19/09/2015

Degolio LXX: l'apprivoisement de la nymphe

r169_457x257_18567_Clouds_2d_sci_fi_spaceship_clouds_landscape_mountains_picture_image_digital_art.jpgDans le dernier épisode de cette ésotérique série, nous avons laissé Captain Corsica, le Génie d'or et le Cyborg d'argent alors qu'ils se dirigeaient vers les ruines de Noscl dans le vaisseau spatial du premier, et que celui-ci racontait comment il avait retrouvé Sainte Apsara après qu'elle avait eu erré durant des siècles dans la forêt perdue de Valdaresca. Il continua ainsi son récit:

Combien d'années avait-elle dû, cette nymphe, hanter la forêt de Valdaresca sans vieillir, devenant sa mystérieuse déesse? Je ne puis les compter. J'avais peine à croire qu'elle n'eût pas disparu, qu'elle ne se fût pas dissipée, avec le temps, dans l'air limpide - qu'elle ne fût pas devenue un spectre, comme l'étaient devenus tant d'hommes de Noscl qui avaient échappé à la ruine de leur cité: car après avoir erré sur Terre, ils s'étaient vidés de leur substance et dreaming-nymph.jpegétaient devenus de légères vapeurs - gémissant de ne pouvoir plus rien saisir.

Par quel miracle avait-elle résisté? Se pouvait-il que la forêt de Valdaresca contînt encore sa force de jadis, quelque éclat venu des gemmes fabuleuses?

Longtemps je la poursuivis, scrutant les traces de ses pieds nus, qui pourtant ne faisaient qu'effleurer la terre. Mais ils laissaient derrière eux une fine lueur, errant par les herbes. Et un jour, je la surpris, endormie au bord d'une fontaine. En me voyant, les deux biches qui étaient couchées à ses côtés se levèrent et s'enfuirent; mais comme elle était lasse, elle ne se réveilla pas. Je m'approchai, et pus constater qu'elle était demeurée jeune et belle, comme au temps du grand désastre. Et à son cou, merveille des merveilles! un joyau brillait: une des cinq gemmes perdues de Noscl! Teldur n'en avait rapporté que quatre, dans le royaume céleste; une avait été laissée, égarée, et voici! je la retrouvai au cou de la fille de Teledïn.

Je fus ébloui; et je restai coi, pétrifié, épouvanté. Un secret venait de m'être révélé. Sainte Apsara avait reçu ce joyau en héritage, et durant plusieurs éons l'avait porté. Il l'avait conservée des vents de la terre périssable, l'empêchant de se dissoudre dans l'air, de se dématérialiser.

Elle s'éveilla; et comme elle me voyait parfaitement immobile, l'œil grand ouvert sur son brillant cristal, agenouillé près d'elle comme stupéfait, elle ne bougea pas; ne se sauva pas. Elle avança sa main, et me toucha; puis me caressa la joue, comme pour se demander si j'étais un homme ou une bête, ou bien quelque statue nouvellement posée sur cette berge. Je la regardai, elle retira sa main; mais je tendis la mienne, et elle y mit la sienne, après avoir hésité. Dans ses yeux d'obscurs souvenirs semblaient remonter à la surface.

Soudain, elle se leva, et se fondit dans l'air. Elle devint un souffle: car elle avait cette faculté. Et je dus la saisir de mes charmes, et commander aux vents de ne point la laisser passer. Elle se retourna vers moi, et m'envoya des bourrasques pareilles à des massues; et je me protégeai d'un bouclier magique, que je forgeai.

Et puis je me souvins, je me rappelai les récits qu'on m'avait faits, et je prononçai son nom; alors elle s'arrêta. Et reprenant sa forme humaine elle chut sans connaissance, comme submergée par l'émotion, Achilles-224x300.jpget par les souvenirs ramenés par ce mot qu'elle n'avait plus entendu depuis des siècles et par lequel ses parents l'avaient nommée. Je la pris dans mes bras, et la menai auprès de Cyrnos.

Celui-ci la reconnut, la fit installer dans une chambre et chargea plusieurs demoiselles de veiller sur elle. Et peu à peu, avec les semaines, les mois, elle retrouva sa pleine conscience. Elle me remercia. Mais elle demeurait triste et solitaire, demeurant souvent seule dans les jardins du roi. Et le reste du temps, elle refusait de voir d'autres personnes que ses plus proches amies, les demoiselles qui s'étaient occupées d'elle. Moi-même je ne pouvais la voir que brièvement, et parce qu'elle se faisait un devoir de m'être reconnaissante.

Et voilà ce que je sais d'elle, et comment je peux me diriger sans souci vers les ruines de Noscl, et même vers la tombe de ses parents, où plusieurs fois j'eus l'honneur de l'escorter. Car plus tard, nous nous rapprochâmes, quand elle vint inopinément me sauver des griffes du terrible Lestrygon.

Mais le récit doit en être remis à plus tard, mes amis; car voyez! nous arrivons.

Ainsi prend fin le discours de Captain Corsica; et la prochaine fois, nous aurons le plaisir d'accompagner nos héros parmi les ruines de Noscl, à la recherche de Sainte Apsara.

09:01 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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