31/01/2015

Degolio LIII: la suite du récit de Paul Colibut, picard

7472851954_d6c2dff7d5_b.jpgDans le dernier épisode de cette série à vocation somme toute très sociale, nous avons laissé Paul Colibut - dit le Cyborg d’argent -, alors qu’il racontait sa vie à nos deux héros, Captain Corsica et le Génie d’or - ainsi qu’à Cyrnos (roi de la Corse occulte) et à Tilistal son médecin. Le récit se poursuit: il en est au moment où, la guerre ayant été déclarée, il poursuit sa carrière de petit malfaiteur, de voleur, de délinquant, tout en suivant une formation de mécanicien-automobile.

Bientôt j’atteignis la majorité et obtins le droit d’être salarié; mais je préférai la voie du crime, et un jour, à Amiens, je braquai une bijouterie avec deux complices. Or le bijoutier, lorsque nous fûmes ressortis de son magasin, se précipita sur nous avec un fusil à la main, et tira: je pris la balle dans l’épaule, mes deux camarades m’emportèrent tant bien que mal et me laissèrent à un médecin de leur connaissance.

Il me soigna, mais j’eus la fièvre, et pendant plusieurs jours je délirai, j’avais des hallucinations. Or, au sein de celles-ci, un visage étrange m’apparut, qui avait deux yeux de braise et de longues dents blanches, mais dont les traits étaient indistincts - et il semblait ricaner, se moquer de moi. Je me réveillai en sueur.

Un soir, plus tard, alors que je commençais à aller mieux, je fus témoin d’un phénomène singulier, qui me donna la chair de poule: dans l’obscurité, une forme noire traversa le mur de ma chambre, et parut me regarder fixement. Je reconnus les yeux et le sourire abject de l’être que j’avais vu en rêve. Terrifié, j’allumai - la forme avait disparu. Mais à partir de ce moment j’eus peur de m’endormir, et même d’éteindre.

Or, cela se répéta, et je me crus fou, ou possédé. J’allumai, et à chaque fois la forme avait disparu; elle m’avait pourtant paru si vivace, si expressive, dans le noir!

J’avais toujours une carafe d’eau à mon chevet. Il me sembla qu’elle se vidait plus vite que je n'y buvais, comme dans la célèbre nouvelle du Horla que j'avais lue à l'école, et je songeai que la créature que Maupassant décrit devait être réelle, et que je l’avais rencontrée!

Mais un soir, il se passa quelque chose de plus extraordinaire encore: cet être qui venait à moi en 2134193-darkseid.jpgtraversant les murs, je l’entendis me parler! Il chuchotait, et ricanait doucement, et je ne comprenais qu’à demi mot ce qu’il me disait. Mais j’étais sûr qu’il était là, qu’il me parlait, et cette fois, quand j’allumai, une forme sembla rester quelques instants, comme une vapeur, une fumée qui avait une vague figure d’homme.

Or la nuit suivante, il se produisit la même chose, mais, de la vapeur, de la fumée, de la brume obscure, un visage terrifiant sortit - et c’était celui de Fantômas!

Je ne le connaissais pas, alors; mais c'est la première fois que je le vis si distinctement - avec ses ordinaires yeux cruels et moqueurs, son sourire démoniaque, sa forme dont les contours semblent se modifier à chaque instant mais qui est constamment retenue par des fils d'argent en réseau - ainsi que vous l'avez perçu vous-mêmes.

Il ouvrit la bouche, et ses paroles me parvinrent; je tressaillis, car sa voix était effrayante, comme sortie d’un gouffre, et elle grinçait comme une vieille porte qu’on ouvre au sein d’une cave.

Hélas le récit du Cyborg d'argent doit s'interrompre ici pour le moment.

08:35 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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