20/05/2015

La réforme de Najat Vallaud

njt.jpgLa ministre de l'Éducation française a suivi la tradition obligée: chaque gouvernement produit sa réforme de l'école; il a fallu qu'elle s'y mette. Consciente des vrais problèmes qui se posent, elle a déclaré que l'ennui des élèves était la cause principale du déclin de l'institution séculaire. Certains affirment que l'ennui des élèves vient de ce qu'on ne les fait pas assez travailler; mais il n'en est rien: Najat Vallaud-Belkacem a raison.

Beaucoup de solutions ont été données. Toutes ont été critiquées par les réactionnaires du Figaro et de Marianne. Pourtant, certaines paraissent bonnes. La plus grande autonomie des établissements et des professeurs pour fixer les emplois du temps et une part des programmes, est la meilleure de toutes. En histoire, on s'est plaint que certains pans de la Chronologie n'étaient plus obligatoires. Mais on a eu tort. Car l'ennui des élèves vient en particulier de ce que les enseignants suivent mécaniquement un programme trop détaillé. Le professeur est motivé par certaines époques, par certains pays, plus que par d'autres. Il ne peut communiquer sa passion que s'il est libre. Il n'est pas vrai qu'il existe des pans nécessaires de l'histoire. Ce qui compte, pour les élèves, n'est pas l'endoctrinement, l'image d'une France éternelle et glorieuse, allant pas à pas vers l'éternité qu'elle mérite: non; c'est, du passé, tirer un enseignement sur le monde.

Le passé est clos sur lui-même: les histoires y ont toujours un début, un milieu, une fin. L'histoire est un art, car elle n'apprend pas les faits obligatoires à savoir, mais ceux qui font sens, donnent une teinte morale aux événements; or, elle n'est perceptible que pour les lieux et les temps qui déclenchent un sentiment fort, une émotion. Seulement de cette façon l'ennui pourra disparaître.

Ce qui émane du sentiment de l'enseignant peut se communiquer à l'élève; or, le sentiment a cessé d'être collectif: il est devenu individuel; ce qui est collectif dans les programmes est donc porteur de vide, et ne peut toucher les jeunes.

Les tentatives de créer de l'interdisciplinarité ont été remises au goût du jour, également; j'en ai parlé, déjà. Une bonne mesure, en soi, car il n'y a qu'un seul monde, que les différentes disciplines ne font TeilhardP_1947.jpgque regarder sous différentes facettes. Le lien entre les sciences dites exactes et les sciences humaines notamment doit apparaître: car l'homme est autant une intériorité qu'une extériorité, mais le monde aussi; et Teilhard de Chardin sut faire vivre l'univers en montrant que les atomes eux-mêmes avaient une ébauche de psychisme. La Philosophie de la Nature élaborée dans l'Allemagne romantique est bien la seule voie qui puisse amener les élèves vers la science sans ennui; et elle donnait à l'univers une âme. Mais si les enseignants ne sortent pas d'eux-mêmes des conceptions restrictives et scientistes, les contraindre à l'interdisciplinarité ne servira à rien: ils exécuteront la chose sans enthousiasme, et l'ennui des élèves redoublera. La mesure n'est bonne qu'en théorie. D'ailleurs on peut douter que François Hollande lui-même soit un disciple de Teilhard de Chardin!

Enfin, le numérique ne sauve de l'ennui que brièvement, et illusoirement: passé l'émerveillement que suscite la nouveauté, le problème de fond se pose encore, même avec plus d'acuité.

Les idées de Najat Vallaud-Belkacem sont bonnes, mais les solutions qu'elle apporte sont d'une portée limitée. Seule l'autonomie plus grande dans l'élaboration des emplois du temps et des programmes apparaît comme un bienfait. Mais en réalité, cela suffit à donner plutôt tort aux détracteurs de la réforme.

07:51 Publié dans Education, France | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

En se mettant à la place des enseignants comme des parents que penser de l'annoncée "non négociabilité" ("la discussion restant ouverte", on l'a vu, récemment, simple enrobage de dragée amère) n'y changeant rien) la non négociabilité d'une réforme présentée (remarque extrêmement délicate!) par une personne qui, visiblement, est venue d'ailleurs: le choix de cette personne, en l'occurrence, est-il adroit? (on entend s'exprimer les ressentis dans certains établissements publics) lorsqu'il s'agit d'enseignement de latin ou de grec indispensables aux amoureux de notre langage, littéraire et culture?!

S'il n'y a pas racisme n'y a-t-il pas "froissement", méfiance?

Entendu quelqu'un demander si Madame Vallaud-Belkacem a étudié elle-même grec et latin!

Jacques Attali, quant à lui, exprimait sa lassitude et profonde exaspération de ces réformes assénées sur nos têtes...

Réformes, donc, non négociables ("Nous ne céderons pas!")

Quid de la démocratie:
parents et profs n'ayant plus rien à dire quant au parcours de leurs jeunes?
Juste, contents ou pas, qu'"à la boucler"!

Vitupérations croissantes de Monsieur Valls à l'appui.

Quelle ambiance... pour la France?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 20/05/2015

P.S. J'attire votre attention sur le fait que mes lignes ne sont qu'un reflet... non un credo.

Madame Vallaud-Belkacem n'a pas plu à tout le monde en sa démarche concernant sexualité différence et jeunes enfants.
Certains ne comprennent pas comme elle se trouve pratiquement être la troisième personne du gouvernement immédiatement après Hollande et Valls.
Entendu quelqu'un sur un plateau de télévision dire qu'en ce présent Ministère elle n'est pas à sa place.

Jacques Attali estime qu'il faut renouer avec l'identité nationale, par le langage, notamment.

Pour la réforme, le décret, en toute impartialité, après ce que je viens de vous écrire ne pense-t-on pas que, d'accord ou non, l'opinion comprendrait mieux la présence de Madame Pécresse, par exemple, que celle de Madame Vallaud-Belkacem?

Cette dernière, en revanche, parfaitement à sa place concernant les questions féminines, statut des femmes, etc., en collaboration rapprochée avec Madame Touraine?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 20/05/2015

Moi-même j'ai trouvé que sur la question des stéréotypes Najat n'avait pas porté une parole très positive: http://remimogenet.blog.tdg.ch/archive/2014/09/11/najat-vallaud-belkacem-et-le-cartable-rose-259654.html Mais je n'ai aucune sorte de rancune.

Si Najat n'a pas étudié le grec et le latin c'est peut-être que ce n'est plus indispensable pour devenir ministre. La référence aux anciens Romains et Grecs est mortifère sur le plan politique, il faut parvenir à en sortir. L'origine gréco-latine de la France est un mensonge.

Néanmoins sur ce plan elle a cédé, apparemment. L'important est que les familles volontaires puissent obtenir des options, peut-être que les élèves devraient obligatoirement choisir une option entre plusieurs, dont le latin, ou le grec, ou l'hébreu, ou l'arabe, comme au lycée. Peut-être que l'existence de cette situation au lycée suffit. Mais je dois avouer que je ne trouve pas la situation actuelle satisfaisante. Les cours de latin sont donnés à des élèves volontaires, de qualité, en petit nombre, sans pression, cela crée au moins une inégalité entre les enseignants. Il faudrait que tous puissent faire une option, donner des cours en option. Et que tous les élèves doivent choisir une option.

Écrit par : Rémi Mogenet | 20/05/2015

Les commentaires sont fermés.