26/03/2015

Le latin à l'école

Rome.jpgLe gouvernement français a, dit-on, l'intention de supprimer l'option Latin dans les collèges. Beaucoup s'en émeuvent, et en principe comme j'aime le latin ils ont ma sympathie. Mais la vérité est que leurs arguments les plus visibles m'ont choqué et agacé, car ils défendent le latin dans ce qui m'a toujours paru le moins défendable: il aurait une portée civique parce que l'ancienne Rome serait à l'origine du régime politique français. Cette idée m'a toujours heurté, parce qu'en réalité elle conçoit l'enseignement comme invitant les jeunes générations à vouer une sorte de culte au système en cours, comme donnant à celui-ci une force de fétiche immortel.

En outre, au sein même du latin, cela renvoie à la partie la plus ennuyeuse de son enseignement: l'étude des institutions romaines. Je ne dis pas qu'on ne peut pas y trouver de l'intérêt, surtout lorsqu'on observe de quelle manière ces institutions ont été originellement mises en place: car l'Esprit présidait à leur fondation. Mais l'enseignement officiel se contente d'avoir sur ces institutions un regard technique, n'y scrutant pas spécialement l'âme profonde - n'y cherchant pas la figure de Jupiter. D'ailleurs l'histoire romaine elle-même est remplie d'indications d'évolutions institutionnelles qui ne sont au fond utiles que pour les anciens Romains: Tite-Live peut être passionnant lorsqu'il évoque des gestes symboliques, des actions grandioses, mais on peut comprendre que pour des adolescents, ses développements sur les procédures de gouvernement, 1024px-Maccari-Cicero.jpgle poids respectif des tribuns et de l'aristocratie, peuvent apparaître comme parfaitement abscons. Cela ne s'applique même pas correctement – bien qu'on prétende le contraire -, à la République française - et au moins la lecture attentive de Tite-Live permet à cet égard de constater un relatif mensonge. Car la République française prétend que la droite et la gauche, c'est comme le parti de la noblesse et celui de la plèbe, mais dans les faits la gauche française est aristocratique aussi, de telle sorte qu'à Paris on s'emploie plutôt à écarter du pouvoir la plèbe et à faire gouverner constamment une élite. Et la raison en est que la France n'est pas issue organiquement de l'ancienne Rome, qu'elle ne l'est que symboliquement, théoriquement, dans le discours. Son origine organique, réelle, est dans le royaume des Francs qui ont décidé de parler latin et de s'inscrire dans la lignée de la Rome chrétienne et de l'empereur Constantin. Or, à l'époquecharlemagne02.jpg carolingienne, ils ont créé une littérature latine passionnante, et tous les écoliers devraient étudier la Vie de Charlemagne d'Eginhard: un texte sublime, qui montre des Francs parfaitement fidèles à leurs coutumes propres mais désireux d'intégrer l'empire chrétien d'Occident. C'est imité de Suétone, mais c'est presque plus intéressant.

Les programmes de l'enseignement du latin sont donc assez mal faits. Les professeurs qui s'en sortent sont ceux qui les orientent vers la mythologie et la religion antique par l'étude de Virgile et Ovide ou des tragédies de Sénèque; car pour cela c'est immortel, grandiose, réellement universel. Mais les deux consuls de la république romaine n'ont rien à voir avec cet héritier de Constantin qu'est le Président de la République française - lui qui sans cesse réclame l'unité culturelle du territoire comme s'il en allait de la présence de son bon génie - au rayonnement bien sûr universel! Même Auguste ne se souciait pas de faire parler sa langue à tout le monde, il se contentait de demander aux peuples intégrés un tribut annuel, comme dans le Saint-Empire romain germanique. La France ne l'a pas réellement pris pour modèle; ceux qui l'ont fait ont produit beaucoup de discours, mais ils n'ont que peu changé le réel.

