30/04/2015

De Villiers de L'Isle-Adam aux comics, l'automate céleste

url.jpgJe me suis souvent demandé pourquoi on ne voyait pas davantage exploitée la géniale idée de Villiers de l'Isle-Adam (1838-1889) dans son roman l'Ève future (1886). Il y raconte qu'Edison, le célèbre électricien, a créé une femme mécanique, artificiellement animée; mais qu'en aucun cas cela ne lui eût donné une âme: il fallait encore qu'un esprit céleste s'y plaçât. Et effectivement, un être immatériel venu de l'espace situé entre les planètes s'insère dans ce corps et lui donne une humanité pleine et entière. Les cinéastes et écrivains qui ont repris l'idée d'un robot androïde se sont en général contentés de prétendre que l'âme y naissait spontanément! Villiers de l'Isle-Adam savait que cela n'avait pas de vraisemblance.

Or, dans le second volet filmé des Avengers, j'ai vu explicitement repris son idée. Car le personnage de paul-bettany-vision-avengers-age-of-ultron-trailer-marvel.jpgla Vision est un être synthétique obtenu par des forces terrestres, mais il est habité par un esprit de l'infini: une pierre magique, enchantée, venue du ciel, est placée sur son front et lui donne une âme grandiose. Né à l'instant, il n'en a pas moins la conscience d'un être angélique, et l'action du film l'assume: il se comporte comme tel. Il est hiératique, énonce des vérités mystérieuses, vole, et lance un feu doré depuis son joyau. De surcroît, son beau costume, sans se référer clairement à une mythologie connue, lui donne l'air d'un dieu, d'un être supérieur. Sa cape jaune, son visage rouge, ses insignes bizarres, disent son origine dans le monde du rêve.

Ce personnage a été créé il y a plusieurs décennies par Roy Thomas et John Buscema, célèbres auteurs de comics: à cette époque, il n'abritait pas l'esprit de l'infini, mais celui d'un url.jpg1.jpgsuper-héros défunt, qui s'était sacrifié pour que d'autres super-héros survivent, en affrontant des méchants qui seuls pouvaient le guérir de son mal incurable. La Vision en était comme la résurrection, et il était déjà un personnage marquant. Il avait senti en lui s'éveiller la conscience du bien et du mal, et il portait au front une sorte de goutte d'or, à la poitrine un losange jaune. De ce dernier, Roy Thomas assumait le symbolisme mystérieux.

Ce mélange entre science-fiction et mythologie est le biais par lequel la science-fiction est intéressante. Le thème de l'automate qui est une coque vide à remplir et que va remplir un esprit détaché de la Terre, venu du fond de l'Infini, exerce une sorte de pression sur la conscience, comme si elle percevait là une grande énigme. La religion de l'ancienne Grèce suppose que les statues se remplissaient de l'esprit des dieux qu'on adorait. Les poètes chrétiens (saint Avit, par exemple) racontaient que l'homme avait été d'abord sculpté dans l'argile, et qu'ensuite Dieu avait soufflé dans la forme créée pour y projeter une parcelle de son esprit. Et l'Edda affirmait que l'homme et la femme avaient été faits de morceaux de bois, dans lesquels Odin avait placé une âme.

La figure en est troublante. Le personnage des Marvel Comics est archétypal. Il est comme un pont avec l'au-delà.

Certes, la science-fiction, en la réduisant à des mécanismes physiques, manque de saisir la vie; mais elle fait fréquemment ressortir de vieux mythes d'une façon fascinante.

Le reste du film Avengers 2 était plutôt sympathique, et les critiques distingués qui ont regretté l'humour du premier montrent qu'ils aiment surtout voir bouffonner sur la mythologie, ce qui n'est pas mon cas. Les flammes de la Sorcière Rouge étaient très belles, vermeilles et transparentes; les sentiments d'amour de la Veuve Noire, touchants; les visions célestes de Thor, intrigantes; les hallucinations des héros, déroutantes; on ne s'ennuyait pas.

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28/04/2015

De la Gaule à la France, de Vienne à Paris

854990089_small.jpgLes historiens contestent souvent que les Francs aient changé profondément la France: ils créent une continuité entre les Gaulois et les Français, faisant apparaître, dans leurs écrits, le peuple éternel - et ils affirment que le français est du latin modifié par les Gaulois. Ce n'était pas la pensée de Walther von Wartburg, ni ce n'est la mienne: car je crois que, quoique plus nombreux, les Gaulois suivaient les princes qui les dominaient, qu'ils les imitaient, et que le français est bien d'abord un latin parlé par les Francs. C'est en cela qu'il se différencie des autres langues romanes, en particulier en Gaule: en cela qu'il se différencie de l'occitan et du francoprovençal.

Mais de l'origine des langues, on peut discuter à l'infini: elle reste mystérieuse. Un fait qui peut me servir d'argument est le rôle de Paris dans la France moderne. Car la Gaule antique n'attribuait aucunement le même à Lutèce. Elle plaçait au premier rang les Allobroges, et leur cité de Vienne, sur le Rhône. Toulouse également était importante. Mais Paris ne l'était pas.

