12/11/2015

Adelin Ballaloud par Mickaël Meynet

Ballaloud 001.jpgMickaël Meynet, l'auteur des Frahans (2009), publie un nouveau livre, consacré à Adelin Ballaloud (1823-1881), homme politique savoyard du dix-neuvième siècle, libéral et nourri de symbolisme maçonnique, et qui a œuvré à Samoëns, dont il fut syndic et maire. Il est sous-titré Un républicain précurseur, et on voit apparaître sur la couverture, également, que j'en ai assuré la préface. Et quoi de plus normal? Il est excellent, et restitue parfaitement l'atmosphère politique de la Savoie du Risorgimento, à l'époque du Statut constitutionnel de 1848: un fort courant libéral s'est alors fait jour, plein d'enthousiasme, et a commencé à faire pièce au parti conservateur et catholique, majoritaire. En particulier, dans le Faucigny, il était puissant, par l'influence de Genève.

Ma famille étant de Samoëns j'ai été amené à étudier en particulier l'histoire de cette paroisse, et à travailler aussi sur Jean-Alfred Mogenet, mon arrière-grand-oncle, poète dialectal qui politiquement était à l'opposé de Ballaloud. Les positions étaient claires, et tranchées: pour Ballaloud, le progrès technique et scientifique amenait forcément un progrès social; pour Jean-Alfred Mogenet, il dénaturait l'être humain et provoquait sa déchéance morale en coupant son lien avec une Nature abritant la divinité.

Pour les progressistes la divinité était à l'horizon du progrès et du travail humains. Car Ballaloud n'était certainement pas athée, s'il rejetait le catholicisme.

Sa famille n'était pas originaire de Samoëns, mais de la vallée de l'Arve; lui-même s'est marié avec une Genevoise. Il plairait à mon camarade Philippe Souaille, grand libéral-radical devant l'Éternel.

J'ai bien aimé le livre de Mickaël Meynet parce qu'il fait apparaître l'intériorité de Ballaloud, son âme: il ne se contente pas des faits extérieurs. Il le montre fasciné par les symboles maçonniques hérités de ses ancêtres, qui les avaient acquis avant la Révolution: il les contemplait dans son château du48733410.jpg Bérouze et il sentait naître en lui la flamme. Celle-ci s'est cristallisée ensuite dans ses écrits, rédigés à l'intention de l'association de la Pipe-gogue, se réclamant de la fumée du tabac où sont enclos des mystères et des assemblées païennes jadis interdites par l'Église. Puis, devenu secrétaire de la Société des Maçons (issue de la confrérie des Frahans, ou tailleurs de pierre de Samoëns), il déploie, dans ses comptes-rendus de séance, un utopisme social mêlé d'humour.

Chez les Mogenet pendant ce temps on essayait de s'enflammer une fois encore pour les symboles traditionnels, les croix, les chapelles, les oratoires, et ce qui était lié aux ducs de Savoie; ce n'était pas facile. Les temps n'y étaient pas favorables. Ballaloud avait le vent en poupe et il devint maire sous Napoléon III, chargé de faire passer les décisions du Préfet auprès des habitants. Ce n'était pas facile non plus, et le romantisme était fini: Ballaloud était devenu une sorte de moraliste laïque.

Il faut dire que l'antagonisme symbolisé par ces deux camps existe toujours plus ou moins à Samoëns, et qu'il donne lieu à quelques batailles.

Un livre donc très éclairant que celui de Mickaël Meynet pour bien comprendre les enjeux politiques internes à la Haute-Savoie, le socialisme y étant resté assez minoritaire.

Mickaël Meynet
Adelin Ballaloud 1823-1881. Un républicain précurseur
Le Tour Livres
160 pages
18 €

08:14 Publié dans Histoire, Savoie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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