacré à l’île Maurice, il disait: La science courante viole pour pénétrer. La science des correspondances (la sur-science) parcourt par gestes d’amour, et ramène tout en un, par associations infinies.

Mais l’Universel étant dans le régional, les montagnes de l’île Maurice n’ont pas seulement l’histoire spirituelle de cette île à révéler, mais tout autant les prophéties du Grand Tout Vivant. Grâce aux correspondances, d’un point quelconque du Globe, on peut tout parcourir, tout connaître des essences du Tout et des parties, - comme il le nous suffirait que de mettre pied dans Mars, pour y voir dans un seul geste cette planète tout entière. (Mais pourquoi se déplacer? Mars n’est-il pas ici-même par les correspondances, puisque dans les choses de notre Terre, l’autre planète est révélable?)

0ef4c471db408ea31b7fd1b2bf17717e.jpgAinsi, sans bouger de place, l’homme a l’Univers tout entier à la portée de ses mains.
 
Mars a créé son reflet sur Terre: les occultistes eussent dit que c’est le fer; par lui on peut saisir l’essence de Mars. Et on en trouvait certainement sur l’île Maurice! On en trouve partout.
 
Dans son livre, Malcolm de Chazal, lorsqu’il contemple les pierres et les fleurs, sent remonter en lui le passé, sous forme d’images, et il l’évoque de façon belle et mythologique, nommant des individus particuliers de l’époque lémurienne qui lui parlent par-delà les millénaires - ou les millions d’années. Il voit aussi surgir des êtres des fleurs - les fées, et tout est fée, affirme-t-il, sous le regard du voyant. Or par la fée on touche à Dieu.
 
Il est étrange de constater que les surréalistes les plus intéressants, parce qu’ils tentaient de relier leur imagination libérée à un monde autre, supérieur, et d’en faire une mythologie, ont été marginalisés à Paris; il est intéressant aussi de constater qu’ils ont été davantage des auteurs francophones que des Français à proprement parler: car outre Malcolm de Chazal, l’autre grand exemple, à cet égard, est Charles Duits, américain par sa mère et hollandais par son père, mais né en France.
 
Malcolm de Chazal fut un grand homme, assurément, même s’il aimait s’adonner au délire: il avait des aspects exaltés.

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20/12/2014

Degolio L: le renouveau du cyborg

Dr_Strange_011.jpgDans le dernier épisode de cette psychédélique série, nous avons laissé le Génie d’or alors que Cyrnos, roi de la Corse occulte, venait de lui annoncer qu’il le regardait désormais comme son ami et qu’il l’admirait d’avoir mêlé volontairement sa destinée à celle des mortels.
 
Il continua de lui parler - disant qu’il voyait que sa résolution lui donnait un point commun avec son fils, même si le chemin qu’ils avaient pris pour se mêler aux hommes n’était point identique! De telle sorte qu’il se sentait le désir de l’aimer.
 
Le Génie d’or, ému, lui répondit qu’il le remerciait, et qu’il se louait d’abriter en lui la conscience d’un mortel, puisque cela lui permettait, par contraste, de mieux saisir la splendeur du roi de la Corse occulte!
 
Cyrnos alors rit, et lui dit de se garder de prendre trop goût à cette âme terrestre, car il ne fallait pas qu’il perde le sens des cieux, comme tant de mortels le font, attribuant aux seules choses terrestres l'éclat céleste, et de se retrouver à jamais exilé en ce monde, oublieux de sa plus noble origine! 
 
En vérité, cela était arrivé à bien des gens de son peuple, qui étaient alors devenus mauvais, et avaient cherché à asservir les hommes, au lieu de les ouvrir à des royaumes supérieurs. Ils pensaient pouvoir imposer à ce monde une transformation en étoile brillante: sous leur direction, pensaient-ils, cela se passerait mieux! Mais ils ne se rendaient pas compte qu’eux-mêmes avaient pris un goût excessif pour la Terre, et aussi pour leur propre personneorc.jpg: ils voulaient s’assimiler à des dieux, recréer l'univers. Et ils étaient devenus les ennemis du genre humain, les ogres épouvantables de la tradition, mangeurs d’enfants et violeurs de filles; c’était eux, à vrai dire, qui avaient invité Fantômas en Corse, et lui avaient montré comment il devait agir pour s’imposer aux hommes: il devait préparer leur venue, leur retour; car pour le moment ils sont dans des prisons où des héros les mirent.
 