08:30 Publié dans Culture, Education, France, Politique | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook

Commentaires

Heureusement il reste Obélix et Astérix pour prouver l'existence des gaulois.
Sans oublier Vércingétorix.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 26/03/2015

La Gaule préromaine était féodale... Le Moyen Âge postcarolingien lui ressemblait.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/03/2015

Votre sujet me semble très sérieux.
Imposer le latin comme langue et le christianisme comme religion, s'est à mon avis faire preuve de soumission.
Vous me direz ... une de plus ...

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 26/03/2015

Pour ceux qui en ont les moyens tant intellectuels que socio-économiques et qui entendent connaître à fond le français... latin, il va de soi mais latin seul ou latin et grec (études classiques)?!

Les "apprentis" une fois au travail, selon leurs centres d'intérêts et salaires?! en mesure de reprendre leurs études débarrassés cette fois de la peur des mauvais résultats, remarques ou notes...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 26/03/2015

Les carolingiens étaient effectivement soumis à Rome et au Pape. Mais qu'ils aient eu tort ou raison n'est pas la question, chacun en pense ce qu'il veut; il faut seulement savoir que la France est issue de cette soumission des Francs au Pape et à Rome.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/03/2015

Myriam, tous les cas sont possibles, on peut apprendre le latin et le grec ou seulement le latin ou le grec. Ensuite la pédagogie a ses lois, et on ne peut pas enseigner de façon intellectualiste aux enfants, il leur faut de la mythologie et de l'histoire simple et incarnée, comme est celle des carolingiens, qui s'est aussi faite en latin.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/03/2015

Ne pense-t-on pas trop et trop tôt carrières et apprentissages en classe en lieu et place de cultiver (enrichir, meubler l'esprit des enfants, de tous les enfants futurs apprentis comme étudiants) dont la suite de et dans la vie socio-économique et affective dépendra de ces premiers pas...?

Les futurs apprentis ne sortent-ils pas de classe trop souvent comme amputés de leurs richesses intérieures et forces vives?

Au bénéfice de qui?

Rémi, croyez-vous que le Christ "des évangiles"! serait "contre": opposé à mes lignes?

"Prenez garde de ne mépriser aucun de ces "petits"?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 26/03/2015

Bien sûr, il ne faut pas asservir les enfants à l'idée du profit, cela va de soi. Mais en fait dans mon article je ne l'ai pas fait, puisque j'ai défendu d'emblée le latin, dont les bénéfices chiffrés sont assez indistincts. Seulement, un enseignement qui asservit les enfants à l'Etat en utilisant la culture pour prouver que cet Etat a une forme idéale et sacrée n'aurait pas plu davantage à Jésus, je crois, et l'argument selon lequel le latin dresse à la vie civique tend bien à cela. C'est en fait le sujet de mon article. On ne sauve pas l'enseignement de l'idée du profit en brandissant l'intérêt supérieur de l'Etat, mais en s'appuyant sur l'individu, l'épanouissement des élèves eux-mêmes.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/03/2015

Votre titre: Le latin à l'école, puis, premières, lignes, supprimer l'option latin dans le collèges (dans nos écoles, en Suisse, suppression suggérée de l'étude des mythes)...

sachant que les élèves qui poursuivront leurs études apprendront à volonté, latin, grec et mythes.

Nous sommes invités à commenter, simplement... Vous écrivez également qu'à Paris (énarques) on s'emploie à écarter la "plèbe" du pouvoir en faveur d'une élite (pas oublié les sarcasme d'antan visant Marchais)!