Elle le devint néanmoins dans le royaume des Francs, qui comprenait le nord de la France actuelle. L'empereur Julien, dit l'Apostat, y avait construit un palais, et les Francs en ont fait très tôt une 6760840.jpgimportante capitale. Elle se situait au centre de leur royaume, et servait de pivot entre la Neustrie à l'est et l'Austrasie à l'ouest.

Vienne était la capitale du royaume de Bourgogne, Toulouse celle des Wisigoths. Or, les Francs sont entrés en guerre avec leurs voisins méridionaux - et les ont dominés, annexés. Eux-mêmes s'étaient déjà installés dans les vallées de la Seine et de la Loire, dont ils tiraient d'abondants revenus; ils ne sont pas revenus sur cette incrustation de leur présence dans ce qui constitue le cœur de la France actuelle, et qui n'était point le cœur de la Gaule antique.

On peut en tirer que la suprématie de Paris et de ces deux vallées vient bien des Francs. C'est justement ce qui a changé la face de la Gaule. Celle-ci était orientée vers le sud et la Méditerranée; Domenico_Quaglio_(1787_-_1837),_Die_Kathedrale_von_Reims.jpgl'axe rhodanien la dominait. Les Francs l'ont orientée vers le nord et l'ouest - vers l'Atlantique. Le val rhodanien est apparu comme le souvenir d'une grandeur passée.

Remarquons encore que Lutèce était située au sud de la Gaule belgique; or, au sein de celle-ci, Reims était la première cité. Les Francs certes lui rendaient hommage en venant y sacrer leurs rois; mais leur présence à Paris a eu tôt fait de rendre cette ville plus importante. Le sacre de Napoléon y a eu lieu, et les présidents de la République y sont investis.

Sans les Francs, la Gaule serait sans doute fédérale: quelle cité eût pu la dominer toute? Ils ont bien forgé un nouveau pays, après s'être appuyés sur l'ancien. Le changement de nom n'est pas fortuit; dans l'évolution historique, les hommes ne sont pas aussi passifs que souvent on le dit. Qu'ils n'aient pas eu conscience des effets de ce qu'ils faisaient ne l'empêche pas.

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26/04/2015

Science-fiction et surréalisme (Stefan Wul II)

09499a5d57cc2c9816ce9511ec00f14f.jpgJ'ai déjà évoqué l'opinion de Stefan Wul (1922-2003), écrivain de science-fiction reconnu, sur la narration qui ne serait qu'une base mécanique sur laquelle la poésie pourrait se tisser: cela me semble erroné. Mais il a aussi évoqué ce qui distinguait la science-fiction du surréalisme d'une façon qui m'a paru plus juste.

On a, de fait, souvent établi un lien entre le surréalisme et la science-fiction, en particulier française. Or, Stefan Wul se défendait tout de même d'être surréaliste au sens propre, se comparant notamment au Boris Vian de L'Arrache-Cœur. Car ce dernier, affirme-t-il, enchaîne les images bizarres sans ordre ni justification: la science-fiction, elle, donne une substance rationnelle aux créations de l'imaginaire; elle s'efforce de les expliquer, ou suggère du moins qu'il est possible de le faire. Et il faut avouer que c'est une qualité, car la lecture des surréalistes est souvent éprouvante: on est frustré par leurs métaphores impénétrables.

Stefan Wul, certes, admet que pour Breton il y avait un sens caché; mais, selon lui, il n'avait pas un art suffisant pour en rendre compte. Et on peut alors lui rétorquer que l'art ne consiste pas forcément à fournir des explications simplistes, ramenées au rationalisme scientifique: qu'au contraire le mystère peut en être rompu, comme la science-fiction en donne souvent l'exemple. Breton, justement, contestait la validité de ce rationalisme; à ses yeux, nulle connaissance ne pouvait être limitée par lui. Et j'ai assez lu ses poèmes pour ne pas être d'accord avec Stefan Wul: Breton avait assez d'art, lui aussi, pour suggérer des explications; mais elles allaient dans un sens ésotérique, ne s'arrêtant pas à la science officielle.

Il est vrai qu'il est resté évasif; hermétique, même. Son disciple Charles Duits fut plus explicite, et aussi Msiudmak_illus5.jpgalcolm de Chazal – qui parlait, comme Blaise Cendrars ou Robert E. Howard, de l'ancienne Lémurie, et faisait de la divinité une réalité dont se justifiaient précisément les visions fantastiques. Raymond Abellio le compara à cause de cela au Goethe du Traité des couleurs: l'observation menait à la vision, à l'imagination vraie, et à la représentation de forces exclusivement spirituelles. D'ailleurs, dans L'Écume des jours, Vian fut plus clair et plus suivi que dans L'Arrache-Cœur.

La science-fiction a raison de chercher à clarifier le surréalisme - et peut-être est-elle d'abord cette tentative; Charles Duits n'a-t-il pas trouvé, dans le public de ce genre, une oreille bienveillante - lui qui pourtant méprisait profondément la science moderne? Mais elle n'est pas la seule voie de justification possible, pour les images nées de l'inconscient.