Le Génie sourit, et jura qu’il ne tomberait jamais dans un tel travers, qu’il s’était lui-même voué au Christ, et avait abandonné son seigneur qui faisait le mal, sous la forme d’un monstre, pour se mettre du côté des anges. Qu’en aucun cas il n’entendait à présent revenir en arrière!
 
Cyrnos alors déclara qu’il en avait ouï parler, qu’il en était bien ainsi, et qu’il s’était sans doute exprimé légèrement. Et il ajouta: Mais ce n’est pas pour cela, pour discuter de cette question, que je vous ai fait ven10712788_674008192695197_7248468265146958874_n.jpgir. Sachez que le mortel que vous avez amené, si mal en point, est guéri. Qu’on le fasse entrer!

Un garde ouvrit une porte, et le cyborg entra. Tilistal l’accompagnait, se tenant devant lui; et il le suivait docilement.
 
Ils eurent de la peine à le reconnaître, car il avait été profondément modifié. Il portait désormais une armure d’argent qui luisait d’un éclat chatoyant, et des pierres précieuses avaient comme germé à différents endroits de son corps; en particulier à sa poitrine un saphir en forme d'étoile était visible. A ses poignets, ses chevilles, son cou, étaient des bandes d'or. Son visage était masqué par une visière bleue, mais en les apercevant il la releva d’un seul mouvement de sa pensée, et ils virent en lui un beau visage d’homme, apaisé, les yeux calmes, et luisant d’un feu doux.
 
Ce qu’il advint alors ne pourra néanmoins être dit qu’une fois prochaine.

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18/12/2014

Crèches de Noël dans les mairies

Crèche_de_Noël-3.jpgUn sujet a remué la France de fond en comble: la crèche de Noël dans une mairie et un hôtel départemental. La laïcité a été invoquée pour l’interdire.
 
Dans le même temps, on entendait dire que le palais de l’Élysée faisait dresser un grand sapin de Noël. C’est étonnant: lorsqu’il est apparu dans l’Alsace médiévale, il symbolisait l’arbre toujours vert du paradis, qui résistait à l’hiver, et annonçait les temps de la résurrection; or, on peut se demander quel autre sens a la crèche de Noël!
 
Il faut savoir que dans les pays du sud, le sapin, qui vient du nord, n’est pas une tradition: on n’a que la crèche. Faut-il en conclure que la laïcité consiste en France à rejeter ce qui est propre aux pays du sud et à autoriser ce qui vient du nord? Ou que l’Évangile est spécialement rejeté, tandis que l’Ancien Testament, où est évoqué l’arbre du paradis, ne l’est pas? Étrange partialité.
 
En Asie, on le sait peut-être - j’en ai parlé -, chaque maison a un autel permanent qui souvent ressemble à une crèche: en Thaïlande, notamment, un petit temple contient des figurines représentant lnaekta-thailande.jpges ancêtres fondateurs de la maison, ainsi que l’ange gardien du lieu. Chaque matin, on y fait des offrandes, et toute maison qui n’a pas cet autel ou n’observe pas ce rite est considérée comme maudite: c’est par eux qu’on s’attire la bénédiction divine. Et pas seulement les maisons privées: les maisons publiques sont dans le même cas. Le lycée français de Phnom Penh possède un tel autel. Or, dans le catholicisme ancien, la crèche de Noël attirait aussi la bénédiction sur la maison. Quel maire croyant après tout accepterait d’officier dans un bâtiment qu’il regarde comme maudit?
 
