08/03/2015

Degolio LVI: le pacte de Fantômas

4.jpgDans le dernier épisode de cette effroyable série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alors qu'il racontait au Génie d'or et à ses amis comment il en était venu à subir sa métamorphose en homme-machine – et il en était au moment où, sorti d'un hôpital où il avait été soigné d'une blessure par balle, il était entré, à la demande de son médecin, dans une pièce étrange où se tenaient déjà des sortes de candidats à une initiation - autres âmes perdues, êtres déclassés, en marge de la société. Il poursuivit.

Les autres étaient assis autour d'une table en chêne vernis, et fumaient. Lorsqu'ils me virent, ils m'accueillirent comme un des leurs: on leur avait parlé de moi. Et nous entreprîmes de discuter sous la direction du médecin qui nous avait tous amenés.

Or nous sentîmes bientôt, au milieu de nous, une présence; et comme notre guide connaissait les arts médiumniques, il assura qu'il s'agissait de Fantômas – qui, à distance, se projetait parmi nous. Et au bout d'une heure, nous vîmes distinctement sa forme, dans la fumée du tabac. Il parut articuler quelques mots, mais sa voix était étouffée et comme lointaine, et nous ne le comprîmes pas. Notre maître 11002585_753714684724547_6261368078094075629_n.jpgdut expliquer ses paroles: il nous encourageait, disait-il, à exécuter ses desseins, et à nous engager pour former une nouvelle armée de surhommes - augmentés par la machine! Par ce moyen, ajoutait-il, l'humanité serait délivrée - et elle nous en garderait une éternelle reconnaissance, pionniers que nous étions!

Lorsque la forme eut disparu, nous rentrâmes chez nous. Puis nous nous revîmes, au même endroit, et des scènes semblables eurent lieu.

Peu à peu, je me laissai gagner; mais j'hésitais encore: tout cela me paraissait inquiétant, bizarre; cela pouvait être une sorte de cauchemar, de mensonge. Fantômas, quand il nous apparaissait, avait quelque chose de beau, de séduisant- mais aussi de repoussant. Son rire en particulier était déplaisant, et quand nous y répondions, c'était comme malgré nous.

Néanmoins, trois de mes camarades acceptèrent avant moi de signer; et nous étions cinq. Le médecin paraissait s'impatienter. J'hésitais trop; il commença à me faire des reproches, à me parler de la chance que je laissais filer!

Un soir, dans un café où je m’étais attardé, je rencontrai une femme belle et grande, qui vint à moi, et me sourit. Nous nous liâmes, et je tombai amoureux. Apparemment elle m’aimait, elle aussi, et on eût dit qu'elle me connaissait mieux que je ne me connaissais moi-même, comme si elle m'avait rencontré dans mon propre futur! Rien dans ma destinée ne semblait lui être inconnu. Je m'interrogeais: d’où cela venait-il?

Alors elle me révéla qu’elle était une disciple de Fantômas, et qu’elle m’avait vu à distance grâce à des boules de cristal magiques - dont l'art, encore inconnu aux mortels, avait été enseigné à Fantômas par des Puissanc005d0d3197736d745e1329423c58c0ee.jpges stellaires. Or, elles dévoilaient les choses de l'avenir! Elles entraient dans le fond des âmes! Le passé obscur par elles lui apparaissait! Ainsi m’avait-elle trouvé plein de charme: ainsi était-elle tombée amoureuse de ma riche personnalité. Elle l'avoua sans rien me cacher: s'en étant aperçu, Fantômas l’avait encouragée à me rencontrer - et elle lui avait obéi.

Elle me ramena dans la loge secrète tapissée de rouge où j'avais vu si souvent susciter l'esprit de l'immortel, et cette fois il y vint en personne: il se matérialisa complètement. Or, cette fois, après lui avoir parlé seul à seul, j’acceptai de signer l’accord de faire de moi un homme-machine! De passer ce pacte avec le diable d'un nouveau genre! Et il en fut ainsi: le médecin accourut, et j'apposai ma signature au bas d'un document l'autorisant à exercer sur moi diverses expériences.

Je sus à ce moment que ce médecin était comme un suppôt de Fantômas, comme une coque vide, qu'il accueillait son esprit, et qu'à plus d'un égard les deux se confondaient. Cela me fut révélé comme par un éclair.

Mais il est temps de laisser pour cette fois ce récit.

10:11 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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