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22/04/2015

La poésie qu'on sait mauvaise: vieux poètes chrétiens

22510100179070L.jpgJ'ai lu plusieurs fois des poètes latins chrétiens publiés aux célèbres Éditions des Belles-Lettres, et les plus anciennes publications se distinguaient toutes par un trait remarquable: les préfaciers-traducteurs disaient pis que pendre des œuvres auxquelles ils avaient consacré une partie de leur vie. Le poète Prudence était par exemple âprement traité, lui que tout le Moyen Âge a lu et admiré, que Jacques de Voragine dans sa Légende dorée a si souvent cité! Et il en allait de même des poètes carolingiens - Ermold le Noir, Abbon -, qui se sont essayés à l'épopée chrétienne: leurs éditeurs étaient les premiers à les trouver complètement nuls.

Même si elle s'est un peu atténuée au fil des ans, cette espèce de colère de l'université française contre le latin médiéval existe encore. Elle participait en tout cas d'un néoclassicisme mortifère, puisqu'à tout esprit non prévenu, il apparaît comme ridicule de financer la réédition d'œuvres sans intérêt, et les professeurs qui se dédouanaient de l'avoir fait en médisant de leurs auteurs devaient à tous sembler de bizarres masochistes.

La poésie savoisienne, notamment à l'époque romantique, avait sans doute moins de poids que cette poésie latine chrétienne, puisqu'elle n'a pas été rééditée; mais on en disait à peu près le même mal.

Ce que ne supportait par exemple pas quelqu'un comme Edmond Faral, vieille référence de la Sorbonne, c'est que cette poésie médiévale chrétienne ait prétendu concilier le merveilleux chrétien et le merveilleux païen: cela choquait son sens de la rigueur 9782849095591.jpgclassique. L'interdit en effet remonte à l'époque de Corneille et Racine. Il n'a pas vu que le merveilleux païen était généralement, chez les poètes chrétiens, lié aux éléments, à la Terre, tandis que le merveilleux chrétien l'était aux astres, au Ciel. Il n'y avait pas de contradiction, car les dieux antiques étaient assimilés aux êtres élémentaires, parmi lesquels étaient d'ailleurs les démons. Ce qui choquait ces universitaires nourris au sein du positivisme est peut-être que ces poètes eussent osé placer des anges dans le ciel: ils voulaient maintenir le merveilleux dans le discrédit traditionnel, continuer à le regarder comme dénué de substance morale et religieuse, n'en faire qu'un objet d'amusement, une rhétorique.

Or, il faut remarquer que le romantisme savoisien a tendu à aller dans le même sens que les carolingiens: il était chrétien, mais imaginatif, et plaçait sur terre des fées, et dans le ciel des anges. Les princes étaient regardés comme des êtres doubles, situés dans les deux mondes, à la fois êtres célestes et êtres terrestres; après leur mort, ils devenaient les saints protecteurs du pays. Il faut avouer qu'on demeurait proche de ce qui se faisait au Moyen Âge. Le lien entre la religion chrétienne et l'imagination individuelle n'était pas rompu, et on trouvait des écrivains qui, tel Maurice Dantand, s'affirmait catholique et en même temps visionnaire. Il évoquait les dieux de l'Olympe, et aussi les anges du Christ!

On dira que Hugo a fait pareil. Et le fait est que je ne pense pas que l'université soit spécialement romantique. Elle peut être patriotique – et la réédition des poètes carolingiens participait du renouveau de l'histoire de France -, mais elle reste classique dans ses goûts et sa doctrine. Peut-être tout particulièrement la Sorbonne.

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20/04/2015

Narration, prétexte au poème (Stefan Wul)

1412-wul-14_org.jpgStefan Wul est le pseudonyme que se choisit Pierre Pairault (1922-2003) pour publier ses romans de science-fiction – Oms en série, L'Orphelin de Perdide, Niourk, Noô... Un écrivain dont j'ai toujours apprécié l'imagination chatoyante, mais dont j'ai généralement trouvé les intrigues sans consistance. Il est l'un de ceux qui font dire que les auteurs français du genre se différencient fondamentalement de leurs homologues américains par une certaine incapacité à créer des récits solides, qui puissent donner aux mondes inventés une armature crédible. Les Français privilégient la poésie, pour ainsi dire; ou ce qu'ils entendent par ce mot, du moins.

Récemment, j'ai pu lire, de Stefan Wul, un traité théorique dans lequel il affirmait, effectivement, que l'intrigue n'était qu'une base sur laquelle la poésie pouvait se déployer. Il le disait pour expliquer son dernier livre, Noô, dans lequel un Terrien explore une autre planète sans que sa vie ou son âme soient jamais en danger...