Est-ce encore la laïcité qui empêche les collèges publics de France d’arborer le drapeau de la région où ils se trouvent? En Savoie, il y a trois manches, au-dessus de la porte d’entrée: un est pour le drapeau français, un pour le drapeau européen, et celui du milieu reste vide! Mais pourquoi ne pas ajouter celui de la Savoie? Cela ne peut pas être relatif à la laïcité, puisque le drapeau européen a été dit la représentation des étoiles qui entourent le front de Marie. Pourquoi le cacher? C’est simplement parce que la culture de la Savoie n’a pas réellement droit de cité dans l'école de la République. 
 
Pareillement, l’agnosticisme parisien s’en est pris tout particulièrement au merveilleux chrétien d’origine catholique. D’ailleurs, même au temps du gallicanisme, il en était ainsi: les Français pratiquaient un classicisme épuré, et méprisaient, rejetaient le baroque, propre aux pays du sud.
 
Je crois que ce qui compte le plus, c’est la devise de la République: Liberté, Égalité, Fraternité. Pour moi, la culture en général, les religions en particulier tombent sous le régime de la liberté. La question est de savoir si les crèches de Noël sont la manifestation d’une croyance libre, d'une part, si elles contraignent à y croire, d’autre part. Le reste me paraît pure littérature.

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14/12/2014

Rudolf Steiner et les habitants de la Lune

steiner.jpgRudolf Steiner ne croyait pas aux extraterrestres, ou à ce que nous nommerions tel: il affirmait qu’il n’y avait pas d’hommes sur les autres planètes. Mais il y avait bien des habitants: des êtres spirituels. Il a en particulier évoqué ceux de la Lune, les plus proches de ceux de la Terre, et il en a dit ce qu’en avait déjà dit, en son temps, Cyrano de Bergerac: ils se sont mêlés aux hommes dans les époques anciennes, leur inspirant diverses choses grandioses, avant de retourner sur leur astre.
 
Dans une conférence donnée à Vienne le 30 septembre 1923, il déclarait que, à l’œil intérieur, la Lune se présente comme une sorte de forteresse dans le cosmos. L’action extérieure de la Lune consiste à renvoyer vers la Terre non seulement les rayons lumineux du soleil, mais encore toutes les activités extérieures de l’univers. (Pour Steiner en effet la Lune reflétait aussi le rayonnement des autres planètes et des étoiles, des constellations.) Mais à l’intérieur de la Lune se trouve un monde clos, un monde qui, de nos jours, n’est accessible qu’à celui qui s’élève, en un certain sens, jusqu’au monde de l’esprit.

Ce monde clos est peuplé des êtres dont nous avons parlé, inspirant les hommes par la voie de l’instinct, et dont Cyrano de Bergerac (puisqu’il s’exprime de façon comparable à Steiner) a déclaré que le plus grand d’entre eux avait été le fameux démon de Socrate: celui qui lui inspirait, disait-il, l’idée de rester sur place, ou d’aller plus loin, selon ce que les dieux voulaient qu’il fît, et les rencontres qu’ils cherchaient à lui faire faire.
 
Steiner parla aussi dans cette conférence des habitants de Saturne; ils sont tels, dit-il, qu’ils conservent lC.s.lewis3.JPGa mémoire de tout ce qui s’est passé dans le système planétaire: sur eux se reflètent tous les événements qui ont présidé à la création de ce que la science habituelle appelle le système solaire.
 
Steiner dit aussi, un peu comme plus tard C. S. Lewis, que l’univers apparemment vide est plein de vie invisible, et qu’à cet égard les instruments de l’astronomie ne peuvent rien montrer. L’impression que nous ne sommes pas seuls est souvent interprétée dans la culture contemporaine par l’idée que des sortes d’êtres organiques intelligents vivraient sur d’autres mondes et nous rendraient visite au moyen de vaisseaux spatiaux incroyables; parfois cela est spiritualisé. Mais pour Steiner il s’agit d’êtres seulement spirituels, dont on sent la présence en soi, et qu’on ne peut pas déceler extérieurement, ou au moyen d’instruments. En revanche, ils peuvent venir d’astres tout proches, pas forcément de planètes immensément lointaines, comme on l’imagine en général.
 
