16/01/2016

Degolio LXXVIII: face à l'Homme-Dragon

12493982_1678687219082090_8665689517527080712_o.jpgDans le dernier épisode de cette terrible série, nous avons laissé le Génie d'or et ses deux amis, Captain Corsica et le Cyborg d'argent, alors qu'ils venaient de passer un seuil fatidique et qu'ils étaient entrés dans un espace dont les éléments les étonnèrent – eux qui pourtant avaient vu plusieurs mondes.

Au centre d'une immense salle, un trône de fer se dressait sur un piédestal énorme, qui le plaçait très haut; mais, au-dessus de lui, le plafond était plus éloigné encore, et on le distinguait à peine. On eût pu le prendre pour un ciel étoilé, car des joyaux brillants l'ornaient, mais à vrai dire on ne reconnaissait pas les constellations, et c'était comme si on avait voulu imiter les étoiles mais en se moquant, et sans chercher à reproduire les formes qu'elles faisaient dans le ciel.

Sur ce trône était un être des plus effrayants - et des plus étranges. Il s'agissait d'une sorte d'homme-dragon, mélange énorme de géant et de serpent, vêtu d'une armure aux mille écailles luisantes, et armé d'une épée qu'il tenait sur ses genoux. Une queue de lézard revenait dans son giron, après être sortie de son échine, et son visage était à la fois celui d'un homme et d'un ignoble reptile, et une intelligence maligne se voyait dans ses yeux. Sa bouche rappelait celle d'un homme, mais, entrouverte, montrant une langue rouge, elle faisait entendre un sifflement sourd.

Sur son front était posé un heaume, dont dépassaient deux immenses cornes, qui semblaient naturelles, et attachées à son crâne. Une crête luisante et un panache étaient sur ce heaume, et le Génie d'or n'eût su dire si elle épousait une crête de peau ou si elle était entièrement factice, ornementale.

Le Génie d'or distingua dans cet être une rage contenue d'une puissance exceptionnelle; un feu noir l'entourait, dérobant la lumière, l'avalant.

Pourtant une vigueur incroyable épaississait ses membres, et son armure palpitait comme si elle fût vivante.

À ses pieds de noirs serviteurs rampaient, prosternés, terrifiés; d'autres se cachaient derrière son trône, effrayés par les trois héros, et craignant de périr de la colère de leur maître. Seul, à la gauche du monstre, se tenait, debout, un homme long et maigre, à la peau bleutée, mais fade et terne, au visage hideux, semblable à la mort, ou à quelque spectre hâve. Ses yeux vitreux brûlaient d'un feu immonde, au fond d'orbites profondes, et on y voyait comme sous une couche de glace des étincelles, des braises. Il avait le front caché par un capuchon sombre, mais, lorsqu'il levait sa tête répugnante, il montrait son œil blanchâtre, cruel, froid. Régulièrement il se tournait vers son maître, approchait sa bouche de son oreille, et chuchotait des yeux qu'on n'entendait pas, remuant des lèvres noires et visqueuses; quand il parlait les yeux du monstre s'allumaient. Une sorte de vapeur rouge, même, s'en échappait, marquant des accès de fureur.

Un grand foyer jetait derrière lui des flammes; une chaleur suffocante régnait dans la pièce. À droite, en haut, attachée à deux chaînes, une pour chaque bras, les pieds fixés au mur par anneaux de fer, le Génie d'or vit Tim#1.jpgune femme d'une étonnante beauté. Elle était nue. Il se tourna vers Captain Corsica, qui l'avait vue aussi, et qui ne se tenait plus de rage: elle déformait son visage, et agrandissait ses yeux.

Curieusement, le monstre ne semblait pas avoir pris à Sainte Apsara sa pierre, car elle brillait à son cou, comme une étoile lointaine et solitaire, au sein de la nuit. Le Génie d'or distingua néanmoins qu'il en était ainsi probablement parce que sa chair l'enchâssait: aucun collier n'était distinct à sa gorge. La pierre était devenue une partie de son corps - tel un cœur qui se fût porté à la surface. Si le monstre ne l'avait point arrachée, c'était soit parce qu'il ne l'avait pas reconnue, soit parce qu'il ne voulait pas tuer, ou du moins mutiler la jeune femme. Car il ne savait peut-être pas ce que comprit le Génie d'or: c'était cette pierre enchâssée dans son corps qui assurait à l'immortelle sa force, au sein de ce monde déchu, et par-delà les siècles qui avaient vu s'éteindre sa race ou l'avaient vue s'en aller vers les astres - s'installer sans doute sur celui qu'on nomme l'étoile de Mercure. Car, sur Terre, cette race de Noscl ne pouvait plus vivre, en principe. Les conditions le rendaient désormais impossible.

Mais cet épisode commence à être long, et la suite devra être livrée une fois prochaine: alors Sainte Apsara sera délivrée; et l'on verra comment.

08:59 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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