23/01/2015

Réception de Victor Hugo (catholiques et républicains)

planete.jpgCertains catholiques, je crois, rejettent l'idée d'un merveilleux républicain, telle que je l'ai énoncée récemment. La rage qui s'exerçait contre le Victor Hugo visionnaire venait surtout de ce camp.

En un sens, les catholiques français furent essentiellement classiques, et ennemis du romantisme. Ils ne voulaient pas que leur merveilleux propre fût mis en concurrence avec les imaginations profanes. Même Joseph de Maistre n'eut pas l'heur de les satisfaire, parce qu'il sondait Dieu à sa manière, en tâchant de rester fidèle à la doctrine, mais sans se contenter de reprendre telles quelles les images traditionnelles.

Mais comment réagissaient les amis de Victor Hugo, face à ses poèmes visionnaires? Comment réagissait le camp républicain? Jean Gaudon, dans sa postface aux Contemplations, l'a dit clairement: ils gardaient un silence gêné. Ils demeuraient prudemment dans l'agnosticisme bourgeois, le protestantisme libéral cher à Ferdinand Buisson, et ne voulaient pas faire concurrence à l’Église dans la sphère du merveilleux et des visions prophétiques - mais simplement supprimer ce merveilleux, qu'ils regardaient comme inutile.

Quand, après 1871, ils sont arrivés au pouvoir, ils ont appliqué leur pensée propre: pas celle de Victor Hugo. Mais celui-ci avait compris qu'une philosophie qui ne s'enracinait pas dans les strates cachées de l'univers et ne s'exprimait pas à travers une mythologie restait lettre morte. Le peuple, en particulier, lui resterait à jamais fermé, quelques trésors d'attention qu'on déployât dans l'école publique. Il l'a site_3.jpgexprimé dans Claude Gueux, lorsqu'il a réclamé qu'on apprenne à lire au peuple: qu'on crée des écoles! Car la science sans la conscience, disait-il, ne servirait à rien, voire serait pire que l'ignorance, puisqu'elle apprendrait aux malfaiteurs à exécuter plus efficacement leurs méfaits. Il tenait le raisonnement du clergé savoyard à la même époque: car il était réellement favorable à l'instruction populaire. Il fallait, assurait Hugo, que le peuple lût l’Évangile.

Sans doute, cela ne serait guère possible actuellement: les résistances seraient trop fortes. Mais Hugo par la suite (Claude Gueux date de 1830) a construit lui-même une mythologie qui adaptait cet Évangile à l'époque moderne: Amiel ne fit jamais d'autre lecture des Misérables. Plutôt que d'effacer les passages où Jean Valjean est accueilli par les anges, comme je l'ai vu faire, il faut pleinement assumer le caractère de légende républicaine de cette œuvre, son essence épique.

07:53 Publié dans Culture, Société | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

Commentaires

Soyez, Rémi Mogenet, simple commentateur sur blogs. Ecrivez qu'il ne faut pas effacer "les passages où Jean Valjean est accueilli par les anges"! Vous n'aurez pas longtemps à attendre avant de voir se ruer tels moustiques par soirs d'été sur vos lignes les trolls (sous pseudos, toujours)! de service sous prétexte erroné de "laïcité" avec mission "ambitieuse"! de déchristianiser et déreligionaliser la société. Un personnage politique suisse côté EPFL invitait, lui, à démythologiser...

Restait à savoir à quelles classes sociétales il songeait... et pourquoi?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 23/01/2015

Les commentaires sont faits pour la conversation, la discussion, les débats houleux, c'est normal.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/01/2015

Toutes les personnes déçues, ne recevant pas de réponses à leurs attentes, ou déçues, etc., mais qui cherchent la vérité (non d'"église"! ne baissent pas les bras (tout en ayant mieux à faire qu'à démolir sans rien apporter). Elles vont voir ailleurs en itinéraire spirituel (l'homme qui voit) en même temps que sociétal (l'homme qui marche) sachant bien que ce qui de la foi ne joue pas en nous, au moment qu'il faut ("séparer le bon grain de l'ivraie!) tombe, s'effondre (pour l'hindouisme de par l'action de Civa, transformateur plus que destructeur, et sa dimension féminine, shakti, qui "détruit l'erreur")!

Laisser les gens dans le noir... sans repères par "goût pour les débats houleux"?! Ne jamais faire aux autres... ou accorder aux autres(...) le droit, revendication légitime, de voir par eux-mêmes en cours de vie, d'"apprentissage" (la vie n'est-elle pas une Ecole?)! ce qu'ils ont à croire ou non (sans oublier cette "part d'imprévisible" chère à Jung!

Je ne changerai pas d'avis,
Vous non plus (on croit l'avoir saisi)!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 23/01/2015

On peut attendre de la vie qu'elle enseigne à chacun les propriétés de la matière, pourquoi pas? On peut découvrir soi-même que l'eau bout à cent degrés, ou qu'en allemand le j se prononce comme un y en français. Mais ce n'est pas le choix que font les pays civilisés. Il existe aussi une science morale, il est bon de l'enseigner.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/01/2015

"Il existe aussi une science morale, il est bon (urgent d'y revenir) de l'enseigner": qui pourrait vous donner tort?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 23/01/2015

Mais si cela ne passe pas par des représentations imagées, le génie de la liberté posant sa main sur le front des républicains historiques, cela restera lettre morte, car éduquer n'est pas simplement informer.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/01/2015

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