Or, l'art du récit n'a rien de mécanique, comme on se l'imagine souvent. Il s'agit de rendre compte de la destinée, de représenter l'action divine dans le temps. L'intrigue a un ressort moral: elle pose la question du bien et du mal dans le cosmos et l'être humain. Comme le matérialisme a fait considérer que le monde n'avait pas de vie morale, l'héritage antique s'est réfugié dans ce qu'on peut appeler le roman bourgeois, où les questions morales sont restreintes à la société humaine. C'est de cette façon qu'est apparu le réalisme – Balzac, Stendhal, Flaubert. Car l'humanité au moins paraissait avoir une vie morale, dont elle témoignait par ses discours. Dans l'antiquité, l'univers tout entier était imprégné de moralité: le merveilleux, comme le miracle médiéval, manifestait les intentions des dieux. Et dans l'épopée, il était constamment présent.

La science-fiction est née de l'impression que le roman réaliste était étriqué: comme le 96904971.jpgsurréalisme, elle vient d'un rejet de la littérature bourgeoise. Même la prétention à exploiter les théories de la science témoigne d'une volonté de parler du monde en général - par exemple en y décelant une force providentielle de progrès.

Cependant, il a été remarqué que les auteurs français du genre se penchaient plutôt sur les évolutions sociales: ils avaient du mal à sortir des problématiques du roman traditionnel. Et cela explique aussi leurs intrigues molles: elles ne s'enracinent pas dans le cosmos dans son ensemble. Ce qui peut venir en l'homme depuis la nature - l'amour, les accidents, la maladie, la mort – n'y trouve pas de place: n'y a pas de portée morale. Le rapport avec l'Évolution n'est pas établi. L'être humain s'y contente de subir ce qui vient de l'extérieur. L'intrigue manque donc de dynamisme.

Comme souvent chez Stefan Wul, il est spectateur ébloui, mais passif, des merveilles qui lui apparaissent.

Or, l'âme humaine est telle que le merveilleux ne lui apparaît substantiel que s'il a une portée morale. Dès qu'une histoire commence, et que quelque chose d'inhabituel survient, l'enfant demande: Est-ce le bien? Est-ce le mal? C'est la question fondamentale à laquelle se doit de répondre tout conteur. Sinon, ce qu'il invente paraît gratuit et sans substance: invraisemblable. C'est le paradoxe: consciemment, on peut rejeter l'idée que l'univers ait une âme; le récit n'attire que s'il part du principe qu'il en a une. Le récit est d'emblée un tableau mythique du monde.

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18/04/2015

Degolio LIX: la trahison de l'aimée

b84952a698bacb5407ac56900597ef55.jpgDans le dernier épisode de cette éprouvante série, nous avons laissé le récit effectué par le Cyborg d'argent à ses nouveaux amis - Docteur Solcum, Captain Corsica, Cyrnos, Tilistal - alors qu'il évoquait ses missions, ordonnées par Fantômas, qui l'avaient porté à faire la guerre à des peuples eux-mêmes en guerre; il en était au moment où il venait de revoir, dans le ciel, la femme qu'il avait aimée à l'époque où il avait signé le contrat autorisant Fantômas à le transformer en cyborg. Voici qu'il continua en des termes non moins grandioses; il dit:

Lorsque la mission fut achevée et que nous rentrâmes, semblables à des éclairs passant au-dessus de la mer, brûlant de renouer avec elle j'essayai d'attirer son attention. Je lui fis un signe, et mon cœur battit plus fort. Alertée, elle me regarda - mais ses yeux étaient dénués d'expression; ce fut comme si elle ne m'avait jamais vu. À un mot de Fantômas, elle tourna la tête vers lui; car il volait avec nous, sur son engin habituel - celui avec lequel vous l'avez vu s'enfuir. Et l'écoutant elle poursuivit son vol, portée par une machine qui accrochée à son dos faisait jaillir un feu étincelant, sans plus se soucier de moi.

En mon cœur quelque chose se brisa; je sentis une fosse noire en mon sein se creuser. La destruction de ma volonté, commencée avec ma transformation, s'en acheva. Désormais, comme mû de l'extérieur, pareil à une marionnette, je serais absolument l'esclave de Fantômas.

J'avais encore eu des velléités de révolte, lorsqu'il m'avait libéré de mon apathie forcée pour me pousser à des missions affreuses. Je croyais que, au sein de l'action, je demeurais le maître de moi-même: quand je renversais des immeubles en me jetant dessus ou en les bombardant de petites missiles sortis de mes mains, je pensais consciemment le vouloir, et songeais que ces médiocres qui empêchaient la réalisation des rêves de gloire de mon maître méritaient leur sort; je me disais que, désirant agir comme Fantômas le demandait, je pouvais aussi, si je voulais, porter mes membres dans un autre sens. D'ailleurs, lorsque j'exécutais ses ordres, j'avais pour habitude de maugréer, de pester, de protester, d'évoquer mille difficultés, de me plaindre, de me montrer acrimonieux. À dater de ce e55cb896dabb8594e5d5a5826dad3ccc.jpgjour, je n'agis plus que comme un robot, sans rien dire, le cœur lourd, la conscience enfouie, l'âme en peine. Et l'esprit qui était en moi en riait d'autant plus.

