04/02/2015

Les tabous de l’imaginaire en France

stan-lee-young.jpgIl est impressionnant que les Anglo-Saxons fassent, dans le fantastique, feu de tout bois, qu’ils n’aient que peu de tabous, d’inhibitions. Le monde des super-héros créé par Stan Lee, par exemple, s’appuie bien sûr sur les prodiges de la science moderne – le merveilleux scientifique -, mais aussi sur les mythologies païennes, en particulier scandinave, avec le célèbre Thor. La Bible même est présente, avec des personnages de vilains cosmiques qui viennent de pharaons ayant acquis des pouvoirs magiques, ou la figure du Veilleur qui vient en aide aux êtres humains dans la difficulté face au mal, bien que cela lui soit en principe interdit. Captain America évoque Jésus-Christ comme un parangon de toutes les vertus.

La Légende dorée sans doute ne s'y trouve guère: mais ce n'est pas par rejet; plutôt parce que la culture en est regardée comme étroitement liée au catholicisme.

Tout de même, quelle différence avec les écrivains français, qui semblent paralysés dès qu’on sort des fantasmes issus de la machinerie moderne - qui transpirent et tremblent dès qu’on entre dans le mythologique ancien! La science-fiction en France est agnostique, et n'entend conjecturer que dans les limites du rationalisme cartésien. Quant aux écrivains catholiques, ils demeurent dans un monde Robert_Marteau.jpgmoral abstrait, qui rechigne à l'imaginaire.

Il existe des exceptions: mon ami Robert Marteau, qui était très catholique, se réclamait, dans sa poésie, des anciens dieux, les regardant plus ou moins comme des anges du Seigneur. Il affectionnait en particulier la mythologie grecque, mais pouvait en évoquer d’autres, et bien sûr il se référait au merveilleux chrétien. À cet égard, du reste, il apparaissait comme peu français: il s’appuyait plutôt sur la tradition espagnole. Toutefois, les mythologies modernes, comme les Anglo-Saxons en ont produit, lui répugnaient: il demeurait classique. Bien qu'il en appréciât la floraison imaginative, il rejetait la science-fiction, qui lui paraissait philosophiquement fausse, et ne supportait pas même Teilhard de Chardin.

Certains se demandent ce qui manque à la littérature d’imagination en France; mais si on compare avec les Anglo-Saxons, ou avec le romantisme allemand, cela apparaît clairement: elle a trop de tabous - trop de principes a priori, qu'ils viennent du catholicisme ou du scientisme - du positivisme du dix-neuvième siècle. Soit la science-fiction y reste dans la travée des théories qu'admet la communauté scientifique; soit elle se déconnecte complètement des religions traditionnelles – entrant alors dans une nuée vague, incertaine, qui se veut rationnelle mais où rien de clair ne se manifeste parce que les auteurs ont peur, comme autrefois les Surréalistes, de se recouper avec des religions connues. Même les mythologies païennes leur font peur – notamment celle des anciens Germains. Or elles parlent encore beaucoup au cœur.

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