15/01/2015

Degolio LII: la vie de Paul Colibut, picard

Captain_Atom_Vol_2_1_Textless.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé le Cyborg d’argent, Paul Colibut, alors qu’il racontait, à Captain Corsica, au Génie d’or, à Cyrnos et à Tilistal, son existence – cherchait à leur faire comprendre comment il en était venu à se rallier au terrible Fantômas. Il évoquait son enfance à Saint-Quentin, en Picardie, et son manque d’enthousiasme face à ce qu’on lui enseignait à l’école publique; il poursuivit comme suit.

Un jour un de mes instituteurs me raconta la vie et les exploits de Mandrin, le célèbre brigand dauphinois, et aussi de Raoul de Cambrai, dont une chanson de geste sauvage a été composée au Moyen-Âge, et qui était d’une violence extrême, les hommes y suivant les principes de l’honneur et de la vengeance, à la mode des anciens Francs. (Ne s’étaient-ils pas installés nombreux, au nord de la Seine?) Je sentis dans ces personnages une force qui se communiquait à moi, et qui donnait une direction à ma rage, à mon dépit.

Je commençai à fréquenter des jeunes gens de mauvaise vie, tombai dans la délinquance. Je pensais exercer ma liberté - et me promettais toujours, comme Robin des Bois, de donner ce que je prenais aux pauvres. Et ne le faisant pas, j’estimai du moins que voler était pour moi un droit, puisque je n’étais pas si riche, ni si glorieux à l’école - qui ne me semblait faite que pour les fils de bonne famille. Mon père était ouvrier, ma mère réceptionniste dans une administration hospitalière; ils étaient sérieux et simples et gagnaient normalement leur vie, mais ils n’appartenaient pas aux gens brillants que les instituteurs donnaient inconsciemment pour modèles - en se projetant sur ces grands hommes qui, ayant réussi leurs études à Paris, y étaient restés et menaient à présent une carrière grandiose. Ils évoquaient ces gens éblouissants qui, depuis la capitale, avaient réformé la France, l’avaient refondée, en avaient fait une république juste, égalitaire; ils étaient, disaient-ils, sans-titre.pngparvenus à réaliser l’idéal qu’ils avaient porté dès l’enfance, alors qu'ils habitaient encore dans leur province, et on devait les honorer infiniment! Or, comment avaient-ils fait? À coup sûr, ils avaient brillé par leurs résultats dans l’école de la République.

Hélas, ce n’était pas mon cas! J’avais compris que je ne ferais pas partie de ces hommes d’élite, et comme je ne voulais pas pour autant n’être personne, mes modèles devinrent Mandrin et Raoul de Cambrai!

Je commis quelques vols, plusieurs escroqueries, participai même au cambriolage de riches maisons pendant que leurs propriétaires étaient en vacances. Officiellement, j’étais apprenti dans un garage; mais la nuit, et mes jours de congé, je menais mes petites affaires, fomentais mes larcins.

Quand la guerre avec l’Allemagne fut déclarée, j’étais encore trop jeune pour être incorporé; le désordre qui alors régnait ne m’empêcha pas de poursuivre ma petite carrière de malfaiteur - même s’il la compliquait.

Le récit de Paul Colibut doit néanmoins s’interrompre; il reprendra une autre fois.

09:41 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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