Ô prenez garde - toi surtout, Solcum! Car cette femme puissante, cette traîtresse, règne à Paris. Elle s'y présente comme la fille cachée d'une femme d'une autre planète que les anciens hommes prirent jadis pour une déesse, étant issue d'une civilisation bien plus avancée, et dont le pouvoir est immense: c'est celle qu'ils ont appelée Vénus. Or, je l’ai vue combattre, et rien ne l’arrête; elle maîtrise les arts occultes - et possède une science qui ne sera répandue parmi les hommes que dans bien des siècles. Elle est le meilleur et le premier disciple de Fantômas – et pareille à son épouse, en vérité, même si elle se vend selon les desseins qu'il a, même si elle n'hésite pas à se donner à d'autres, si cela peut servir ses projets! Elle se nomme Itelnës – et on la surnomme la Chasseresse cosmique, car on dit qu'elle poursuit les ennemis de Fantômas à travers les astres, qu'elle s'élance dans les cieux et affronte jusqu'aux dieux, lorsqu'ils sont injustes; si grand est son orgueil!

Mais il faut remettre la suite à une fois prochaine.

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14/04/2015

Jeanne d'Arc et Green Lantern

jdarc3.jpgLe scientisme ne doit pas faire dater les super-héros de l'invention des machines, comme il arrive parfois; leur essence reste mythologique.

Jack Kirby a surtout popularisé Thor, qui sous son crayon évoluait certes dans un monde futuriste plein de fabuleuses machines, mais celles-ci en réalité étaient d'abord une ruse, un procédé rhétorique pour symboliser la puissance des Immortels. Est-ce que les anciens ne mettaient pas des éclairs dans la main de Jupiter, une lance dans celle de Minerve sa fille? Le monde moderne invite à placer des machines parmi les dieux, mais il s'agit alors de machines différentes, vivantes, animées de l'intérieur, supérieures à celles des êtres humains – selon ce que dit aussi Kirby.

Jeanne d'Arc tenait sa force et ses pouvoirs de l'archange saint Michel, et Green Lantern de mystérieux Gardiens de l'univers; la différence n'existe que dans la mise en scène - ou mise en œuvre terrestre - de ce don divin. Plusieurs images de Jeanne d'Arc la montrent recevant une épée de l'ange et des fées qui l'accompagnent. L'épée d'Amédée VI le Comte Vert, une fois bénie, devenait un sabre de feu confié à lui par les êtres célestes, dans les épopées que les Savoyards firent de lui; l'anneau de Green Lantern était invisible, lorsqu'il le portait sous sa forme de simple mortel!

Les anciens mêlaient dans leurs représentations le spirituel et le matériel, assimilaient les hommes aux dieux qui les habitaient, les objets aux forces qu'ils contenaient, les fétiches aux esprits qui les animaient; il en était 9378eba4349fe9eafb8dacaa4c78cfff.jpgparticulièrement ainsi dans l'art; mais le christianisme, prenant modèle sur la Bible, l'a placé aussi dans l'histoire, et c'est ainsi que fut créée la légende dorée – dont Jeanne d'Arc est un des derniers personnages.

La Renaissance a rétabli la vieille coupure cicéronienne, entre l'histoire et la poésie, et le scientisme a marginalisé la seconde. Mais elle est naturelle à l'être humain; elle a donc créé dans le scientisme la protubérance, l'anomalie qu'on appelle science-fiction. Le totalitarisme soviétique, pareillement, a inconsciemment réintégré le religieux en le reportant sur la figure du Chef!

Les grands artistes néanmoins ne sont pas dupes. Jack Kirby faisait dire, à l'un de ses superbeings - de ses New Gods -, dans sa série grandiose Fourth World: « But the Gods are ever near!... A part of men's lives!! Giant reflections of the good and evil that men generate within themselves ». Il avait saisi que les super-héros étaient des émanations de la vie morale, en étaient les symboles: ils sont nés de l'âme. Et en même temps, ils sont l'image de ce qui mystérieusement l'anime par delà les limites du corps. Jeanne d'Arc représente une tendance de l'âme, une force intérieure, et en même temps elle fut mue par une puissance spirituelle qui la dépassait, qui était présente à l'extérieur, dans le cosmos. Elle était donc un super-héros, et si l'on cherche en elle des traces de merveilleux scientifique, il faut se dire que l'armure qu'elle revêtait habituellement n'était pas faite sans une certaine science technique dont je m'avoue incapable, étant assez incompétent en la matière. Peu importe la machine. Elle aurait pu en avoir une! D'ailleurs, De Gaulle, lui aussi relié à la Providence, selon ses propres dires, les utilisait abondamment. Ce n'est qu'une question d'époque.

Mais les artistes et écrivains français ont fréquemment, à l'égard du merveilleux chrétien, une aversion qui tient de l'intolérance et de l'aveuglement; il y a chez eux tout le poids de la tradition parisienne et voltairienne, peut-être.

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12/04/2015

Comédie et action initiatique

9782081214682_h430.jpgDans sa préface à son édition de L'Avare de Molière, le professeur Jean de Guardia rapporte des débats passionnants sur l'évolution de la comédie de l'antiquité à l'époque moderne. On reprocha à Molière, en son temps, de n'avoir pas respecté l'esprit antique, fondé essentiellement sur l'enchaînement dramatique. Les personnages devaient être soumis à l'idée dont émanait leur destinée; ils n'avaient pas d'existence en soi: peu importait leur personnalité profonde.

