15/06/2015

Le Bouddha, saint chrétien?

BJ-parabole-enluminure2.jpgAu Moyen Âge, notamment dans le sud de la France, s'est répandue la légende d'un saint appelé Josaphat. Un texte occitan du treizième siècle raconte son histoire. En vérité, c'est celle du Bouddha. Les vies sont les mêmes, et saint Josaphat est dit indien. La différence est que ce Josaphat renonce aux idoles et exclut de leur vouer un culte en se réclamant de Jésus-Christ: dans la vie canonique du Bouddha, c'est le dieu Indra qui l'éclaire - par exemple sur la Voie du Milieu, en lui jouant un air de flûte qui la signifie.

Anachronisme, disent les historiens. Et le contexte historique, situant la vie de saint Josaphat après la conversion de l'Inde au christianisme par l'apôtre Thomas, le confirme. Mais n'oublie-t-on pas facilement que pour les chrétiens médiévaux Jésus-Christ était l'incarnation d'un dieu? Et pourquoi pas du dieu Indra, que le Bouddha, dans le Dhammapada, appelle roi des divinités célestes?

Car il est lié à la sphère solaire, au quatrième niveau du monde divin; et le Dhammpada dit que tous les hommes doivent le prendre pour modèle, qu'il n'existe personne d'aussi excellent. Car le bouddhisme n'est pas athée, contrairement à ce que croient certains. Or, le christianisme médiéval disait pareillement que Jésus-Christ était par excellence l'exemple à suivre!

Et Rudolf Steiner rappelait que Dieu, en soi, était une idée, une abstraction: ce que les premiers chrétiens avaient entendu par ce terme, lorsqu'ils disaient que Jésus-Christ l'avaient incarné, était un indra.jpggrand esprit solaire. Indra, donc?

Même si les prêtres les plus savants ne le disaient pas forcément au peuple, il existait parmi eux l'idée qu'avant même son incarnation les païens les plus éclairés avaient adoré le Christ. On discutait pour savoir si l'enfant divin dont Virgile parlait dans les Géorgiques n'était pas un pressentiment, chez le poète génial, de l'enfant de Marie. Il suffit de visiter la cathédrale de Sienne pour s'apercevoir que les chrétiens italiens du quatorzième siècle liaient la Sibylle de Cumes au Christ, lequel ils pensaient avoir été annoncé par elle.

Dans la logique du temps, il était simple de considérer qu'avant même son incarnation, les mystiques, les visionnaires avaient pu dans le Ciel distinguer le Christ!

La légende était passée par Bagdad, le monde arabe et grec. Elle montre que, peu ou prou, le bouddhisme était connu en Occident. Il y incarne sans doute une certaine tendance mystique qui préférait songer à la personne céleste du Christ plutôt qu'à sa personne terrestre. Il n'est pas anodin que la légende de saint Josaphat se soit surtout répandue en pays cathare. On peut aussi penser à l'orientation religieuse représentée par saint François d'Assise: son rapport avec le Bouddha n'est pas difficile à saisir.

07:29 Publié dans Histoire, Spiritualités, Thaïs & Khmers | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook

Commentaires

A quelles contorsions ne se livrerait pas le Christianisme, comme les autres religions évidemment, dans son oeuvre de colonisation des autres cultures.

Écrit par : Mère-Grand | 15/06/2015

Jesus lived in India......

Écrit par : bb | 15/06/2015

Dans l'Apocalypse 20:10 il est question du faux prophète: "Et le diable, qui les séduisait, fut jeté dans l'étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète. Ils seront torturés jour et nuit, aux siècles des siècles,"

De quel faux prophète peut-il bien s'agir?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 15/06/2015

Dieu sait, Myriam. Peut-être Jacques Rousseau, ou Nietzsche, ou Marx, ou les trois à la fois.

Certains disent effectivement que Jésus est allé en Inde après sa crucifixion, qu'il y a été soigné de ses blessures...