Étranges perspectives, sans doute. Mais coordonnées avec les observations physiques, qui n’ont décelé aucune vie ailleurs que sur Terre, et avec le sentiment qu’il en existe une quand même.

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12/12/2014

Prophètes de gauche, prophètes de droite

satan.jpgJe me souviens avoir lu une préface à La Fin de Satan de Victor Hugo par Jean Gaudon, spécialiste célèbre du visionnaire, dans lequel il prétendait que Maistre était un auteur totalement secondaire et surévalué - tout en admettant que Hugo lui devait beaucoup, notamment son prophétisme. Derrière ce rejet pointait l’idée qu’au fond les seuls vrais prophètes étaient ceux qui annonçaient la démocratie, qu’ils étaient républicains.
 
Mais si c’était vrai, ce serait méconnaître ce qu’est la prophétie: voir plus loin dans l’histoire que ce que trace le gouvernement. Qui après tout peut enlever à Soljenitsyne son statut d’éclaireur, sous prétexte que, sous le despotisme des républiques socialistes, il réclamait le retour du tsar, ou du moins de la religion orthodoxe, comme plus à même de libérer l’humanité que le communisme?
 
L’individu cherche toujours à s’affranchir de l’État. Il peut se contenter de voter pour un parti autorisé, ou, lorsque les partis ne sont pas tous autorisés, se révolter de façon plus globale, en regardant dans ce qui est interdit une voie de libération.
 
Naturellement la forme figée du passé, une fois revenue, peut décevoir: Hugo en particulier le ressentit, à la Restauration, alors qu’il avait commencé par être idéologiquement maistrien. Mais il faut avouer que les Savoyards n’eurent pas un tel sentiment: leurs rois leur plurent, même au dix-neuvième siècle. Est-ce parce qu’ils ne les avaient pas directement renversés?
 
C’est ce que méconnaît Jean Gaudon: la culture catholique, sous le rationalisme froid, pesant de Napoléon, ou même déjà sous la République, était comme une bouffée d’air frais, et la royauté et ses ors pareils à un symbole perdu. Joseph de Maistre préfigurait en réalité au romantisme, qui fut d’abord Lille_PdBA_fetti_gregoire (1).jpgde droite parce qu’il s’opposait au despotisme des républicains, qui voulaient créer un nouveau culte et l’imposer à tous, sans qu’il eût pour tous le même éclat que l’ancien! Chateaubriand avait bien vu que la culture classique, dont se réclamaient encore les révolutionnaires, était morte; et Maistre au fond ne se réclamait pas tant du classicisme que du Moyen Âge. Il n’y a qu’à lire pour s’en convaincre son Du Pape, une sorte d’épopée à la gloire des papes de l’âge gothique. Il disait leur règne d’une longévité exceptionnelle, et l’on sentait, dans ses pages, la présence constante du Saint-Esprit, derrière eux! Le livre se termine d’ailleurs par un éloge exalté des Saints et de la Vierge - dans lequel il cite Dante, François de Sales, le Coran, Klopstock, des écrivains de diverses religions, mais surtout, plusieurs écrivains médiévaux, ou se réclamant du Moyen Âge.
 
Jean Gaudon, ou d’autres, peuvent dire, s’ils veulent, que ce merveilleux chrétien n’a plus d’impact sur l’âme, qu’on le brandit seulement pour des motifs politiques, qu’on l’instrumentalise; mais comment cela serait possible, s’il ne parlait pas encore au peuple? C’est aussi le mépris du peuple qu’il émeut encore qu’un tel postulat traduit: la volonté de le rejeter, de le retrancher de la nation, de le faire taire.

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10/12/2014

Boèce et l’Homme perdu dans l’immense univers

Boethius (1).jpgOn dit souvent que la science moderne a démontré que l’homme n’était rien dans l’univers, que l’héliocentrisme notamment a mis fin à l’idée que les astres tournaient autour de l’homme pour lui.
 