On ne se rendait pas compte, sans doute, que les principes antiques n'étaient plus réellement vécus de l'intérieur: les vices et les vertus n'étaient plus perçus comme des forces vivantes, ordonnant l'action et auxquelles étaient soumis inconsciemment les hommes.

Il en est resté beaucoup de traces chez Corneille, qui était fervent chrétien et tenait encore de l'allégorie médiévale; mais précisément on lui reprochait sa froideur, ses enchaînements mécaniques: la combinaison des vices et des vertus en lutte apparaissait comme intellectuelle et abstraite, théorique; les hommes étaient conçus comme vivant d'une vie plus diffuse, plus animale. Et en même temps on se penchait essentiellement sur ce qu'ils avaient dans leur conscience, leurs pensées. Molière était sous l'influence de Descartes et Gassendi.

Ainsi, son Harpagon ne fait pas écho fidèlement au vice de l'avarice, le compliquant de l'usure et de la luxure. Molière prenait pour modèles non les vices et les vertus comme forces vivantes, lesquelles il ne percevait pas, mais les hommes qu'il rencontrait, qui s'incarnaient physiquement autour de lui. C'est ce qui rend ses comédies plus vivantes que celles de Corneille, quoique leur langage soit moins grandiose.

0812-4Dgr[1].jpgPlus tard, Wilhelm August Schlegel a fait une critique acerbe des classiques français. Il a montré, en particulier, ce qu'avait perdu, en dimension initiatique et mythologique, le thème de La Marmite de Plaute en s'insérant dans L'Avare de Molière. La critique française, souvent chauvine, n'a voulu faire que défendre sa gloire nationale, sans mesurer la profondeur des remarques de Schlegel. D'un autre côté, Schlegel n'a peut-être pas assez vu que Corneille, en restant fidèle à l'idée spiritualiste antique, a créé des actions dénuées de vie. En réalité, on refuse de considérer que l'âme humaine a évolué de manière à ne plus percevoir directement le monde des esprits. Le matérialisme feint de croire qu'on n'en a eu que le dogme. Mais Flaubert même avait bien vu qu'il ne s'était pas agi d'idéologie: du plus profond de leur cœur, les hommes anciens croyaient vivre avec les dieux. Ils n'avaient pas besoin d'en raisonner! Or, on ne le mesure pas assez: c'est ce qui rend leurs œuvres artistiques si grandioses: les actions humaines en acquièrent spontanément une portée cosmique. Et Schlegel avait raison de se plaindre de ne plus la voir dans le classicisme français.

La revit-on jamais au théâtre? Dans le Faust de Goethe, peut-être. Mais cette fois, c'est consciemment que les poètes devaient rechercher ce lien de l'homme avec le cosmos. Lovecraft, par exemple, n'a cessé de le faire, au sein du conte fantastique. Globalement, le théâtre est resté d'un classicisme excessif.

Jean de Guardia, pour défendre Molière, achève son exposé en disant que sa pièce est belle parce que Molière est un grand auteur français. Un argument qui ne va pas bien loin, je suppose. Un peu trop typique.

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10/04/2015

Science-fiction et religion des machines

11017241_771304966298852_990417100352798590_n.jpgLa science-fiction attribue aux machines du futur des prérogatives que les vieux récits attribuaient aux dieux: la création des êtres vivants, le voyage dans le temps, le déplacement instantané dans l'espace.

C'est Dieu soufflant dans l'argile et créant l'Homme, c'est Dieu à la fois dans le présent, le passé et le futur et embrassant le Temps d'un seul regard, c'est Dieu à la fois dans le Ciel et sur Terre, dans les astres et dans les êtres humains.

La science-fiction agit de cette façon sans une once de preuve que les machines aient de telles capacités; mais sa rhétorique est convaincante, et puis de toute façon on a envie d'y croire: du coup, peu d'efforts de persuasion sont nécessaires.

Elle se pose comme scientifique, à peu près comme la théologie catholique avant Galilée.

À cet égard comme à d'autres, l'humanité actuelle est relativement crédule, ayant besoin de merveilleux, et étant trop attachée à la matière, au corps, pour le chercher dans le monde spirituel. La science-fiction en profite, et la communauté scientifique, comme on appelle ce nouveau clergé, aussi: on met sur elle les espoirs de salut. Ce qu'elle dit est volontiers parole d’évangile.

En faisant comme s'il n'y avait pas de spécificité du vivant, comme s'il était indifférent que l'être humain soit mort ou vivant lorsqu'il entre dans un trou noir ou voit ses particules aller instantanément d'un endroit à un autre, elle l'absolutise, le théorise, le divinise - et rend aisée pour lui l'attribution de facultés divines. Or, il n'y a rien dont on rêve plus.

