07/01/2015

Multiple était la lune d’Hervé Thiellement

blackcoat381-2015.jpgJ’ai déjà évoqué Hervé Thiellement, qui fut professeur de biologie à l’université de Genève et qui se consacre à l’écriture de romans de science-fiction humanistes et marqués par ses méditations sur l’évolution. Il vient juste de sortir son meilleur livre, Multiple était la lune - suite de Le Dieu était dans la lune. À nouveau la lune qui se prend pour Dieu inquiète la galaxie, qu’elle veut assujettir à sa volonté par ses pouvoirs grandioses. Car ayant évolué, elle a senti s’éveiller en soi la multiplicité des personnalités, comme si elle donnait naissance à diverses espèces dont elle était l’unique esprit. Et son orgueil fait d’elle une sorte d’ange rebelle!
 
Les êtres pensants auront fort à faire pour déjouer ses plans odieux. Mais la lutte est acharnée, et c’est ce qui en fait le mieux composé des récits d’Hervé Thiellement: car le suspense est ardent, la lune tombant dans une mégalomanie qui en fait une méchante superbe. On est très pris! Comme l’auteur fait parler la lune, fait entrer dans ses pensées, son image s’approfondit dans l’esprit, et marque. L’aspect satirique certes est présent, mais pas au point d’empêcher cette figure du mal de se déployer dans l’âme et de créer de l’angoisse.
 
C’est d’autant plus impressionnant qu’Hervé Thiellement, rejetant le style académique - le langage d’instituteur dans lequel s’est souvent enfermée la science-fiction -, affecte une langue naturelle, spontanée, populaire, drolatique, et qu’il évoque des mœurs simples et normales, fondées sur le plaisir, l’amour, la fraternité: le contraste avec cette lune fanatique est frappant.
 
Ce monde contient un merveilleux authentique, avec par exemple des arbres pleins de sagesse dune.gifs’unissant en esprit collectif dont les hommes tirent une instruction majeure - et, comme nous l’avons dit, des corps célestes doués d’âme.
 
Hervé Thiellement reprend aussi avec humour des éléments connus du genre, telle la planète désertique créée par Frank Herbert, pleine de vers dont les excréments servent d’épices hallucinogènes aux hommes - ou alors de remèdes. Une planète est habitée de Nains de Jardin, dans la tradition de la fantasy; une autre de cloportes pensants dont le comportement finalement anodin et très humain rappelle beaucoup la Métamorphose de Kafka: on se souvient que la première pensée de Grégoire Samsa, en se voyant transformé, est pour son patron: il s’inquiète de sa réaction!
 
Un livre qui fuit toute pompe, qui raille l’exaltation religieuse, mais n’en parvient pas moins à créer une galaxie pleine de vie, de couleurs, de tendresse. D’ailleurs les dernières pages évoquent un ordre cosmique qu’on ne peut rompre et qui de lui-même suscite des remèdes aux errements de ses particules. Une fin optimiste et qui au bout du compte est d’un spiritualisme plus authentique que ce qui souvent s’affiche comme tel.

12:02 Publié dans Culture, Fiction, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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