Donc fossé "les uns et les autres" non en passe d'être comblé malgré les appels à la République! ainsi qu'à l'"unité culturelle du territoire" bien que l'on parle plutôt mixité des cultures jusqu'à, pour les effets prévisibles en revenir à une antique nouvelle tour de Babel! On le redit, en milieu chrétien, des Jeunes Paroissiens "étudiants" ne voulant pas d'"apprentis" (plèbe, serfs, vilains) et "nobles" parmi eux ont préféré officiellement mettre la clé sous la porte, balayer le groupe des JP, tout en se retrouvant "entre eux" étonnant petits fumiers se disant non sans jargon avec trémolo "chrétiens"! Si vous acceptez de l'admettre, Rémi, mes lignes, en moins érudit, ne sont en rien étrangères à votre article.
Simplement, Rémi, vous êtes d'un côté de la barrière, moi, de l'autre.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 26/03/2015

Supprimer les mythes dans l'éducation est suicidaire, ils sont indispensables.

En France on n'accepte pas d'associer la plèbe au gouvernement, notez que je n'en juge pas, je dénonce juste le mensonge de l'origine romaine. Dans l'antiquité, les historiens antiques l'apprennent, il y avait des sénats (des assemblées représentatives ou aristocratiques) ailleurs qu'à Rome, il y en avait partout, même chez les barbares, ce n'est vraiment pas une spécificité romaine ou grecque, comme on le fait croire. Mais justement dans beaucoup de pays c'était resté des assemblées aristocratiques, c'était sans doute le cas chez les Celtes et les Francs, la plèbe ne participait pas vraiment. Et en France l'habitude est restée. Rousseau lui-même ne veut pas donner à la plèbe trop de pouvoir, et la république de Genève n'en donnait pas non plus. Il n'y a donc pas partage de pouvoir comme avec les deux consuls, dont l'un était plébéien, l'autre aristocrate, ou chevalier. L'élection du Président au suffrage universel néanmoins donnait à la plèbe un pouvoir certain, De Gaulle l'a fait exprès. Mais au Parlement la plèbe n'a pas de vrais représentants.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/03/2015

Ne parle-t-on pas de Nadine Moreno autrement que pour insister sur le fait qu'elle ne fut pas une élève dite "scolaire"?!
Le fil d'Ariane fut choisi comme symbole allant avec la psychanalyse fil d'Ariane fil conducteur de ceux qui sont des chercheurs de vérité, bon sens (bonne "direction"), bonne foi "élucidante"!? ("Gens de mauvaise foi"! les évangiles

Fil d'Ariane indispensable en spiritualité (transformation intérieure) lorsque tels Thésée tournant en rond en son labyrinthe juste "tenu" se retenant ou comptant sur ce fil il passe symboliquement du ruminement mental (tourne en rond) à la délibération intime menant à la capacité de discernement. On ne peur l'inventer il faut pouvoir "faire référence"!
Raison pour laquelle "celui" (anonymat n'étant point délatrice) qui invitait à supprimer la mythologie des programmes scolaires n'était pas "innocent"! Lorsque la "plèbe" lit ce qui la concerne quel est, selon vous, Rémi Mogenet, son sentiment?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 26/03/2015

Instruire les jeunes, cela coûte de l'argent. Actuellement, on préfère, nous dit-on, économiser , pour ne pas "péjorer les finances de l'état". Bien. Les plus riches deviennent donc encore plus riches. Ainsi, ils peuvent s'acheter encore plus de Ferrari. Voici mon conseil aux jeunes : devenez experts, spécialistes, top managers d'un bien qui devient rare, et qui va devenir un produit de luxe (avec donc de magnifiques perspectives professionnelles) : la culture. Bien sûr, il faudra faire attention aux contrefaçons. Mais vous êtes jeunes. Vous pouvez y arriver, si vous êtes prêts à travailler !

Écrit par : Karl | 26/03/2015

Myriam, je songe aussi à Bernard Tapie, qui était une sorte de tribun, de plébéien, et qu'on a fait sauter. C'est ainsi, la république en France est aristocratique, et bien sûr comme elle prétend être au service du peuple, celui-ci développe le sentiment qu'on se moque de lui.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/03/2015

Nemo dat quod non habet

Écrit par : Patouhca | 27/03/2015

Non comedent nec polluentur!

Écrit par : Coco | 27/03/2015

Les commentaires sont fermés.