18/08/2015

Robert A. Heinlein: un monde étranger

7461055.jpgRobert A. Heinlein (1907-1988) passe pour être un des plus grands auteurs de science-fiction américains. Dans son célèbre roman Stranger in a Strange Land (1961), il évoque l'arrivée sur Terre d'un Terrien élevé sur Mars et qui en a acquis des pouvoirs fabuleux et une vision de la vie surprenante. À mon grand dépit, le livre parle peu de Mars et de ses merveilles, préférant évoquer les effets sur la société de l'arrivée de ce surhomme. Mais il en dit quand même quelques petites choses, qui surprennent parce qu'elles mêlent passéisme et futurisme.

Ou même y a-t-il là le moindre futurisme? La société martienne est extérieurement primitive: les Martiens, ovipares, font des œufs dont ils acceptent que la plupart n'éclosent jamais, et après la naissance laissent aussi mourir les progénitures qui ne parviennent pas à survivre: la sélection naturelle s'opère à ce moment. Or, Heinlein surprend en affirmant que c'est ce qui permet aux adultes martiens de ne justement pas être dans une situation de compétition: car il prétend que la loi de sélection naturelle doit obligatoirement s'appliquer, de telle sorte que si on ne l'a pas laissée s'exercer au début, elle se rattrape ensuite. Le choix des Martiens les conduit à vivre dans une société fraternelle, harmonieuse, juste et bonne.

Mais plus encore, ils vivent en communion constante avec le monde spirituel. La plupart des Martiens, nous raconte-t-on, sont des esprits désincarnés, qui ont vécu physiquement mais à présent se contentent de vivre dans l'atmosphère psychique de Mars. Or les vivants communiquent avec eux - et du reste ces esprits apparaissent eux-mêmes comme tout aussi vivants que les âmes incorporées, si ce n'est davantage. C'est par eux, par ces ancêtres, que leur viennent leur conscience cosmique, et leurs pouvoirs incroyables. Bref, Mars ressemble à ce que la mythologie attribue à la Terre primitive. Heinlein n'en affirme pas moins que la Terre devra ressembler de plus en plus à cela, si elle veut s'émanciper des préjugés, des limitations dans la vision. Et c'est alors que les ennuis pour notre homme de Mars commencent: car les Terriens, ne voulant pas être libres, s'en prennent à lui et le martyrisent. Mais c'est une autre histoire...

Ce qui est certain est que Mars est pour Heinlein l'occasion de rêver d'un monde au sein duquel la manifestation physique de la vie n'est que la partie émergée de l'iceberg, l'essentiel étant invisible pour les yeux, comme eût dit le Petit Prince: Mars réalise cet idéal, encore inaccessible aux Terriens.

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