12/05/2015

Réunification de l'Allemagne, chute de la France

1024px-SoziodemographieDeutschlandsNachDerWiedervereinigung.pngOn a pu remarquer que depuis la chute de l'empire soviétique, les intellectuels français étaient désorientés. Le paradis sur terre proposé par Karl Marx est apparu comme une illusion de plus - une croyance parmi d'autres. Mais au même moment eut lieu pour la France un événement dont on ne mesure pas la portée, parce qu'elle ne fut pas mondiale: la réunification de l'Allemagne. Car, en Europe, cela a fait passer la France au second rang. Elle ne pouvait plus apparaître comme un modèle d'unité nationale - compensant par son organisation rigoureuse son manque de dynamisme économique: avec un nombre de citoyens plus grand, l'Allemagne gagnait en moyenne plus d'argent. Cette supériorité numérique n'empêchait même pas une paix civile plus profonde - sur un territoire pourtant moins vaste. Le rêve républicain lui-même était entamé: le rêve français!

Dans un premier temps, on a annoncé que l'Allemagne ne s'en remettrait pas: que sa partie orientale allait lui coûter trop cher. Et puis, après un temps d'incertitude, le rebond s'est manifesté; la France a été humiliée.

Comment expliquer autrement le flot de populisme qui s'est emparé particulièrement de la patrie des droits de l'homme? On a beau jeu de montrer que cela se répand partout en Europe: c'est bien en France que c'est le plus le cas. Depuis que l'Allemagne est la reine de l'Europe, le populisme français s'est dressé vent debout contre l'Union européenne. Les collectivistes la disent trop libérale; les nationalistes la disent trop ouverte à l'immigration; tous ont des prétextes. D'ailleurs, les nationalistes, en reprenant à leur compte l'antienne sociale, antilibérale, satisfont ceux que l'Allemagne horripile et qui ne sont url.png61.pngpourtant pas prêts à croire de nouveau au rêve communiste. C'est le cas des classes dites populaires, qui n'ont plus l'Union soviétique pour servir de butée à leurs rêves; seules les couches vivant dans le souvenir, ce qui se trouve dans les livres, peuvent encore adhérer à Karl Marx. Et, même chez elles, il a généralement été remplacé par Robespierre.

L'Union européenne s'est faite, pourquoi le nier? dans l'idée, pour la France, d'en prendre la tête, et de disposer d'un petit empire; l'Allemagne, diminuée, l'a accepté. Les institutions correspondent à cette réalité caduque, à cet ancien équilibre des forces. On se trouve à présent dans une impasse. Mais comme les discours publics étaient tout autres - comme on mentait, au fond -, on ne sait à présent plus quoi dire. On est apparemment obligé de rester sur la même ligne, mais le ressort n'y est plus. La France préfère rester seule que suivre l'Allemagne, peut-être. Mais être seule, c'est être isolée, faible.

On en voit qui, tel Jean-Luc Mélenchon, rêvent d'une Europe purement latine, orientée vers ce qu'au dix-url.jpg60.jpgneuvième siècle on appelait la justice redistributrice - et qui, Stendhal le montra, émanait profondément du catholicisme. Jean-Luc Mélenchon rêve d'une Europe méditerranéenne dont Paris prendrait la tête. Mais quelle illusion, encore! Car Paris est une ville du nord, orientée vers l'Océan atlantique. Culturellement, elle est proche de Londres. Le mythe de la source latine éblouit le fondateur du Front de Gauche, qui du reste se prévaut de ses origines méridionales. Mais qu'il lise Stendhal, et il verra: car celui-ci avait vu que Paris était une ville du nord.

Même François Hollande prétend que dans dix ans, la France aura dépassé l'Allemagne: on l'a entendu énoncer ce beau fantasme. Il a senti qu'il le fallait, pour attendrir ses électeurs.

Mais il faudrait chercher à améliorer le sort des individus sans participer à la compétition ridicule que se livrent les nations, en fait; peu importe le rang de la France dans le monde: ce qui compte, c'est le sort de ses habitants. En rien l'Allemagne ne nuit à ceux-ci; il faut se réjouir pour elle, et aller de l'avant.

07:49 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Intéressante analyse.

Écrit par : Mère-Grand | 12/05/2015

Merci.

Écrit par : Rémi Mogenet | 12/05/2015

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