Mais peut-être qu’il n’a pas empêché la pensée moderne d’être centrée sur elle-même et de fantasmer des infériorités chez les penseurs anciens; car j’ai lu récemment, dans la Consolation de la Philosophie, de Boèce (470-524), que la Terre n’était qu’un point infime dans l’univers, lequel était énorme, comme l’avait dit Ptolémée: de telle sorte que les actions de l’être humain pouvaient apparaître comme dérisoires, insignifiantes. Il ajoute que seul le quart de la planète est peuplé, et que dans ce quart innombrables sont les barbares qui n’ont jamais entendu parler de l’Empire romain ou ne savent pas du tout ce qui s’y passe, de telle sorte que ce qu’on peut y accomplir n’a pas de renommée importante, et qu’il est vain de s’y attarder. De fait, ce qui importe est l’action juste, qui fait se confondre l’homme et Dieu, lequel est toute béatitude et toute bonté - dit la Philosophie présentée comme une belle dame radieuse, dans le texte.
 
L’être humain était donc loin, dans l’antiquité, de se croire aussi important qu’on le prétend. Mais il en est surtout ainsi chez les chrétiens - dont Boèce était. La Terre misérable ne leur semblait qu’un bref passage. Il faut admettre que pour les philosophes païens, la cité où ils se trouvaient était souvent le boethius.jpgseul lieu qui importait dans le monde; Cicéron en particulier donne l’impression d’y croire pour Rome. - Mais aujourd’hui encore, sans doute, il existe des Français qui croient que Paris est le pivot de l’univers, et que tout ce qui s’y passe est d’une importance majeure, que Dieu s’y exprime prioritairement!
 
On m’a fait remarquer que Boèce était un homme cultivé, et que notre époque a la chance d’avoir un système éducatif qui révèle à tous non que ce qui se passe à Paris est important pour le monde entier, bien sûr, mais que l’homme n’est qu’un point infime dans l’univers. Mais il faut d’abord dire que Boèce a été lu et approuvé par tout l’Occident médiéval, et que ses enseignements sont passés dans la théologie catholique, laquelle ensuite était diffusée au peuple par les curés, à l’église: il faut donc admettre que le Moyen Âge était plus intelligent que les Français modernes qui croiraient que ce qui se passe à Paris a une résonance jusqu’au fond du cosmos - et qui heureusement ne sont pas nombreux et comptent parmi les moins instruits de France.
 
De toute façon postuler un peuple qui penserait autrement que Boèce est hasardeux, puisque ce peuple n’a laissé aucun écrit. Si on le conjecture, c’est qu’on est content de pouvoir se penser un peu plus le centre de l’univers que les gens d’autrefois, étant plus intelligent!

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06/12/2014

Noms de baptême de nos dynasties

421.jpgÀ travers les noms des princes, on peut établir des constantes, des tendance spirituelles profondes. Il est remarquable que la France soit en quelque sorte restée bloquée sur le nom Louis, le multipliant à l’infini, comme si la force du modèle originel était à Paris énorme; car Clovis était la forme ancienne de Louis, et saint Louis étant déjà le neuvième du nom, après lui on tendit à prendre son nom pour saisir son éclat. Après Louis XIV il devient même difficile d’être légitime sans s’appeler comme lui, et il est remarquable que cette fixation soit allée de pair avec la chute de la Maison de France, comme si la monarchie était dans l’incapacité désormais de se renouveler, comme si elle était immobilisée à la façon d’une statue, d’un robot.
 
L’autre Louis célèbre avant le Saint est le Débonnaire, fils de Charlemagne - et l’autre nom qui s’est multiplié est justement Charles.
 
En Savoie, il en est allé différemment. On a cherché au contraire à éviter les redites. Les Amédée se sont succédé jusqu’au neuvième, mais deux siècles plus tard que Louis IX de France; et ensuite, on a adjoint, aux noms traditionnels, des noms qui ressemblaient en fait à des symboles, à des emblèmes: cela a commencé avec Philibert-Emmanuel, Emmanuel étant tiré de la Bible; et pour Amédée, on lui a adjoint Victor, nom venu des anciens Romains - par exemple avec Victor-Amédée II, premier roi de Sardaigne. Ces seconds noms donnaient du lustre. Il y eut aussi Charles-Félix, plus tard.
 
