06/05/2015

Degolio LX: la secte de Fantômas

url.jpgDans le dernier épisode de cette métaphysique série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alors qu'il racontait à ses nouveaux amis (Captain Corsica, Solcum le Sage, Tilistal, Cyrnos) comment sa bien-aimée, retrouvée sur un champ de bataille, lui avait montré sa duplicité et l'avait trahi affreusement. Il dit alors:

Cependant vint la fin de la guerre. Fantômas décida de mettre en relatif sommeil sa base corse; il ne s'en servirait, dorénavant, que pour imposer à l'île une sourde terreur.

Car il faisait régner, autour de sa base, l'épouvante, enlevant les promeneurs qui auraient pu la découvrir, et les jetant du haut des airs, ce qui fait qu'ils mouraient atrocement. On s'étonnait de ces morts, car on retrouvait les corps au sommet des montagnes: quels avions avaient pu les expulser de leur carlingue? Et comment y étaient-ils montés, eux qu'on avait vu partir à pied la veille pour ces mêmes montagnes? Le mystère était profond, et le peuple inquiet murmurait, évoquant d'antiques sorcières, des esprits des vents, de la brume. Fantômas, de fait, apparaissait ou nous faisait apparaître, aux villageois, dans les orages - que du reste il provoquait: car il avait ce pouvoir. Il commandait aux éléments. Or étions-nous pris pour les ogres abominables des légendes. Parfois les cadavres des égarés ne donnaient pas seulement le sentiment d'avoir été jetés d'en haut, mais d'avoir été aussi Agent-of-Coulson-Alive-Theory-Vision.jpgdépecés, torturés, dévorés; car notre maître, hélas! s'adonnait sur eux à d'horribles expériences - à d'infâmes essais, assouvissant par ce moyen son désir de connaissance occulte, en même temps qu'il se donnait le plaisir d'asservir le peuple par l'horreur qu'il inspirait.

Il leur faisait dire, par ses adeptes - hommes qu'il avait laissé pénétrer dans son sanctuaire et instruits, voyant en eux des proies faciles, des âmes crédules -, qu'on lui devait des offrandes: en argent, en femmes, en hommes, en enfants; et ainsi autour de lui se créa une véritable secte. Il en cristallisa le rituel par le culte d'une statue que mystérieusement il animait, et qu'il faisait passer pour un être des étoiles. Il en disait l'exacte représentation, voire le corps figé et conservé par delà les éons: un jour, affirmait-il, il se réveillerait, et récompenserait les bons qui l'adoraient, et punirait les mauvais qui le méprisaient. Il assurait qu'il était de ceux qui avaient civilisé l'être humain à l'aube des temps, le sortant de la nuit ténébreuse de l'animalité. Il le faisait parfois parler, délivrer des oracles – annonciateurs aussi de son réveil final. Car alors ses yeux s'allumaient d'un vague éclat, ses lèvres remuaient, et des paroles obscures sortaient de sa bouche, que ses premiers adeptes étaient chargés de traduire à la foule.

En vérité, un démon s'y trouvait, qui faisait ces miracles! Fantômas le connaissait: il l'avait rencontré au cours de ses pérégrinations dans l'Abîme, et il était son ami, voire tel pour lui qu'un frère. Tous deux, dans le puits situé sous le faux temple bâti pour abriter la statue, riaient de l'humaine sottise; et ils étaient si intimement liés qu'on les confondait parfois – on disait que Fantômas amenait ce démon avec lui à l'air libre, comme le médecin dont j'ai parlé portait l'esprit de Fantômas dans l'hôpital où il travaillait, et la ville où il vivait. Oh! quand je songe à ces horreurs, auxquelles je fus mêlé, un désespoir immense me vient; comment puis-je être pardonné d'avoir commis tant d'atrocités, d'avoir participé à des actions aussi abjectes? Dieux!

- Ô Cyborg d'argent! lui dit alors Cyrnos. Ta douleur est poignante, et je verse aussi des larmes; car je ne sais, moi-même, si tant de crimes peuvent être aisément pardonnés. Mais il serait criminel de mettre fin à tes jours; le mieux que tu puisses faire est de tourner tes actions vers le bien et garder espoir en la mansuétude divine. Et en attendant, poursuis ton récit, car il nous apprend mille choses passionnantes sur Fantômas et son abominable action.

Mais il est pour nous temps, justement, de laisser là ce récit, ô lecteurs!

07:33 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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