19/01/2015

Spiritualité laïque de Ferdinand Buisson

Ferdinand_Buisson_(1841-1932).jpgLe concept moderne de laïcité, tel qu'il fut créé à Paris au dix-neuvième siècle, vient essentiellement, dit-on, de Ferdinand Buisson (1841-1932), Parisien qui se rattacha au protestantisme libéral, et qui, à la demande de Jules Ferry, prit la tête de la Ligue de l'Enseignement et promut une philosophie qui ne gardait des religions que la conscience morale. Projet qui n'était pas sans rappeler celui de Rousseau dans La Profession de foi du vicaire savoyard, de celui de Voltaire dans son Dictionnaire philosophique.

Pourtant, dans ses contes, le second adorait exploiter le merveilleux pour faire passer ses idées, et le premier, dans le Contrat social, - prenant en exemple l'Iran - affirmait que la peur de l'enfer et l'espoir du paradis était un ressort profond et salutaire de la vie morale. Paradoxe?

Voltaire bien sûr utilisait le merveilleux à des fins rhétoriques et par fidélité à l'esthétique classique, sans réellement y croire, et Rousseau ne l'utilisait quasiment pas. Cependant, le romantisme montrera tout ce qu'a de nécessaire, pour l'âme humaine, la dimension mythologique, lorsqu'il s'agit d'éveiller au bien et au mal. Car si ceux-ci sont constitués de listes, ils apparaissent comme arbitraires. Et les injonctions d’État n'y changent rien: on n'adhère pas à une doctrine parce que l'autorité le veut, mais parce qu'elle paraît vraie.

Henri-Frédéric Amiel, romantique tardif, ne croyait pas du tout au protestantisme libéral: pour lui, toute religion, et tout système moral reposait sur une mythologie - celle que contiennent les textes sacrés. La philosophie qui reste dans le cerveau ne s'enracine pas dans le cœur - demeure lettre morte.

En Savoie, trois siècles plus tôt, François de Sales reprochait justement aux Stoïciens - si à la mode alors en France - de prêcher pour l'intellect seul: sans l'amour de Dieu et la ferveur émanée des imaginations pieuses, la morale reste dans le crâne: elle ne descend pas dans les membres – ne s'imprime pas dans l'action.

Doit-on le regretter? À quoi bon? C'est une constante de la nature humaine.

C'est en vérité le véritable enjeu de l'école de la République: trouver une mythologie qui illustre la Liberté, l’Égalité, la Fraternité. Victor Hugo a montré la voie, à cet égard. Il faut, à sa suite, inventer un merveilleux républicain; les grands républicains historiques doivent pouvoir être présentés comme inspirés par le génie céleste de la Liberté, par exemple: c'est un enjeu plus fondamental qu'on croit.

07:03 Publié dans Culture, Education, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.