Toutefois le renouvellement était-il plus grand qu’en France? Ne se payait-on pas de mots? Si à la tradition classique qui consiste à reprendre le même nom la Savoie a opposé un baroque ajoutant un nom-symbole au nom normal, on peut aussi faire remarquer le caractère vide, ou de plus en plus tel, de cette pratique, puisque, finalement, le nom qui s’est imposé est celui de Victor-Emmanuel, c’est-à-dire l’assemblage de deux noms-symboles venus des temps anciens. Ironie du sort, les Victor-Emmanuel sont justement les rois de Sardaigne dont le pouvoir a été le moins effectif.
 
Paradoxalement, le dernier roi à avoir réellement gouverné fut Charles-Albert, qui avait adjoint à son nom normal - Albert -, un nom qu’avaient porté des ducs de Savoie. Mais il était un Carignan, et Charles était peut-être une manière de le rattacher à la dynastie régnante.
 
L’évolution du nom des princes me paraît significative des sensibilités dominantes en France et en Savoie: le traditionalisme, la référence aux modèles, d’un côté, l’inventivité baroque, le besoin d’ajouter de l’éclat, de l’autre. Deux voies qui, lorsqu’elles sont suivies de façon exclusive, mènent également au vide, semble-t-il. Le réel est l’union des contraires, comme qui dirait; une ligne intellectuelle unique ou dissout, ou fige la pensée.

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04/12/2014

Degolio XLIX: la tentation du Génie d’or

Dans le dernier épisode de cette interstellaire série, nous avons laissé le Génie d’or alors que, prenant le temps d’observer la salle du trône où se tenait assis le roi Cyrnos, asd54938.jpgil en admirait les éblouissants détails.
 
Si le trône de Cyrnos, taillé dans un jaspe unique et orné d’acanthes d’or, soutenait la majesté de ce roi antique, elle semblait être aussi cristalliser l’âme même de la salle. La lumière y descendait d’escarboucles serties dans des colonnes d’onyx; des vitraux aux couleurs éclatantes laissaient par surcroît passer la clarté du jour, laquelle elle teintait - projetant d’étranges images, ombres d’êtres divins. Car sur ces vitraux Cyrnos avait fait peindre les souvenirs de son pays natal, au sein du Ciel; on y voyait même sa venue sur Terre, entouré des siens, en de grands vaisseaux luisants. Captain Corsica néanmoins n’y était pas visible - à moins que ce ne fût l’enfant qu’on voyait dans les bras d’une femme à la pure beauté!
 
Soudain le Génie d’or sentit en lui une âpre pulsion de jalousie: l’homme mortel qui sous sa conscience vivait s’éveillait, et laissait passer en lui ce souffle. Car Charles de Gaulle, percevant ces merveilles, brûla de s’en emparer, et trouva injuste qu’elles fussent réservées à des êtres démoniaques n’ayant point le droit réel d’habiter la Terre, propriété des hommes. Il éprouva l’implacable désir de s’asseoir sur le trône de Cyrnos - et le Génie d’or en fut troublé. Cependant, il se concentra sur la Dame qui l’avait envoyé, et cela apaisa son cœur - et par contrecoup celui de Charles. Car elle parut sourire, et lui envoyer des rayons bienveillants, dont s’exhalaient des parfums.
 
smoke demons fantasy art artwork ghost_www.wallmay.net_72.jpgUn instant une vapeur vague et noire s’échappa des membres de Solcum, telle une ombre - et Cyrnos la vit. Alors un rayon sortit de son œil, qui aussitôt l’anéantit: elle fut morcelée en une poussière qui brièvement brilla, avant de disparaître.
 