La foi en la Science découle également de la peur: l'incapacité de l'être humain à franchir les limites que lui ont imposées la nature crée une forme d'angoisse. Quand surgit un discours qui a l'air vrai et qu'illustrent des machines qui envahissent l'existence, l'âme prend feu: enfin la lumière se fait voir!

La science-fiction est la mythologie correspondant à cette foi.

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06/04/2015

Romantisme royal en Savoie

491px-King_Carlo_Alberto.jpgAlfred Berthier était un abbé qui, au début du vingtième siècle, a écrit des ouvrages importants sur des auteurs savoyards, notamment Xavier de Maistre et Jean-Pierre Veyrat. Dans celui sur Veyrat, il raconte que lorsque, vers 1840, il voulut rentrer en Savoie, le jeune poète dut se convertir non seulement au catholicisme (qu'il n'avait qu'à demi quitté), mais aussi au royalisme, qu'il avait clairement renié. Il le fit par un poème adressé au roi, c'est-à-dire à Charles-Albert, à qui il fut transmis par l'évêque de Pignerol André Charvaz, un Savoyard de Tarentaise de la génération des Billiet, des Rendu: hommes d'extraction modeste, mais de grande énergie, de foi profonde, élevés durant la proscription qui avait frappé les prêtres à la Révolution, et rénovateurs du culte à la Restauration.

Charvaz était précepteur des enfants de Charles-Albert, en particulier du futur roi Victor-Emmanuel II - dont on apprend ainsi, par sa correspondance, qu'il était un piètre élève.

Mais Charles-Albert était un grand roi, sans doute. On dit que, lisant le poème de Veyrat, il versa une larme, fut profondément touché. Charvaz avait su le lui présenter, assurément! Mais Berthier rappelle, également, que Charles-Albert était lui-même un romantique, qu'il en avait la sensibilité à un point éminent: et de citer un poème qu'il a écrit – et que je n'ai pas lu -, mais aussi ses édifices néomédiévaux, ses tunnels et ses ponts bordés de tourelles à créneaux et sertis d'écussons colorés - ensembles qui faisaient l'admiration des voyageurs du temps, en particulier George Sand, qui en parle dans sa correspondance. Pourtant Charles-Albert, homme à paradoxes, finançait les travaux de modernisation de la Savoie, son industrialisation. Le plus admirable étant sans doute qu'en Savoie pendant ce temps les impôts n'en baissaient pas moins.

C'est lui qui promulgua un Code albertin qui adaptait le Code napoléonien à la sensibilité du royaume. Car en Savoie, contrairement à ce qui s'était passé pour la France, le Code avait été abrogé à la Restauration; mais le peuple gémissait du retour trop brutal à l'ancien régime. Les Piémontais, De_20_jarige_Ludwig_II_in_kroningsmantel_door_Ferdinand_von_Piloty_1865.jpgnotamment; car si les Savoyards furent contents du Statut constitutionnel de 1848, ils n'avaient guère protesté: ce n'est pas dans leur nature.

Charles-Albert est remarquable et romantique en ce qu'il s'efforça de concilier l'ancien et le nouveau, l'esthétique gothique et le progrès technique, la religion catholique et l'émancipation sociale.

Cela peut rappeler davantage la Bavière d'un Louis II que la France du temps - déjà déchirée entre catholiques et laïques parce que le pouvoir était essentiellement réactionnaire et la bourgeoisie essentiellement progressiste. La belle unité qui avait brillé en France sous Louis XIV y subissait un contrecoup, laissant place à la division. Celle-ci avait servi au pouvoir monarchique; mais une fois le roi chassé, elle apparaissait nue, et l'unité nationale devenait essentiellement un doux rêve, un souvenir nostalgique du Grand Roi. Dans des pays moins centralisés, héritiers du Saint-Empire, le romantisme n'opposait pas de façon aussi nette une bourgeoisie progressiste et un clergé réactionnaire; il pénétrait jusque les prêtres, jusqu'aux rois, répondant à certaines aspirations populaires et permettant au Trône et à l'Autel de perdurer. De fait, il n'y eut jamais de révolution spontanée en Savoie. Le catholicisme lui-même s'adaptait au sentiment de la nature, par exemple: Veyrat a essayé de l'illustrer en animant le paysage, en lui donnant une personnalité. Il ne résolut pas tous les problèmes que posait la superposition du monde des éléments avec celui des anges, mais il tendit à le faire. La personne du roi, appartenant en principe aux deux mondes, l'y aidait.

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04/04/2015

Degolio LVIII: les missions du Cyborg

the_legion_by_22zddr-d59or1o.jpgDans le dernier épisode de cette taraudante série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alors qu'il venait de raconter au Génie de Paris, à Captain Corsica, à Tilistal, à Cyrnos, tous rassemblés dans le palais de ce dernier, comment Fantômas l'avait transformé en être surhumain et avait ouvert sa conscience à un autre monde; il poursuivit en des termes tout aussi stupéfiants.

Un jour, Fantômas me déclara qu'il avait besoin de moi en Corse; Paris, ce serait pour plus tard.