Sinon, ici, c'est plutôt une colonisation du christianisme par le bouddhisme. Mais en fait Indra ressemble réellement au Christ, il n'est pas vrai que le fond mythologique et théologique des religions soit forcément restreint aux adeptes des religions en question. Cela peut aussi parler du monde en général. Un rapport peut aussi être établi par exemple entre Apollon et l'archange saint Michel, c'est l'évidence même.

Écrit par : Rémi Mogenet | 15/06/2015

Rémi, En Inde, j'ai lu que Jésus aurait été particulièrement touché par le bouddhisme lequel se passe de Dieu au sens où nous l'entendons mais on lit qu'il y a aujourd'hui tentative de récupération de Bouddha par l'hindouisme qui veut voir en lui, tel Krishna, une incarnation divine. Pour Vivekânanda Dieu le Père est de notre part une "projection": un père comme un père mais en plus fort!
J'aime la pensée de Paul selon laquelle même si nous devenions les plus forts, les plus intelligents, si nous n'avons pas l'amour nous ne sommes rien juste tournant, résonant à vide.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 15/06/2015

Une image est toujours une projection, mais ce que l'homme projette a sa résonance dans l'univers. On peut comprendre, par exemple en lisant François de Sales, que le Père peut être spatialement assimilé aux étoiles fixes, à leur puissance, c'est à dire à l'infini.

Comme je l'ai écrit dans mon article le Bouddha lui-même rend hommage à Indra, roi des dieux, grand esprit solaire, mais effectivement pas à un dieu père.

L'hindouisme a depuis longtemps fait du Bouddha une incarnation de Vishnou, comme Krishna. Pour les hindouistes, il est sa dixième, je crois. Le Bouddha pour les bouddhistes a comme attiré vers la Terre Indra. Les doctrines asiatiques ne sont pas centrées autour de concepts fixes comme les doctrines européennes.

Écrit par : Rémi Mogenet | 16/06/2015

La Dalaï lama, qui ne raconte pas n'importe quoi, a relevé la récupération "éventuelle" contemporaine du bouddhisme par l'hindouisme notamment en profitant de la faveur que la venue du "Dalaï lama"! en chair et en os en nos pays inspire.

Peut-on se permettre d'attirer votre attention, Rémi Mogenet, sur le fait que le Bouddha, voir Vivekânanda (Jnâna Yoga) n'"avait pas plus besoin de croire en Dieu qu'en l'âme"!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 16/06/2015

Toujours est-il que l'hindouisme considère depuis longtemps que le Bouddha est une incarnation de Vishnou; H.P. Blavatsky, je crois, en parle. Il m'étonnerait que le dalaï-lama ne l'ait appris que récemment, mais qui sait? Peut-être qu'il en parle aussi pour des raisons particulières, parce que des bouddhistes se convertissent à l'hindouisme.

Le Bouddha n'avait pas besoin non plus de ne pas croire aux dieux et en l'âme, et le fait est que ce sont des réalités et qu'illuminé il ne pouvait pas l'ignorer. D'ailleurs les impulsions morales viennent dans l'âme depuis les dieux et quand on aspire à améliorer l'être humain il est impossible de ne pas intégrer les dieux et l'âme dans sa pensée.

Écrit par : Rémi Mogenet | 16/06/2015

Le bouddhisme datant de plusieurs siècles Avant le christianisme pourquoi parler d'un Bouddha saint chrétien plutôt que d'un Jésus saint bouddhiste?

A ne pas perdre de vue qu'à la fin d'un monde (non du monde puisque non monde mais mondes) la triade Brahma, Vishnou et Shiva est détruite avec l'ensemble!

La Vie étant au-delà...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 16/06/2015

J'ai expliqué dans l'article pourquoi parler de saint chrétien: d'une part par anachronisme, puisque le Bouddha est devenu saint Josaphat, censé vivre après l'apôtre Thomas; d'autre part par prophétisme, parce qu'il était en réalité possible d'adorer le Christ avant son incarnation, il était déjà un dieu, et pourquoi pas Indra?

Écrit par : Rémi Mogenet | 16/06/2015

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