Il s’était agi, en vérité, d’un spectre né de la pensée envieuse de l’hôte mortel: il s’était formé, et s’apprêtait à se répandre dans le palais du roi; fort heureusement, il n’en avait pas eu le temps: dès qu’il l’avait vu, Cyrnos l’avait détruit!
 
Sous son masque, le Génie d’or soupira; mais Cyrnos sourit, et Captain Corsica, comprenant soudain ce qui s’était passé - les choses sur le moment étant allées trop vite -, fit de même. Le feu bleu qui luisait sur le casque du Génie d’or, lorsqu’il les vit, s’accrut. En lui les autres distinguèrent la joie, le ceignant, le pénétrant comme une clarté; son âme s’ouvrit, et ce fut comme s’il riait. Un poids s’était envolé!
 
Alors Cyrnos parla, et de sa voix mâle et pleine il annonça au Génie d’or qu’il le regardait comme son intime ami, désormais. Il avoua qu’il l’admirait d’avoir mêlé sa destinée à celle des mortels comme il l’avait fait - volontairement.
 
Mais la suite de son discours ne pourra être livrée qu’une fois prochaine.

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02/12/2014

Hommes du futur et anges du présent

11175_1047087.jpegJ’ai déjà évoqué le film Interstellar, de Christopher Nolan, qui présente les hommes du futur comme étant parvenus à remonter le temps à volonté, et comme ayant pu ainsi devenir en quelque sorte les bons anges des hommes d’aujourd’hui. Naturellement cela ne fonctionne qu’à travers des apparitions spectrales, même si les théories physiques du film tendent à le masquer. Mais des auteurs de science-fiction sont allés plus loin, tombant dans une fantaisie souvent pleine de charme, quoique peu crédible. L’excellent Gérard Klein a par exemple publié un roman entièrement fondé sur une telle idée, Les Seigneurs de la guerre - qui est bien écrit, dans un style racinien et abstrait. Une femme du futur y joue le rôle d’une bonne fée: elle sait tout du héros, et l’aime alors qu’il ne la connaît pas du tout. Le ressort en est mythologique, et au fond, a-t-on l’impression, les théories qui justifient une telle situation ne sont là que pour créer une situation où enfin le spirituel se confond avec le matériel: car comme disait saint Augustin, le futur n’existe pas: il n’est que le présent de l’attente; son existence est purement intérieure; seul le présent existe!
 
Il devait sembler fort de café à Lovecraft qu’un corps de chair et d’os s’affranchît des lois du temps qui précisément s’appliquent aux corps physiques, car lorsqu’il a évoqué le voyage temporel, dans The Shadow out of Time, il a présenté des Grands Anciens ayant acquis le pouvoir de transporter leur conscience dans différents corps, par delà le temps et l’espace: ils peuvent parler depuis le passé aux consciences st.jpgcérébrales insérées dans le présent sous forme de rêves, de chuchotements…
 
Olaf Stapledon, dans Last and First Men, choisit une image intermédiaire: les messages des êtres supérieurs viennent des hommes du futur, qui ont aussi appris à faire voyager leur pensée dans le temps; mais pas leur corps: il s’agit encore de force spirituelle.
 
Il y a là certainement un motif puissant, qui parle en profondeur à l’être humain. Selon Rudolf Steiner, après la mort, l’âme remonte le temps et rencontre les actions effectuées pendant la vie, mais, cette fois, elle n’est plus leur auteur, mais leur objet: elle les subit. Elle souffre quand des fautes ont été commises: elle en ressent les effets nocifs. Cela se retrouve dans le film de Christopher Nolan: quand le héros se voit agir de travers, il en est profondément meurtri; son nihilisme ancien a consisté à nier ce qu’il est à présent sous une forme autre, impalpable - et il en est désespéré, il se fait d’amers reproches! Hélas, il est trop tard.
 
François de Sales eût dit que le bon ange, qui voit l’avenir, assurément répercute ces reproches: chacun est face à lui-même. Pour l’évoquer, pas besoin de trou noir, sans doute: c’est surtout une béquille narrative pour faire vivre cette expérience à un spectateur davantage nourri de théories quantiques que de concepts mystiques.

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