Je fus envoyé dans l'île de Beauté, et devins l'un des cyborgs entreposés dans la base que vous prîtes d'assaut il y a peu, et que vous conquîtes. Je fus placé dans une niche, et on eût pu aisément me confondre avec une statue, car j'avais ordre de ne pas bouger, et ma conscience était généralement éteinte - j'étais comme endormi. Je ne sortais de cet état cataleptique que pour accomplir d'horribles missions – dans le but de terroriser le peuple. Volant par dessus la mer, je me rendais, avec mes compagnons, en France et en Italie, et nous attaquions les habitants. Les armées régulières nous prenaient pour des sortes d'avions inconnus. Comme nous étions plus agiles qu'aucune machine connue des hommes, certains nous dirent venus d'une autre planète, notamment Mars: car les hommes la croient habitée. Si la science de Fantômas venait bien d'êtres des étoiles, nous big_thumb_17cbc16fc9520ae152ae659b73540586.jpgétions de vrais Terriens! D'ailleurs les militaires n'en doutaient pas, nous assimilant à leurs ennemis, persuadés qu'ils avaient trouvé de nouveaux moyens de faire la guerre: car alors celle-ci faisait rage, et l'Allemagne occupait la France et l'Italie et y résistait aux assauts des Anglais et des Américains; le chaos régnait, et nous l'accroissions selon les desseins subtils de notre hideux maître. La terreur se répandait partout; désormais la mort pouvait survenir à tout moment, ou du moins la destruction, puisque nous étions indécelables et plus rapides et vifs qu'aucune machine connue. Nous projetions de la lumière colorée devant nous, et nous étions appelés une arme secrète, et l'on nous vouait une sorte de culte, nous inspirions une forme de superstition dont nous tirions un immense orgueil.

Fantômas voulait, sur les ruines de l'Europe, et dans l'épouvante généralisée, bâtir un empire nouveau: il l'espérait. Dans les faits, il s'alliait avec Adolf Hitler, quoique celui-ci n'en sût rien: dans son délire mystique, il nous prenait pour des envoyés des mystérieux Géants de Feu, qu'ils croyait ses soutiens. Il nous pensait des guerriers de Wotan, son cher dieu germain! Fantômas en riait bien. Il n'avait que mépris pour l'homme, mais il escomptait récupérer son projet, et se saisir de son royaume millénaire dès qu'il serait mis en place. Cela n'a pas eu lieu, néanmoins, car la guerre a été perdue, et Fantômas lui-même n'avait pas estimé la puissance américaine à sa juste mesure. Mais cela pour lui ne serait que partie remise.

Néanmoins, durant les missions que nous accomplîmes jusqu'en 1945 - date à partir de laquelle nous nous fîmes plus discrets, Fantômas ne voulant agir que dans l'ombre -, je revis la femme qui m'avait con309045.jpgvaincu de participer à toutes ces actions infâmes. Je l'aperçus alors que nous dévastions la région de Pise. Elle volait dans les airs près de Fantômas, lui servant en vérité de garde du corps. Elle était vêtue en âpre guerrière, en furie de notre temps, portant une armure douée de vertus extraordinaires, et ornée de teintes diverses et de symboles étranges; elle tenait à la main un sabre de feu bleu, qui jetait des éclairs et coupait n'importe quelle carlingue d'avion: car nous nous jetions sur l'aviation alliée pour montrer notre puissance et effrayer l'armée anglaise, la contraignant ainsi de plus en plus à demander l'aide américaine - ce qui avait pour but de l'affaiblir, à terme, en Europe.

Mais il faut arrêter ce récit pour cette fois, et laisser la suite à une autre.

08:13 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

02/04/2015

La chaire et le micro

bayeux_08.jpgOn dit qu'on a ôté le curé, dans les églises, de la chaire dans laquelle il se tenait pour éviter l'excès d'autorité sacerdotale, mais à présent, on lui donne un micro pour qu'il se fasse bien entendre. On pourrait dire que la chaire avait la même fonction. On pourrait aussi faire remarquer que le micro donne subrepticement une forme d'autorité: la machine en décuplant la voix donne plus de poids.

On peut se demander si les chanteurs qui utilisent un micro sont ceux qui manquent de voix. Le plus étonnant est que le chant d'opéra, qui résonne fortement mais de façon naturelle, est regardé comme moins naturel, ordinaire, que le chant répercuté par les machines.

De même le cinéma apparaît comme plus réaliste que le théâtre. Alors qu'une image créée par les machines est foncièrement artificielle.

Un cours utilisant le vidéoprojecteur est considéré comme plus vivant qu'un cours animé par l'enseignant, alors que rien n'est plus mort qu'une machine.

Mais la machine donne l'illusion non seulement de la vie, mais d'une forme de vie supérieure, plus vraie.

Les divorcés qui parlent à la télé paraissent dire des choses plus significatives que les divorcés qu'on a parmi ses proches, quand ils exposent leurs problèmes.

Les particules que les machines décèlent semblent dire davantage sur le monde que ce que l’œil humain voit. - Goethe dès son époque l'a dénoncé, rejetant Newton, développant un regard nouveau sur les plantes.

La civilisation moderne repose-t-elle sur l'illusion?

20:24 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook