23/12/2015

Le Genevois pluriel de Philippe Souaille

7640126563862.jpgEn novembre, à Ripaille, j'ai eu le plaisir de rencontrer physiquement Philippe Souaille, célèbre blogueur de la Tribune de Genève. Il m'a gentiment offert son livre et son film, et j'ai pu voir le second, Genevois pluriels, documentaire de cinquante-deux minutes sur Genève et sa région. J'ai eu le plaisir insigne de voir mon nom figurer deux fois au générique - une pour avoir été l'auteur d'un spectacle (avec Jean-Pierre Anchisi) dont il été a emprunté un extrait, une dans la liste des conseillers historiques (dont l'avis a été pris mais pas toujours suivi, dit le texte).

Le noble cinéaste s'est efforcé de montrer que Genève s'est construite dans sa relation avec ses voisins, et, parmi ceux-ci, il a accordé aux Savoyards une large place. Il a évoqué François de Sales. Il m'a aussi appris quelques détails de l'histoire genevoise que j'ignorais, notamment pour le dix-huitième siècle.

Il a bien observé que les relations économiques avaient récemment fluidifié la frontière entre Genève et la France voisine, mais que l'obstacle politique demeurait. Il a déclaré que l'enjeu des prochaines années serait de parvenir à mieux accorder le politique et l'économique. Mais il n'a pas donné de perspectives précises: il n'a pas donné son avis personnel. Le documentaire ressortit un peu à la commande.

Je donnerai donc mon sentiment. Je crois que le visionnaire, en la matière, c'était Denis de Rougemont. Pour lui, un bassin économique constituait une région naturelle, et c'est à partir de cette réalité naturelle qu'il fallait bâtir la forme politique. C'est indéniable. Les villes depuis l'antiquité constituent des pôles, et les régions sont la portion de la Terre qui subissent ces pôles; les frontières entre les régions dépendent du poids de ces pôles. Si un village se rend à Annecy pour vendre ses denrées, il dépend d'Annecy; s'il se rend à Chambéry, il dépend de Chambéry.

Mais je peins un tableau médiéval. Il faut voir à présent de quelles villes une commune dépend principalement pour ses revenus. Est-ce que la vallée de l'Arve par exemple gagne de l'argent surtout par les Parisiens qui viennent faire du ski, ou par la vente des produits du décolletage aux usines françaises, ou actu-soutien-grandgeneve_03mars2015_0.jpgalors par les travailleurs frontaliers qui se rendent à Genève? C'est toujours la question.

La diversité des sources de revenus oblige à une fraternité globale, à ce que les frontières soient relativisées.

Actuellement, si je répète ce que j'entends dire, le décolletage vend surtout à l'industrie française, qui dépend de Paris, et de l'État français actionnaire. Le tourisme s'enrichit grâce aux Russes, qui arrivent de l'aéroport de Genève. Mais il vient toujours des touristes de Lyon, de Paris. Quant à l'agriculture, elle produit des fromages qui s'exportent, et dont le succès, notamment grâce à la tartiflette, est surtout français.

On pourrait, sans doute, chiffrer tout cela. Et regarder les résultats. On évacuerait les tristesses et les rêves des uns et des autres, les préférences ou les dégoûts personnels.

Que verrait-on? Je ne veux pas en préjuger. Mais je ne crois pas que des considérations nationalistes ou régionalistes doivent prévaloir sur le fait économique. Chacun est libre de développer la culture qu'il souhaite. De pratiquer essentiellement Voltaire, Geneve01.JPGFrançois de Sales ou Jean Calvin. Cela ne change rien à la réalité économique.

J'ai l'impression, à vue de pays (ce serait à vérifier), que la Savoie du nord et le Pays de Gex sont plus ou moins passés dans l'orbite de Genève, que le poids même de Paris et de Lyon y sont moins forts, qu'en tout cas le poids de Chambéry est faible, et que celui d'Annecy n'est pas immense. Je dis peut-être cela parce que cela me fait plaisir, parce que je suis président des Poètes de la Cité et que je tiens un blog sur la Tribune de Genève. Mes revenus viennent de Paris, pourtant (en transitant par Grenoble). Mais ils ne sont pas très élevés.

Je dois reconnaître (peut-être à cause de cette source de revenus) que Paris exerce encore une certaine autorité sur la Haute-Savoie, qu'on le veuille ou qu'on le regrette. Cela me rappelle la politique en Savoie au dix-neuvième siècle: malgré un certain rayonnement du roi de Sardaigne, le débat est vite devenu de savoir si on était pour ou contre les effets de la Révolution de 1789.

Mais il est indéniable que la fluidité de la frontière doit être prise en compte dans la vie politique – et (cela va de soi) sous la forme d'une adaptation, plus que d'une réaction.

10:20 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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